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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2100100

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2100100

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2100100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDEPORCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2021, la société Lage Ingénierie West Indies, représentée par Me Deporcq, demande au tribunal :

1°) de condamner la collectivité de Saint-Martin à lui verser la somme totale de 44 098,30 euros en règlement de onze factures impayées dans le cadre de l'exécution de marchés à bons de commande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de condamner la collectivité de Saint-Martin à lui verser la somme de de 5 000 euros sous forme d'intérêts compensatoires, en réparation du préjudice financier qu'elle subit ;

3°) de mettre à la charge de la collectivité de Saint-Martin la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité contractuelle de la collectivité de Saint-Martin est engagée en raison de l'absence de paiement de onze factures, dans le cadre de l'exécution de marchés à bons de commande, pour la somme totale de 44 098,30 euros ;

- elle subit un préjudice financier additionnel en raison de la privation de trésorerie provoquée par ce défaut de paiement injustifié, qui doit être réparé sous la forme d'intérêts compensatoires, et qu'elle estime à un montant 5 000 euros.

La procédure a été communiquée à la collectivité de Saint-Martin, qui n'a pas produit d'observations en défense malgré une mise en demeure en ce sens, envoyée le 5 janvier 2022.

Par ordonnance du 13 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mai 2023.

Vu :

- l'ordonnance n°2100075 du 30 juin 2021 par laquelle le juge des référés a condamné la collectivité de Saint-Martin à verser à la société Lage Ingénierie West Indies une somme provisionnelle de 44 098,30 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er janvier 2018, la société Lage Ingénierie West Indies et la collectivité de Saint-Martin ont conclu un accord-cadre à bons de commande portant sur l'exécution de missions de maîtrise d'œuvre, d'ingénierie, de procédures et de prestations diverses à la collectivité de Saint-Martin. Constatant un retard dans le paiement de ses factures, la société Lage Ingénierie West Indies a, par un courrier reçu le 22 avril 2021, mis en demeure la collectivité de Saint-Martin de lui régler la somme totale de 44 098,30 euros au titre de onze factures impayées pour des prestations réalisées dans le cadre de l'exécution de ce contrat. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la collectivité sur cette réclamation préalable. Dans le cadre d'une procédure de référé provision, le juge des référés du tribunal a, par une ordonnance rendue le 30 juin 2021, octroyé à la société Lage Ingénierie West Indies une provision d'un montant de 44 098,30 euros. Par la présente requête, la société Lage Ingénierie West Indies demande au tribunal de condamner la collectivité de Saint-Martin au paiement de la somme de 44 098,30 euros au titre de ces factures non réglées, ainsi que la somme de 5 000 euros sous forme d'intérêts moratoires, au titre du préjudice financier qu'elle estime avoir subi.

Sur l'engagement de la responsabilité de la collectivité de Saint-Martin :

2. Il résulte de l'instruction que, à la suite au passage de l'ouragan Irma sur le territoire de la collectivité de Saint-Martin et en application d'un accord cadre portant sur l'exécution de missions de maîtrise d'œuvre, d'ingénierie, de procédures et de prestations diverses à la collectivité de Saint-Martin, la société Lage Ingénierie West Indies a conclu plusieurs marchés de mission de maîtrise d'œuvre avec la collectivité de Saint-Martin portant sur la réfection d'ouvrages endommagés à l'école Aline Hanson, à l'école Hervé Williams et à l'école Jérôme Beaupère, ainsi que sur des travaux de démolition du collège Soualiga et du stade Thelbert Carty. Dans le cadre de l'exécution de ces marchés, la société Lage Ingénierie West Indies soutient qu'elle a entièrement réalisé plusieurs prestations, faisant l'objet des factures litigieuses qu'elle produit, et que la collectivité de Saint-Martin n'a pas procédé au règlement de ces diverses factures.

