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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2100681

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2100681

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2100681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantTESOKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, Mme B C, représentée par Me Tesoka, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a mis fin à compter du 15 mai 2021 à son détachement dans l'emploi fonctionnel de directrice du centre hospitalier de Mayotte et l'a affectée comme directrice adjointe de cet établissement ;

2°) d'enjoindre à la directrice du CNG de réexaminer sa situation, dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité n'en ayant pas compétence ;

- cette décision individuelle défavorable, prise en considération de sa personne, est entachée de vices de procédure, l'administration ne lui ayant pas permis de consulter son dossier, qu'elle ne lui a pas communiqué, et à défaut de débat contradictoire préalable ;

- l'avis de la directrice de l'agence régionale de santé (ARS), sur lequel elle s'appuie, ne lui pas été transmis ;

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la directrice du CNG s'étant estimée liée par l'avis de la directrice de l'ARS ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en l'absence d'éléments objectifs s'opposant à son renouvellement sur l'emploi fonctionnel de directeur du centre hospitalier de Mayotte ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir, dès lors qu'elle constitue une sanction déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requérante ne remplissait pas les conditions requises pour sa prolongation dans l'emploi fonctionnel de directrice du centre hospitalier de Mayotte, au terme de son détachement, sur le fondement du II de l'article 16 du décret n° 2020-959 du 31 juillet 2020 ;

- aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2020-959 du 31 juillet 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Affectée dans cet établissement en 2015 en qualité de directrice adjointe chargée des affaires médicales, Mme C, directrice d'hôpital de classe exceptionnelle, a été détachée dans l'emploi fonctionnel de directrice du centre hospitalier de Mayotte pour une durée de quatre ans à compter du 15 mai 2017. Par courrier du 8 janvier 2021, elle a sollicité le renouvellement de son détachement pour une durée de deux ans. Au vu de l'avis défavorable émis par la directrice de l'agence régionale de santé (ARS), la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a refusé de prolonger Mme C dans son emploi fonctionnel, par arrêté du 13 janvier 2021 que celle-ci conteste dans le cadre de la présente instance.

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 septembre 2019 régulièrement publié au Journal officiel de la République française, Mme A, directrice générale adjointe du CNG, a reçu délégation à l'effet de signer, au nom de la directrice, tous actes et décisions relevant du champ de compétences du CNG, sous réserve d'une exception concernant la passation de marchés publics. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, lequel au demeurant n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Aux termes de l'article 4 du décret du 31 juillet 2020 relatif aux emplois supérieurs de la fonction publique hospitalière : " Les emplois supérieurs hospitaliers mentionnés au deuxième alinéa de l'article 4 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée sont les suivants : () 3° Emplois fonctionnels des personnels de direction des établissements mentionnés au 1° et aux 3° à 6° de l'article 2 de la même loi et régis par le titre IV du présent décret ; () ". Aux termes de l'article 16 du même décret : " I. - Sauf dispositions particulières prévues au présent décret, la nomination d'un fonctionnaire () dans l'un des emplois mentionnés au 3° de l'article 1er est prononcée pour une durée maximale de quatre ans. Cette nomination est renouvelable dans la limite d'une durée totale d'occupation du même emploi de huit ans. / II. - Lorsqu'un fonctionnaire () occupant un des emplois mentionnés au I se trouve, à l'issue de son détachement, dans la situation d'obtenir, dans un délai égal ou inférieur à deux ans, la liquidation de ses droits à pension au taux maximum défini par son régime de retraite, une prolongation exceptionnelle de détachement dans le même emploi peut lui être accordée, sur sa demande, pour le délai correspondant et dans la limite de deux ans. Cette même faculté est offerte à un fonctionnaire, un militaire ou un magistrat de l'ordre judiciaire se trouvant à moins de deux ans de la limite d'âge qui lui est applicable ".

5. Il résulte des dispositions précitées du décret du 31 juillet 2020 que la prolongation du détachement d'un fonctionnaire dans l'emploi fonctionnel de directeur d'un établissement public de santé tel que le centre hospitalier de Mayotte, à l'issue de la durée maximale de ce détachement, lorsque l'intéressé le demande au motif qu'il est en situation d'obtenir, dans un délai égal ou inférieur à deux ans, la liquidation de ses droits à pension au taux maximum défini par son régime de retraite, revêt un caractère exceptionnel et ne constitue donc pas un droit. Ainsi, sauf à revêtir le caractère d'une sanction disciplinaire, une telle décision n'est pas au nombre de celles, mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui doivent être motivées.

