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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2100812

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2100812

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2100812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantZOUBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2021, M. B A, représenté par Me Zoubert, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes de Petite-Terre à lui verser une somme totale de 13 500 euros sur le terrain de la responsabilité contractuelle, au titre des préjudices subis du fait de son licenciement illégal du poste de " référent parcours " ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la communauté de communes de Petite-Terre à lui verser une somme de 66 000 euros sur le terrain de la responsabilité extra-contractuelle, au titre de la responsabilité pour faute ou sans faute de l'administration ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes de Petite-Terre une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors qu'elle a été précédée d'une demande indemnitaire préalable et que le délai de recours ne lui est pas opposable ;

- le courrier du 1er février 2017 du président de la communauté de communes de Petite-Terre vaut promesse d'embauche devant être qualifiée de contrat de travail au regard de l'article 1124 du code civil, dont la rupture constitue un licenciement sans cause réelle et sérieuse, entaché de vice de procédure ;

- il doit, en conséquence, être indemnisé sur le terrain de la responsabilité contractuelle de l'administration, à hauteur de 1 000 euros au titre de l'absence de préavis, de 5 000 euros au titre d'un licenciement abusif, de 1 500 euros au titre du non-respect de la procédure et de 6 000 euros au titre du préjudice matériel et moral ;

- à titre subsidiaire, l'absence de suite donnée à la promesse d'embauche du 1er février 2017, son éviction irrégulière du poste de " référent parcours ", le recrutement d'une autre personne sur ce poste et le silence gardé par l'administration constituent des fautes de nature à engager la responsabilité extra-contractuelle de l'administration ; le préjudice anormal et spécial qu'il a subi est, en tout état de cause, de nature à engager la responsabilité sans faute de la communauté de communes de Petite-Terre ;

- le caractère vexatoire et humiliant de son éviction et les espoirs suscités par la promesse d'embauche lui ont causé un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 6 000 euros ;

- il a, en conséquence de la promesse d'embauche, cessé toute recherche d'emploi ; le silence gardé par l'administration est à l'origine de pertes de revenus qui doivent être indemnisés à hauteur de 60 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2021, la communauté de communes de Petite-Terre, représentée par Me Hesler, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, en l'absence du caractère certain et exigible de l'indemnité réclamée, et à défaut de préciser le fondement juridique de la demande indemnitaire ;

- aucune faute ne lui est imputable, dès lors que le courrier du 1er février 2017, qui notamment ne détaille, ni la fiche de poste, ni la rémunération qui s'y attache, ne vaut pas promesse d'embauche ;

- la responsabilité sans faute de l'administration n'est pas engagée, en l'absence de fait générateur et de préjudice certain ;

- le requérant n'établit pas le caractère certain du préjudice financier allégué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hesler, représentant la communauté de communes de Petite-Terre.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un entretien d'embauche du 19 janvier 2017, la candidature de M. A, écartée pour le poste qu'il convoitait, a été retenue pour le poste de " référent parcours " ouvert au sein de la communauté de communes de Petite-Terre à compter du 1er mars 2017. A défaut d'avoir été recruté sur ce poste, l'intéressé a sollicité la régularisation de sa situation ou l'engagement d'une transaction, par courriers des 20 mars 2018 et 26 novembre 2020 qui ont été rejetés par une décision confirmative du 4 février 2021. La demande indemnitaire préalable qu'il a présentée le 19 février 2021 a été rejetée par une décision du 4 mars 2021. M. A, qui conteste ces deux décisions, demande au tribunal de condamner la communauté de communes de Petite-Terre à l'indemniser des préjudices subis.

Sur les fins de non-recevoir :

2. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.

3. En premier lieu, si sa demande indemnitaire préalable du 19 février 2021 n'était pas chiffrée, M. A est recevable à chiffrer ses prétentions pour la première fois devant le présent tribunal, qu'il saisit précisément en vue d'obtenir réparation du préjudice moral subi du fait des espoirs suscités par la promesse d'embauche qu'il estime avoir reçue de la communauté de communes de Petite-Terre, à laquelle celle-ci n'a pas donné suite, et du préjudice financier lié à la perte de revenus qui en résulte. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de caractère certain et exigible de l'indemnité réclamée, lequel est soumis à l'appréciation du tribunal, doit être écartée.

