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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2100065

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2100065

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2100065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGENESIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2021 et un mémoire enregistré le 8 novembre 2022, non communiqué, la copropriété La Pinta et la société SFAM, représentées par Me Malle, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle le président du conseil territorial de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin a retiré le permis de construire n° PC 9711272001084 qui lui avait été tacitement délivré le 25 novembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin la somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle procède au retrait d'un permis de construire postérieurement au délai fixé par les dispositions de l'article 44-27 du code de l'urbanisme de Saint-Martin.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin, représentée par Me Benjamin, a conclu au rejet des conclusions et à ce qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle a été introduite par la société SFAM qui ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- l'ensemble des moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme de Saint-Martin ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère ;

- les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Benjamin, représentant la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin, le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La copropriété La Pinta a déposé le 16 juillet 2020 une demande de permis de construire un bungalow sur une parcelle cadastrée AY 0225, située au 37 rue de l'escale, Oyster Pond à Saint-Martin. A la suite d'une demande en ce sens du 5 août 2020, la requérante a déposé des pièces manquantes, dont il a été accusé réception le 14 octobre 2020. Un certificat d'autorisation tacite du 25 novembre 2020 a été délivré confirmant l'obtention d'un permis de construire à compter du 14 novembre 2020. Par un courrier du 18 janvier 2021, la requérante a été informée de la mise en place d'une procédure contradictoire en vue d'un retrait de ce permis de construire. Par un arrêté du 24 février 2020 notifié le 6 avril 2021, le président du conseil territorial a retiré le permis au nom de la collectivité.

Sur la fin de non-recevoir :

2. La collectivité d'outre-mer de Saint-Martin soutient que la société SFAM ne justifie pas d'un intérêt à agir. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette société est propriétaire des parcelles faisant l'objet du permis litigieux et justifie de ce fait d'un intérêt à agir. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 43-22 du code de l'urbanisme de Saint-Martin : " Le délai d'instruction de droit commun est de : 1° un mois pour les certificats d'urbanisme mentionnés au 1° de l'article 41-1, les déclarations préalables ; 2° deux mois pour les certificats d'urbanisme mentionnés au 2° de l'article 41-1, pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ;

3° trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager. ". Aux termes de l'article 43-19 de ce même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception au siège de la collectivité d'un

dossier complet ". Aux termes de l'article 43-38 de ce code : " L'envoi prévu à l'article 43-37 précise : 1° Que les pièces manquantes doivent être adressées au siège de la collectivité dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; 2° Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; 3° Que le délai 'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la collectivité. ". Aux termes de l'article 44-1 de ce code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé

comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas :1° Certificat d'urbanisme tacite ;2° Décision de non-opposition à la déclaration préalable ;3° Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite. ".

4. Aux termes de l'article 44-27 du code de l'urbanisme de Saint-Martin : " () Le permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peut être retiré que s'il est illégal et dans le délai de trois mois suivant la date de cette décision. Passé ce délai, le permis ne peut être retiré que sur demande explicite de son bénéficiaire. ". Compte tenu de l'objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur, l'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé.

5. En l'espèce, il ressort du récépissé de dépôt des pièces manquantes du 14 octobre 2020 que le dossier de la demande de permis de construire était complet à cette date et qu'ainsi le délai d'instruction, de deux mois, a pu commencer à courir. Contrairement à ce qui est indiqué sur le certificat d'autorisation tacite, un permis de construire tacite n'a pas pu être délivré le 14 novembre 2020 dès lors que le délai d'instruction n'était pas arrivé à son terme à cette date. Toutefois, ce certificat d'autorisation tacite délivré à la requérante le 25 novembre 2020 doit être regardé comme révélant, à compter de cette date, l'existence d'un permis de construire. Ainsi, en application des dispositions précitées et, contrairement à ce qui est soutenu en défense, en l'absence de fraude, une décision de retrait de ce permis de construire pouvait être notifiée au requérant jusqu'au 26 février 2021. Par conséquent, la notification de la décision du 24 février 2021 par laquelle la collectivité a retiré ce permis de construire ayant eu lieu le 6 avril 2021, le moyen doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 24 février 2021 par laquelle le président du conseil territorial de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin a retiré le permis de construire n° PC 9711272001084 qui lui avait été tacitement délivré le 25 novembre 2020 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin la somme de 1 500 euros à verser solidairement à la copropriété La Pinta et à la société SFAM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée dès lors qu'elle n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 février 2021 par laquelle le président du conseil territorial de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin a retiré le permis de construire n° PC 9711272001084 est annulée.

Article 2 : La collectivité d'outre-mer de Saint-Martin versera à la copropriété La Pinta et à la société SFAM la somme de 1500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions doit être rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à la copropriété La Pinta, à la société SFAM et à la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. GOUDENÈCHE Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et Saint-Martin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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