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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2102146

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2102146

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2102146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAHAMADA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 22 juin 2021 et 2 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Ahamada, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2021 par lequel le préfet de Mayotte a refusé sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois en fixant le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il porte atteinte à sa liberté de circulation.

Par courrier du 1er mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction assortie d'une astreinte.

Par un mémoire, enregistré le 6 mars 2023 postérieurement à la clôture de l'instruction, le préfet de Mayotte conclut à ce qu'il n'y ait plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Banvillet, premier conseiller,

- les observations de Me Dédri substituant Me Ahamada, représentant M. B, qui fait valoir qu'il n'a jamais été informé de la délivrance du titre de séjour mentionné dans le mémoire du préfet ;

- le préfet de Mayotte n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant comorien né le 24 août 1999 à Nioumamilima-Mboinkou - Grande Comore (Comores), a présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 17 mars 2021 et le préfet de Mayotte a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision ayant rejeté une demande de titre de séjour lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l'autorité administrative a délivré le titre sollicité ou un titre de séjour emportant des effets équivalents à ceux du titre demandé. En l'espèce, si le préfet de Mayotte fait valoir qu'il a délivré une carte de séjour " salarié " au requérant, valable du 6 mars 2023 au 5 septembre 2023, une telle mesure n'emporte pas des effets équivalents à ceux de la délivrance du titre de séjour sollicité. Il est en outre constant que le requérant demande l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de Mayotte a expressément refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de Mayotte doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside de manière continue à Mayotte depuis 2013 et qu'il y a suivi une scolarité sur le territoire français de 2016 à 2020. Le requérant disposait en outre, à la date de l'arrêté attaqué, de son bulletin de notes attestant de l'obtention d'un baccalauréat technologique " Sciences et technologies du management et de la gestion ". De plus, il justifie de sa vie familiale sur le territoire par la présence de sa mère, autorisée au séjour, avec qui il partage une communauté de vie. Il ressort également des pièces du dossier et en particulier de témoignages circonstanciés, que le requérant entretient des relations d'une particulière intensité avec sa sœur autorisée au séjour, les enfants de celle-ci et ses demi-sœurs de nationalité française. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des conditions et de la durée du séjour de M. B sur le territoire français, ce dernier est fondé à soutenir que la décision lui refusant un droit au séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté attaqué.

Sur les conséquences à tirer de l'annulation prononcée :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

7. Le motif fondant l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que le préfet de Mayotte délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'y procéder dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 800 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 2021-2211 du 17 mars 2021 du préfet de Mayotte est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

-Mme Khater, présidente,

-M. Biget, premier conseiller,

-M. A, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

M. ALa présidente,

A. KHATER

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102146

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