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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2104235

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2104235

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2104235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantTOINETTE & SAID IBRAHIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des communications de pièces, un mémoire complémentaire et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 4 novembre 2021, 29 janvier 2022, 14 mars 2022 et 6 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Faivre-Vilotte, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le maire de Koungou l'a radié des cadres pour abandon de poste ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte, à la commune de Koungou de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Koungou une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la mise en demeure de reprendre ses fonctions lui a été notifiée tardivement ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, la commune de Koungou ne lui ayant notifié aucune mise en demeure le 6 mai 2021 ;

- contrairement à ce qu'a estimé l'administration, aucune situation d'abandon de poste ne peut lui être imputée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2022, la commune de Koungou, représenté par Me De Freitas, avocat, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire en défense a été présenté par la commune de Koungou le 22 septembre 2022 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seroc, conseiller,

- les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, technicien territorial, est affecté depuis le 1er janvier 2021 à la commune de Koungou. Par des courriers des 24 et 26 mars 2021, M. B a demandé l'octroi d'une mise en disponibilité pour convenances personnelles en dernier lieu à compter du 1er avril 2021. Par un courrier du 31 mars 2021, il a demandé à bénéficier d'une mise en disponibilité de droit pour prendre soin de ses ascendants. Par des courriels des 6 et 16 avril 2021, le directeur général des services de la commune de Koungou a invité M. B à produire des pièces au soutien de sa dernière demande. Par un courrier du 29 avril 2021, le maire de Koungou a réitéré sa demande de production de pièces justificatives et l'a mis en demeure de l'informer des motifs de son absence du service depuis plus d'un mois et de reprendre dans un délai de sept jours ses fonctions. Par un arrêté du 5 août 2021, le maire de Koungou a radié M. B des cadres pour abandon de poste, à compter du 5 septembre 2021, date à laquelle ledit arrêté lui a été notifié. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, et l'informant du risque couru de radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est ni présenté ni n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par cet agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que ce lien a été rompu du fait de l'intéressé.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 29 avril 2021, le maire de Koungou a adressé à M. B une mise en demeure de justifier ses absences du service depuis plus d'un mois et de reprendre dans un délai de sept jours ses fonctions, à défaut de quoi, il serait regardé en situation d'abandon de poste rompant de sa propre initiative le lien qui l'unit à l'administration et, par conséquent, serait radié des cadres en dehors du champ d'application des garanties disciplinaires. A cet égard, l'administration produit ce courrier ainsi que l'accusé de réception correspondant établissant qu'il a été présenté le 11 mai 2021, M. B n'ayant pas récupéré le pli dans le délai réglementaire. Si ce courrier a été présenté au 91 route nationale dans le quartier de Mtsapéré à Mamoudzou, alors que M. B affirme résider au 13 rue du four à chaux dans la commune de Labattoir, adresse qu'il a mentionnée dans sa demande de mise en disponibilité de droit du 31 mars 2021, le requérant n'établit pas avoir fait part à la commune de Koungou d'un changement d'adresse. Dans ces conditions, et alors même que postérieurement un agent de la police municipale de Koungou a tenté en vain de lui remettre en main propre cette mise en demeure, M. B, qui n'allègue pas avoir été dans l'impossibilité de récupérer ce pli, est réputé en avoir eu connaissance le 11 mai 2021, avant d'être radié des cadres pour abandon de poste. Le moyen tiré de ce que la mise en demeure lui aurait été notifiée tardivement doit être écarté.

4. Le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, dès lors que la mise en demeure de reprendre ses fonctions ne lui a pas été remise le 6 mai 2021. Toutefois, il ne ressort pas des mentions dudit arrêté que cette mise en demeure lui a été notifiée à cette date. A cet égard, l'erreur portant sur la date d'intervention de l'agent municipal chargé de remettre la mise en demeure à l'intéressé, qui constitue une erreur purement formelle, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux.

5. En troisième lieu, M. B a demandé, par courrier du 31 mars 2021, reçu par les services de la commune de Koungou le 5 avril suivant, à être placé en disponibilité de droit pour prendre soin de ses ascendants. Par des courriels des 6 et 16 avril 2021, le requérant a été invité par l'administration de produire des pièces justificatives. Ayant refusé de transmettre l'ensemble des pièces demandées et ne s'étant pas présenté au service depuis lors, par une décision du 29 avril 2021, le maire de Koungou a, d'une part, rejeté la demande de disponibilité de droit du requérant et, d'autre part, l'a mis en demeure, dans un délai de sept jours, de reprendre ses fonctions, à défaut de quoi, il serait regardé en situation d'abandon de poste rompant de sa propre initiative le lien qui l'unit à l'administration et, par conséquent, radié des cadres. Si par des courriels des 9 juin et 22 juillet 2021, M. B a pris l'attache de son administration pour l'informer qu'il " devrait rentrer définitivement en métropole début juillet " et lui demander de transmettre l'arrêté le plaçant en disponibilité de droit, il ressort toutefois de ce qui a été dit au point 3 qu'il doit être regardé comme ayant eu connaissance, au plus tard à la date du 11 mai 2021, de la décision lui refusant une telle disponibilité et de la mise en demeure qui lui a été ainsi adressée, lesquelles ont également fait l'objet d'une transmission par courriels des 4 et 17 mai 2021. A cet égard, outre qu'il est constant que l'intéressé occupait un emploi dans le secteur privé à la date du 26 mai 2021, celui-ci ne fait état d'aucun motif de nature à justifier son refus de déférer à la mise en demeure qui lui a été adressée par le maire de Koungou. Un tel comportement caractérisant une rupture du lien entre M. B et le service, le maire de Koungou n'a pas, par conséquent, commis d'erreur de droit en le radiant des cadres de la commune pour abandon de poste.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au maire de Koungou.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cornevaux, président,

M. Ramin, premier conseiller,

M. Seroc, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le rapporteur,

S. SEROC

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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