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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2100924

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2100924

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2100924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantMATTOIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2021, M. B A, représenté par Me Mattoir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2021 par laquelle la directrice de l'agence régionale de santé de Mayotte a refusé de renouveler son détachement sur l'emploi de chef de projet applications et infrastructures techniques ;

2°) d'enjoindre à la directrice de l'agence régionale de santé de Mayotte de prolonger son détachement sur ce poste ;

3°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé de Mayotte une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- alors qu'il n'est pas exclu que cette décision ait été prise en considération de sa personne, il n'a pas eu la possibilité de consulter son dossier ;

- la décision est entachée d'un détournement de procédure, dès lors que l'absence de notification de l'arrêté du 1er avril 2020 l'a induit en erreur quant à la durée de son détachement ;

- la convocation à l'entretien préalable à la fin du détachement doit être sans ambigüité ;

- l'agence régionale de santé de Mayotte ne pouvait mettre fin, avant son terme, à son détachement de longue durée ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir, l'administration n'ayant pas mis en œuvre de réorganisation des services.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2021, l'agence régionale de santé de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-796 du 13 octobre 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ingénieur hospitalier titulaire de la fonction publique hospitalière, affecté au centre hospitalier de Mayotte, a été placé en position de détachement aux ministères sociaux, en vue d'occuper le poste de chef de projet applications et infrastructures techniques à compter du 1er avril 2020. Par courrier du 1er février 2021, la directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) de Mayotte a informé l'intéressé de ce que son détachement ne serait pas renouvelé. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre à l'autorité administrative de prolonger son détachement sur ce poste.

2. Aux termes de l'article 51 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine ou, dans le cas prévu au deuxième alinéa de l'article 4, de son emploi d'origine, mais continuant à bénéficier, dans ce corps ou cet emploi, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / Il est prononcé sur la demande du fonctionnaire. / Le détachement est de courte ou de longue durée. / Il est révocable ". Aux termes de l'article 55 de cette loi : " A l'expiration de son détachement, et nonobstant les dispositions des articles 36 et 38, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réaffecté dans l'emploi qu'il occupait avant son détachement ou dans un autre emploi, relevant du même établissement, que son grade lui donne vocation à occuper ".

3. Aux termes de l'article 13 du décret du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition, dans sa rédaction applicable au litige : " Le détachement d'un fonctionnaire ne peut avoir lieu que dans l'un des cas suivants : / () 8° ter Détachement auprès d'une agence régionale de santé ; () ". Aux termes de l'article 14 du même décret : " Le détachement est prononcé sur demande du fonctionnaire. () ". L'article 16 dispose que : " Le détachement de courte durée ne peut excéder six mois ni faire l'objet d'un renouvellement. () / A l'expiration de son détachement, il est obligatoirement réintégré dans cet emploi ". Selon l'article 17 : " Le détachement de longue durée ne peut excéder cinq ans. Il peut toutefois être renouvelé par périodes n'excédant pas cinq ans. / () ".

4. Aux termes de l'article 17-1 du même décret : " Trois mois au moins avant l'expiration du détachement de longue durée, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine et à l'administration ou l'organisme d'accueil sa décision de solliciter le renouvellement du détachement ou de réintégrer son corps d'origine. / Deux mois au moins avant le terme de la même période, l'administration ou l'organisme d'accueil fait connaître au fonctionnaire concerné et à son administration d'origine sa décision de renouveler ou non le détachement ou, le cas échéant, sa proposition d'intégration. / A l'expiration du détachement, dans le cas où il n'est pas renouvelé par l'administration ou l'organisme d'accueil pour une cause autre qu'une faute commise dans l'exercice des fonctions, la situation du fonctionnaire est réglée dans les conditions prévues à l'article 20. / Il en est de même lorsque le fonctionnaire n'a pas fait connaître sa décision dans le délai mentionné au premier alinéa ".

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision du 1er février par laquelle la directrice générale de l'ARS de Mayotte a signifié à M. A qu'elle ne procèderait pas au renouvellement de son détachement comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit, en tout état de cause, être écarté.

7. En deuxième lieu, si M. A soutient qu'il " n'est pas exclu " que la décision ait été prise en considération de sa personne, ce moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors et la décision contestée ne pouvant, en l'état de l'instruction, être regardée comme telle, le moyen tiré de ce que M. A aurait été privé de la possibilité de consulter son dossier doit être écarté, comme inopérant.

8. En troisième lieu, par courrier du 29 janvier 2020, M. A a sollicité un détachement de longue durée, pour cinq ans, sur le poste de chef de projet applications et infrastructures techniques à l'ARS de Mayotte. Par décision du 1er avril 2020, la directrice du centre hospitalier de Mayotte a placé l'intéressé en position de détachement de longue durée aux ministères sociaux à compter de cette même date, pour une durée de seulement un an. A supposer même que cet arrêté ne lui aurait pas été notifié, M. A, qui produit d'ailleurs l'arrêté émis le même jour par les ministères sociaux, précisant les modalités de sa prise en charge pour une durée d'un an, ne saurait prétendre, ni avoir ignoré la durée de son détachement, tandis qu'il a pris ses nouvelles fonctions à compter du 1er avril 2020, ni avoir cru acquise la durée maximale de cinq ans prévue à l'article 17 du décret du 13 octobre 1988, laquelle n'est pas de droit. Alors qu'il ne soutient, ni même n'allègue avoir sollicité le renouvellement de son détachement au moins trois mois avant son terme, M. A a été convoqué à un entretien le 1er février 2021, en vue de l'informer du choix envisagé par l'administration, non de mettre fin à son détachement, mais de ne pas procéder à son renouvellement, à l'expiration de celui-ci. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la convocation à l'entretien préalable et celui tiré du détournement de procédure doivent être écartés comme inopérants.

9. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de ce que l'ARS de Mayotte ne pouvait mettre fin, avant son terme, au détachement de longue durée de M. A, est inopérant et doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à sa création, l'ARS de Mayotte s'est dotée de services supports, dont un service dédié à la gestion de ses infrastructures techniques, chargé notamment du développement de la santé numérique, à la tête duquel M. A a été recruté en tant que chef de projet. A la suite d'un audit réalisé sur demande du chef du service informatique à la fin de l'année 2020, ayant objectivé des failles de sécurité, l'ARS a décidé de recentrer les missions de ce service sur la seule gestion des infrastructures informatiques internes et d'en adapter les effectifs aux besoins tels que redéfinis. Dans ce contexte que M. A ne contredit pas sérieusement, l'autorité administrative a choisi de ne pas renouveler son détachement arrivant à expiration le 1er avril 2021. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er février 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'agence régionale de santé de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 7 février 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cornevaux, président,

M. Ramin, premier conseiller,

M. Seroc, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

V. RAMIN

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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