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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2100922

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2100922

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2100922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantRAHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 avril 2021 et 2 mai 2022, Mme D E, représentée par Me Rahmani, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mars 2021 par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle avait sollicité ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de refus de séjour attaquée méconnaît le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2022, le préfet de Mayotte conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonctions de la requête et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'un titre de séjour ayant été accordé à l'intéressée, il n'y a plus lieu de statuer sur sa requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de M. B et les observations de M. C, représentant le préfet de Mayotte.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, ressortissante comorienne, née le 15 mars 1994 à Batsa-Itsandra (Union des Comores), a présenté une demande d'admission au séjour par courriel envoyé le 12 novembre 2020 à la préfecture de Mayotte. Elle demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".

3. Mme D E se prévaut de sa qualité de mère d'un enfant français né le 20 mai 2020 à Mamoudzou et issu sa relation avec M. F D A, ressortissant français. Toutefois, d'une part, la requérante ne démontre pas vivre avec M. F D A, non plus qu'avec son fils. A cet égard, l'adresse du père de l'enfant, telle qu'indiquée sur l'acte de naissance de ce dernier, et celle figurant sur le passeport de cet enfant sont distinctes de celle figurant sur l'attestation d'hébergement établie en novembre 2020 en faveur de la requérante. D'autre part, les quelques pièces que Mme D E produit à l'appui de ses écritures ne permettent pas d'établir qu'elle contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de faire droit à sa demande d'admission au séjour sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet aurait commis une erreur de droit ou d'appréciation.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

5. Mme D E soutient qu'elle vit à Mayotte depuis 2018 mais, par les pièces qu'elle produit, elle n'établit pas la durée et la continuité de sa présence à Mayotte. Ainsi qu'il a été dit au point 3, elle ne justifie pas d'une communauté de vie avec M. F D A et n'établit pas sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Dans ces conditions, la décision implicite de refus d'admission au séjour contestée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D E une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs et alors qu'elle n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'un des deux parents de leur enfant, la décision litigieuse n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu opposée par le préfet, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D E, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Cornevaux, président,

- M. Ramin, premier conseiller,

- M. Seroc, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le rapporteur,

S. B

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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