6. En l'espèce, si Mme C affirme que le refus de prolongation de son détachement constitue une sanction déguisée, la seule circonstance que cette décision a été prise au vu des difficultés rencontrées dans l'exercice de ses missions de directrice d'établissement ne suffit pas à lui conférer le caractère d'une sanction. En conséquence, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté du 13 janvier 2021 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, à supposer que Mme C ait entendu se fonder sur ces dispositions : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

8. Par ailleurs, aux termes de l'article 17 du décret du 31 juillet 2020 : " Six mois au moins avant le terme de son détachement, de son congé de mobilité ou de son contrat, l'agent peut demander à être reconduit dans ses fonctions. Au moins quatre mois avant ce terme, l'autorité de nomination lui notifie la décision. / Le détachement, le congé de mobilité ou le contrat sont renouvelés après avis motivé de l'autorité de recrutement, prenant notamment en compte les résultats des évaluations effectuées pendant la période du détachement ou du contrat, un bilan de gestion effectué par l'agent sur cette même période et son analyse des enjeux stratégiques à développer dans l'établissement pour la période de reconduction ".

9. Alors même qu'elle est motivée par les résultats de Mme C dans l'emploi fonctionnel qu'elle occupait, la décision contestée du 13 janvier 2021 a été rendue sur la demande de prolongation présentée par l'intéressée, accompagnée notamment du bilan de gestion effectué par cet agent. Or, ni les dispositions précitées de l'article 17 du décret du 31 juillet 2020, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'imposent la communication préalable de son dossier à l'agent, ni le respect d'une procédure contradictoire préalable avant que l'administration statue sur une telle demande.

10. En outre, ni les dispositions précitées de l'article 17 du décret du 31 juillet 2020, qui imposaient à la directrice du CNG de recueillir l'avis de la directrice de l'agence régionale de santé qui est l'autorité de recrutement du directeur du centre hospitalier de Mayotte, avant de se prononcer sur la demande de prolongation de Mme C, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire, ne prévoient l'obligation de transmettre cet avis à l'agent intéressé.

11. Dès lors, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté serait entaché de vices de procédure doivent être écartés.

12. En quatrième lieu, si la directrice du CNG s'est appropriée l'avis de la directrice de l'ARS, il ne ressort ni des termes de l'arrêté du 13 janvier 2021, ni d'aucune autre pièce du dossier, qu'elle se serait estimée liée par cet avis. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de l'avis émis le 11 janvier 2021 par la directrice de l'agence régionale de santé que l'énergie de Mme C et sa connaissance de l'établissement, au cours de la première période de son mandat, ont été appréciés. Comme mentionné dans le bilan de gestion dressé par la directrice d'établissement, la répétition de crises au cours de son mandat a influencé la conduite de projets et a nui à la dynamique générale. Si le turnover des cadres lié à la faible attractivité de Mayotte ajoutait aux difficultés de management, certaines avancées résultaient de l'implication des équipes ainsi que d'initiatives de l'ARS, tandis que Mme C montrait des difficultés à s'adapter à l'évolution des relations avec l'ARS, à la suite de la création de l'agence de Mayotte le 1er janvier 2020. Certains objectifs fixés par sa lettre de mission du 14 août 2017, tel que l'actualisation du plan blanc de l'établissement ou la création d'un " parcours de soins ville-hôpital en lien avec les différents professionnels de santé libéraux ", n'ont pas été réalisés et certains dossiers stratégiques comme le projet de construction, d'extension et de restructuration de l'hôpital, n'ont pas suffisamment avancé. Mme C n'apporte aucun élément de nature à infirmer ces appréciations portées sur le bilan de son mandat. Au demeurant, elle ne justifie pas qu'au terme prévisible de son détachement, soit le 15 mai 2021, date à laquelle elle ne se trouvait pas à moins de deux ans de la limite d'âge de 67 ans, elle aurait été dans la situation d'obtenir, dans un délai d'au plus deux ans, la liquidation de ses droits à pension au taux maximum défini par son régime de retraite. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. En sixième lieu, comme il a été dit au point 6, l'arrêté contesté ne peut être regardé comme présentant le caractère d'une sanction déguisée. Dès lors, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au centre hospitalier de Mayotte et à l'agence régionale de santé de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 7 février 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cornevaux, président,

M. Ramin, premier conseiller,

M. Seroc, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le rapporteur,

V. RAMIN

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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