3. En l'espèce, il résulte en effet des factures produites par la requérante qu'elles ont été tamponnées et signées par la directrice générale des services de la collectivité de Saint-Martin, agissant par délégation du président de la collectivité, et qu'y apparaît la mention " service fait ". Plus précisément, concernant les factures en litige, la requérante soutient que la collectivité de Saint-Martin ne lui a pas versé la somme de 3 744,50 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°F18-57 du 7 novembre 2018, la somme 1 588,38 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°NHl 809.3.4 du 31 juillet 2019, la somme de 173,18 correspondant au montant hors taxe de la facture n°NH1809.4.5 du 31 juillet 2019, la somme de 799,93 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°NHl 809.3.5 du 28 août 2019, la somme de 487,75 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°NH1809.6.1 du 30 août 2019, la somme de 299,14 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°NHl809.4.6 du 31 août 2019, la somme de 989,40 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°F19-54 du 30 septembre 2019, la somme de 533,29 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°NH1809.3.6 du 10 décembre 2019, la somme de 28 351,75 euros correspondant au montant de la facture n°F20-07 du 31 janvier 2020, la somme de 7 078,50 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°F20-19 du 28 février 2020 et la somme de 52,48 euros correspondant au montant hors taxe de la facture n°NH1809.4.7 du 28 février 2020. D'une part, l'inexactitude des faits allégués par la société requérante ne résulte pas de l'instruction. D'autre part, en application des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, la collectivité de Saint-Martin, qui n'a pas produit d'observations en défense malgré une mise en demeure en ce sens, doit être réputée comme ayant admis l'exactitude matérielle des faits allégués par la requérante. Par conséquent, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les prestations objet des factures litigieuses n'auraient pas été réalisées dans les règles de l'art et conformément aux dispositions contractuelles convenues, la collectivité de Saint-Martin doit être condamnée à verser la somme totale de 44 098,30 euros à la société Lage Ingénierie West Indies en règlement des factures litigieuses non payées.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la collectivité de Saint-Martin à verser à la société Lage Ingénierie West Indies la somme totale de 44 098,30 euros, sous réserve de la déduction de la somme de 44 098,30 euros accordée par le juge du référé provision dans son ordonnance n° 2100075 et dans la mesure où cette somme a été effectivement versée à la requérante.

Sur les intérêts moratoires :

5. Aux termes de l'article L. 2192-10 du code de la commande publique, applicable aux contrats conclus à compter du 16 mars 2013 pour les créances dont le délai de paiement a commencé à courir à compter de la date d'entrée en vigueur du décret du 3 décembre 2018 portant partie réglementaire du code de la commande publique : " Les sommes dues en principal par un pouvoir adjudicateur, y compris lorsqu'il agit en qualité d'entité adjudicatrice, en exécution d'un contrat ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public sont payées, en l'absence de délai prévu au contrat, dans un délai fixé par décret qui peut être différent selon les catégories de pouvoirs adjudicateurs. (). ". L'article 39 de la même loi, dans sa rédaction applicable au présent litige, désormais repris par l'article L. 2192-13 du code de la commande publique, ajoute que : " Le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement ou l'échéance prévue au contrat. / Ces intérêts moratoires sont versés au créancier par le pouvoir adjudicateur. / () / Le taux des intérêts moratoires est fixé par décret. ".

6. Aux termes de l'article 1 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique, repris en substance à l'article R. 2192-10 du code de la commande publique : " Le délai de paiement prévu au premier alinéa de l'article 37 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice. ". Le premier alinéa du I de l'article 2 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique, désormais repris par l'article R. 2192-12 du code de la commande publique, énonce que : " Le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur ou, si le contrat le prévoit, par le maître d'œuvre ou toute autre personne habilitée à cet effet. ". Aux termes du I de l'article 8 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique, repris en substance aux articles R. 2192-31 et R. 2192-32 du code de la commande publique : " Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. () ".

7. En l'espèce, si la requérante demande au tribunal de condamner la collectivité de Saint-Martin à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice financier résultant du défaut de trésorerie subi en l'absence de paiement des factures litigieuses, elle doit être regardée comme demandant au tribunal que lui soient versés des intérêts moratoires. En tout état de cause, il résulte de l'instruction qu'elle avait adjoint une demande de règlement des intérêts légaux à sa réclamation préalable du 16 avril 2021. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que la collectivité de Saint-Martin ne conteste pas avoir reçu les factures relatives aux prestations effectuées, elle doit être condamnée à verser des intérêts moratoires à la société Lage Ingénierie West Indies, à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement de trente jours prévu par les dispositions précitées, qui a commencé à courir à la date de la réception des factures correspondantes par la collectivité de Saint-Martin, jusqu'à la date du paiement de la dernière facture. Il y a, par conséquent, lieu d'accorder à la société Lage Ingénierie West Indies les intérêts moratoires au taux légal augmenté de huit points, à concurrence des sommes dues telles que mentionnées au point 4 du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la collectivité de Saint-Martin une somme de 1 500 euros à verser à la société Lage Ingénierie West Indies au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Enfin, aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, la société Lage Ingénierie West Indies n'est pas fondée à en demander le remboursement.

D E C I D E :

Article 1er : La collectivité de Saint-Martin est condamnée à verser à la société Lage Ingénierie West Indies la somme totale de 44 098,30 euros, avec intérêts au taux légal pour chacune des factures litigieuses, à compter de l'expiration du délai de paiement de trente jours faisant suite à la réception des factures correspondantes par la collectivité de Saint-Martin, jusqu'au jour du paiement de la dernière facture, sous réserve de la déduction de la somme de 44 098,30 euros accordée par le juge des référés dans son ordonnance n° 2100075 du 30 juin 2021 et dans la mesure où cette somme a été effectivement versée à la requérante.

Article 2 : La collectivité de Saint-Martin versera à la société Lage Ingénierie West Indies une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Lage Ingénierie West Indies, à la collectivité de Saint-Martin, au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à la Chambre régionale des comptes.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,Le président,

SignéSigné

J. LE ROUXS. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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