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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2200091

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2200091

vendredi 5 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2200091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantZOUBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 janvier et 9 avril 2022, M. C A, représenté par Me Zoubert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le préfet de Mayotte a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2023, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible d'enjoindre d'office au préfet de Mayotte de délivrer une carte de résident à M. A.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfants, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Le rapport de M. Le Merlus a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étaient ni présentes et ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le préfet de Mayotte a rejeté la demande présentée par M. C A, ressortissant malgache né le 24 juillet 1978, de renouvellement de sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L.432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. La décision de refus de renouvellement de la carte de résident de M. A, qui a expiré le 8 juin 2020, est motivée par la menace à l'ordre public que constituerait sa présence sur le territoire français. Il ressort de l'extrait du bulletin n°2 de son casier judiciaire produit par le préfet de Mayotte que M. A a été condamné par le tribunal correctionnel de Mamoudzou le 4 novembre 2009 à une amende délictuelle de 200 euros pour exécution de travail dissimulé, le 17 novembre 2010 et le 27 juillet 2015 à une amende de 500 euros et une suspension de permis de conduire pendant un mois puis à une même amende de 769 euros pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et enfin le 15 décembre 2017 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours commis le 24 septembre 2017. Toutefois, d'une part, il s'agit de condamnations anciennes, la plus récente concernant des faits commis plus de cinq ans avant la décision attaquée. Depuis, l'intéressé ne s'est pas fait connaître défavorablement des services de police. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est présent à Mayotte depuis au moins 2003 et a été titulaire d'une carte de résident valable du 9 juin 2010 au 8 juin 2020, est marié avec une ressortissante française depuis 2006 avec laquelle il a eu quatre enfants de nationalité française, nés en 2004, 2006, 2010 et 2012, l'ensemble de la cellule familiale résidant à une adresse commune. M. A est également père de deux enfants nés à Mayotte en 2003 de nationalité française de sa relation avec une autre ressortissante française. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressé exerce régulièrement la profession de chauffeur de taxi. Dans ces conditions, eu égard à la durée de son séjour sur le territoire français, à l'intensité de ses liens familiaux à Mayotte et au caractère ancien de ses condamnations, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée refusant le renouvellement de sa carte de résident a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants une atteinte disproportionnée aux buts de préservation de l'ordre public en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet de Mayotte a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2021 portant refus de renouvellement de sa carte de résident, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retourner sur le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

7. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, qu'il soit enjoint d'office au préfet de Mayotte de délivrer une carte de résident portant la mention " vie privée et familiale " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement d'une somme de 1 000 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Mayotte du 14 octobre 2021 rejetant la demande de M. A de renouvellement de sa carte de résident, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. A une carte de résident mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Banvillet, premier conseiller.

M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 5 janvier 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

A. B

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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