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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2100578

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2100578

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2100578
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRAHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et une production de pièces enregistrés le 8 mars 2021, le 18 avril 2022 et le 9 juin 2022, M. C B, représenté par Me Rahmani, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 28 février 2021 par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il avait sollicité ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de refus de séjour attaquée méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 (repris désormais à l'article L. 423-23) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2022, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. A, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant comorien né le 14 octobre 1989, a vu deux demandes d'admission au séjour être rejetées respectivement par des arrêtés du 26 décembre 2016 et du 19 avril 2019 du préfet de Mayotte portant également obligation de quitter le territoire français. Les recours en annulation de ces deux arrêtés ont été rejetés par des jugements du tribunal administratif de Mayotte du 27 novembre 2018 et du 30 octobre 2020. M. C B a présenté une nouvelle demande d'admission au séjour par courriel envoyé le 29 octobre 2020 à la préfecture de Mayotte. Il demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

3. M. C B soutient qu'il est entré à Mayotte en 2007, qu'il est marié avec une ressortissante française, qu'il est père de trois enfants nés à Mamoudzou en 2011, 2015 et 2016 d'une précédente relation et qu'il est entouré de sa sœur et de son frère qui sont autorisés au séjour. Toutefois, le requérant ne justifie de sa présence ininterrompue à Mayotte qu'à compter de 2015. Il ne démontre pas la réalité de la communauté de vie avec son épouse de nationalité française depuis le mariage célébré le 6 novembre 2015, alors qu'en outre, il ressort des pièces du dossier qu'après ce mariage est né, le 7 novembre 2016, son troisième enfant de sa relation avec une ressortissante comorienne qui est également la mère de ses deux premiers enfants nés le 26 août 2011 et le 14 juillet 2015. Si la mère de ses enfants bénéficie d'un titre de séjour, le requérant ne justifie pas contribuer à leur entretien et à leur éducation. Au demeurant, ceux-ci sont désormais scolarisés à Issoudun, depuis l'automne 2021. Le requérant ne justifie pas davantage de l'intensité particulière des relations qu'il entretiendrait avec sa sœur et son frère admis au séjour. Dans ces conditions, la décision implicite de refus d'admission au séjour contestée n'a pas porté au droit de M. C B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, M. C B ne justifie pas de sa contribution effective à l'éducation et à l'entretien de ses trois enfants. Par suite et dès lors qu'en tout état de cause la décision litigieuse n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'un des parents de ses enfants, lesquels au demeurant résident désormais en métropole, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions de la requête de M. C B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Cornevaux, président,

- M. Biget, premier conseiller,

- M. Banvillet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le rapporteur,

O. A

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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