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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2204921

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2204921

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2204921
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantZOUBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Zoubert, avocat, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 18 août 2022 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne a refusé d'interrompre la saisie à tiers détenteur émise auprès du service de gestion comptable de Mayotte pour le recouvrement du titre de perception émis à son encontre le 17 novembre 2020 au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision de saisie à tiers détenteur émise à son encontre auprès du service de gestion comptable de Mayotte prise par le directeur départemental des finances publiques le 28 mai 2021 pour un montant de 49 500 euros ;

3°) de suspendre l'exécution du titre de perception émis à son encontre le 17 novembre 2020 pour un montant de 45 000 euros, au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail ;

4°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration aux dépens et à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors que l'exécution des décisions dont elle demande la suspension la placerait dans une situation de précarité financière ;

- la créance dont le recouvrement est recherché n'est pas fondée dès lors qu'elle a été relaxée par le tribunal correctionnel de Mayotte, par jugement du 26 mai 2021 devenu définitif, du chef de la poursuite d'emploi de personnes étrangères non munies d'un titre de séjour les autorisant à travailler.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2204920, enregistrée le 4 octobre 2022 par laquelle Mme B demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Au cours d'un contrôle effectué le 19 mars 2019 au domicile de Mme B, qui avait entrepris des travaux de maçonnerie, les services de police de Mayotte ont constaté la présence de plusieurs ouvriers, ressortissants étrangers dépourvus de titres de séjour les autorisant à travailler. Par une décision du 22 octobre 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de Mme B la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 45 000 euros. Un titre de perception a été émis à son encontre le 17 novembre 2020 par le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne pour ce même montant et pour le recouvrement duquel une saisie à tiers détenteur a été émise auprès du service de gestion comptable de Mayotte le 28 mai 2021. Un jugement du tribunal correctionnel de Mayotte, rendu le 26 mai 2021 et devenu définitif, a toutefois relaxé Mme B du chef de la poursuite d'emploi de personnes étrangères non munies d'un titre de séjour les autorisant à travailler. Le 27 juillet 2022, Mme B a demandé au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne l'annulation du titre de perception émis à son encontre et la mainlevée des mesures de recouvrement forcé de cette créance. Sa demande a été explicitement rejetée le 18 août 2022. Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de de ce titre de perception, de la décision de saisie à tiers détenteur émise à son encontre et celle rejetant son recours administratif préalable.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " () lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines. ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. " Aux termes de l'article L. 822-3 du même code : " Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, à l'article L. 822-2 du présent code et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues aux articles L. 823-1 à L. 823-10 du présent code. ". L'article L. 822-4 du même code dispose : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de la contribution prévue à l'article L. 822-2. A cet effet, il peut avoir accès aux traitements automatisés des titres de séjour des étrangers dans les conditions définies par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. Enfin, selon l'article L. 822-5 du même code : " L'Etat est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du présent code les dispositions prévues aux articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. () ".

5. Selon l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique visé ci-dessus : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. ". L'article L. 252 A du livre des procédures fiscales qualifie de titres exécutoires " () les titres de perception ou de recettes que l'Etat () ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". Il résulte de ces dispositions que les recours administratifs ou contentieux formés à l'encontre des titres de perception émis par les ordonnateurs de l'Etat ou des établissements publics de l'État ont un effet suspensif.

6. Mme B fait valoir que le paiement de la créance qui lui a été réclamé par le titre de perception du 17 novembre 2020 risque de compromettre sa situation financière et n'est en tout état de cause pas justifié, compte tenu de la décision de relaxe dont elle a bénéficié. Toutefois, l'intéressée a, préalablement à la saisine du juge des référés, par la requête susvisée et enregistrée sous le n° 2204920, demandé à ce tribunal l'annulation du titre de perception en litige ainsi que des mesures de recouvrement forcé subséquentes. Dès lors que la contestation du titre devant le juge a, par elle-même, pour effet de suspendre le recouvrement forcé de la créance en application des dispositions précitées du décret du 7 novembre 2012, la condition de l'urgence n'est pas remplie.

7. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner si un moyen est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées, il y a lieu de rejeter les conclusions à fins de suspension présentées par Mme B selon la procédure définie à l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Mamoudzou, le 12 octobre 2022.

Le juge des référés,

A. KHATER

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204921

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