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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2205069

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2205069

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2205069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 octobre 2022 et le 11 janvier 2023,

M. B A, représenté par Me Ghaem, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) A titre principal :

- d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois;

- d'enjoindre, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et à défaut sous astreinte, au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

2°) A titre subsidiaire :

- d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 en tant que le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

- d'enjoindre, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle et familiale du requérant ;

- elle est entaché entachée d'erreurs de fait ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision d'éloignement sur sa situation personnelle et familiale ;

Le préfet de Mayotte, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense malgré une mise en demeure du 5 mai 2023.

Par une ordonnance du 14 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.

Un mémoire a été produit pour M. B, le 29 février 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon, conseillère ;

- les observations de Me Hermand, substituant Me Ghaem pour M. A ;

- le préfet de Mayotte n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien né le 1er décembre 1993, a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 31 janvier 2022, le préfet de Mayotte a rejeté cette demande qu'il a assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 5 mai 2023 par le greffe du tribunal par l'application Télérecours, le préfet de Mayotte n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de 30 jours qui lui été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction fixée, par une ordonnance du 14 décembre 2023, au 15 janvier 2024. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait droit à son respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Si M. A fait valoir être entré France en 1999 avec ses parents et être présent de manière continue sur le territoire français depuis au moins l'âge de 5 ans, il ressort des pièces du dossier que le récépissé relatif à la demande de titre de séjour mentionne une date d'entrée à partir de 2002 et les attestations de scolarité sont établies à partir de la même année. Par ailleurs, il est constant qu'il a fait l'objet d'un éloignement en 2013 à la suite duquel il est reparti aux Comores, avant de revenir sur le territoire français. En outre, si le requérant affirme avoir été présent de manière ininterrompue sur le territoire de Mayotte, les quelques factures produites notamment pour les années 2015 à 2022 de même que les témoignages rédigés pour les besoins de la cause ne permettent pas d'établir de manière suffisamment probante sa présence continue sur le territoire français pendant cette période. Si l'intéressé produit un certificat de session de formation générale au brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur en accueils collectifs de mineurs acquis en mai 2022 et alors même qu'il a signé un contrat de travail à durée déterminée pour l'année 2023-2024, auprès de l'association Kaia Kaona dont il est membre depuis 2018, ces éléments d'insertion professionnelle sont postérieurs à la décision attaquée et sans incidence sur sa légalité. Enfin, si M. A déclare être hébergé à Mayotte, avec son frère et son demi-frère, tous deux majeurs, chez une amie de leur mère et avoir son grand-père paternel et la sœur de son grand-père en situation régulière à Mayotte, l'ensemble de ces éléments ne suffit pas à caractériser l'existence de liens intenses et stables que M. A entretiendrait avec sa famille, alors qu'il est constant que ses parents résident aux Comores. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision de refus de titre de séjour contestée et n'a dès lors pas méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que la décision de refus de séjour qui a été opposée à M. A n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui a été prononcée à son encontre, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, en mentionnant que M. A ne justifie d'aucune ressource ni expérience professionnelle lui permettant d'assurer ses conditions d'existence sur le territoire français et n'établit pas qu'il était dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa mère et son père qui ont été éloignés en 2009 de Mayotte se trouvent aux Comores, le préfet a procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait et d'erreurs manifestes d'appréciation démontrant l'absence d'examen particulier de la situation personnelle et familiale du requérant doit être écarté.

8. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 et alors que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, il n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de son éloignement du territoire français, le préfet de Mayotte a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sorin, président,

M. Banvillet, premier conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 9 avril 2024.

La rapporteure,

L. LEBON

Le président,

T. SORIN

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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