4. En second lieu, le requérant détaille précisément les fondements juridiques sur le terrain desquels il recherche la mise en cause de l'administration. La fin de non-recevoir tirée de l'absence de mention du fondement juridique de la demande, qui manque en fait, doit donc être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Il résulte de l'instruction que M. A, en recherche d'emploi, a été reçu en entretien le 19 janvier 2017 en tant que candidat au poste de " chargé de la réussite éducative " ouvert au sein de la communauté de communes de Petite-Terre. Par courrier du 1er février 2017, le président de cet établissement public l'a informé, d'une part, du rejet de sa candidature, d'autre part, de ce qu'il allait cependant intégrer l'équipe à partir du 1er mars 2017 au poste de " référent parcours ", auquel le jury de sélection l'avait proposé. Alors même qu'il ne comporte aucune précision sur cet autre poste auquel l'intéressé n'avait pas postulé et dont, ni la fiche, ni le niveau de rémunération n'avaient été portés à sa connaissance, ce courrier se présente en la forme comme une " promesse d'embauche " au sein du même service, fermement acquise à ce demandeur d'emploi. Or le requérant, qui affirme sans être contredit s'être présenté au service le 1er mars 2017 en vue de sa prise de poste, doit être regardé comme ayant accepté la fonction proposée et les conditions de son exercice, alors même qu'il ne soutient, ni même n'allègue s'être au préalable enquis de plus amples précisions au sujet de ce poste. Dans les circonstances de l'espèce, cette promesse d'embauche, alors même qu'une procédure de recrutement parallèle a par ailleurs conduit au recrutement d'une autre personne candidate au poste de " référent parcours ", doit donc être regardée comme un engagement ferme de recruter M. A sur ce poste.

6. Alors même qu'il bénéficiait d'un tel engagement, la communauté de communes de Petite-Terre n'a établi aucun contrat de travail au bénéfice de M. A qui ne peut, en conséquence, être regardé comme ayant été licencié. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à réclamer réparation des préjudices qui résulteraient d'un licenciement irrégulier.

7. Toutefois, après s'être engagée à recruter M. A sur le poste de " référent parcours " à compter du 1er mars 2017, sans assortir sa promesse d'embauche de la moindre réserve, la communauté de communes de Petite-Terre, qui ne soutient ni même n'allègue l'existence d'un obstacle légal susceptible de s'opposer au recrutement du requérant, a embauché une autre personne sur le poste annoncé, ce que M. A a constaté lorsqu'il s'est présenté au service à la date prévue. Ce faisant, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

8. Il n'est pas contestable que la promesse d'embauche du 1er février 2017 a ouvert à M. A, alors demandeur d'emploi, la perspective d'un emploi stable et d'une source fixe de revenus. Toutefois, ayant constaté dès le 1er mars 2017 qu'un autre agent avait été recruté sur le poste annoncé, le requérant ne pouvait ignorer qu'aucune suite à sa promesse d'embauche n'était envisagée. En conséquence et compte tenu du caractère vexatoire de ce revirement, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A en le fixant à la somme de 2 000 euros.

9. En revanche, ayant été informé du recrutement d'un autre agent dès le jour prévu de sa prise de fonctions, M. A ne peut sérieusement prétendre avoir abandonné toute recherche d'emploi du seul fait de l'absence de suite donnée à la promesse d'embauche et de réponse écrite à ses demandes de régularisation réitérées auprès de communauté de communes de Petite-Terre. Dès lors, le préjudice financier qui serait lié à la perte de revenus n'étant pas établi, M. A n'est pas fondé à solliciter une quelconque indemnisation, à ce titre.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner la communauté de communes de Petite-Terre à verser à M. A une somme de 2 000 euros, au titre du préjudice moral subi du fait de la promesse d'engagement non tenue.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté de communes de Petite-Terre demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté de communes de Petite-Terre une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La communauté de communes de Petite-Terre est condamnée à verser à M. A la somme de 2 000 (deux mille) euros, en réparation du préjudice subi.

Article 2 : La communauté de communes de Petite-Terre versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes de Petite-Terre.

Délibéré après l'audience du 7 février 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cornevaux, président,

M. Ramin, premier conseiller,

M. Seroc, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

V. RAMIN

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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