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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2100120

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2100120

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2100120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DURIMEL & BANGOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 août 2021 et le 12 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Durimel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 150 euros par jours de retard à compter de la notification du présent jugement ou à défaut, de réexaminer sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

M. B soutient que :

- l'arrêté pris dans son ensemble méconnait le 7° des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'autorité administrative a méconnu les règles relatives à la charge de la preuve ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnait les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'ensemble des moyens de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né le 19 juillet 1978, est entré sur le territoire français le 29 décembre 2012. Par une décision du 20 octobre 2020, l'Office français pour les réfugiés et les apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 10 juin 2021, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il risque d'être renvoyé et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une période de deux ans. Il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de l'arrêté du 10 juin 2021 que le requérant ait déposé une demande de titre. Ainsi, le requérant ne peut utilement soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet délégué, auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin a méconnu les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'autorité administrative a méconnu les règles relatives à la charge de la preuve. Par suite, le moyen peut être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. En l'espèce, le requérant soutient que le préfet a méconnu les dispositions précitées. Toutefois, les pièces produites à savoir une facture, des diplômes d'études, une attestation d'hébergement du 20 août 2021, une promesse d'embauche du 26 juillet 2021, ces deux dernières pièces étant postérieures à l'arrêté attaqué, ne sont pas suffisamment variées, circonstanciées et nombreuses afin d'établir une résidence continue en France, une insertion ainsi que des attaches suffisamment intenses et stables sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code précité : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4° ".

9. Pour prendre la décision l'obligeant à quitter le territoire français le préfet s'est notamment fondé sur l'alinéa 4 de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Ainsi, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que sa présence en France ne constitue pas un trouble à l'ordre public, qu'il a tenté de régulariser sa situation et qu'il souhaite s'intégrer dans la société française. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, le requérant se prévaut de la situation d'urgence de la région Sud-Ouest d'Haïti dont il est originaire. Toutefois, le requérant, qui se borne à produire des décisions de rejet de sa demande d'asile, n'apporte aucun élément afin de faire valoir des circonstances particulières de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée M. A B et au préfet délégué,auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet délégué,auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin , en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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