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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2101240

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2101240

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2101240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantZOUBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2021, Mme E C, représentée par Me Zoubert, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de Mayotte sur sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- cette décision, qui porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée, méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2022, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'aucune demande de titre de séjour ne lui a été adressée ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante malgache née le 5 juillet 1984 à Bobasakoa (Madagascar), demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il n'est ni soutenu ni allégué et ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet du préfet de Mayotte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger () dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. Mme C soutient vivre de manière discontinue à Mayotte depuis 2015, qu'elle est pacsée avec M. D A et qu'elle est insérée dans la société mahoraise. Toutefois, par les pièces qu'elle produit, consistant notamment en quelques factures d'achat, des copies des pages de son carnet de santé et trois attestations peu circonstanciées, la requérante n'établit pas l'ancienneté et la continuité de son séjour à Mayotte. En outre, si l'intéressée se prévaut de la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec M. A, elle n'établit aucune communauté de vie avec ce dernier, la seule production d'une facture commune étant à cet égard insuffisante. Par ailleurs, les seules circonstances que la voisine de Mme C ait signé, le 7 février 2017, une promesse d'embauche en sa faveur et qu'elle justifie, pour l'année 2017, d'une adhésion au sein de l'association " mouvement pour le développement de Mayotte " ne permettent pas de caractériser d'efforts particuliers d'intégration dans la société mahoraise. Enfin, la requérante n'allègue pas être dépourvue d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 31 ans. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, qu'il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions de la requête de Mme C, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Cornevaux, président,

- M. Ramin, premier conseiller,

- M. Seroc, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le rapporteur,

S. B

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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