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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2100137

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2100137

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2100137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGUILLAUME-MATIME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2021, M. A D et Mme E F, représentés par Me Guillaume-Matime, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2021 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de délivrer à M. D un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. D atteste communauté de vie stable, continue et actuelle avec Mme F, antérieurement et postérieurement à la naissance de leur enfant ;

- elle porte atteinte droit au respect de la vie familiale de M. D, en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant, en méconnaissance des dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus de séjour, elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte au droit au respect de la vie familiale de M. D, en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 10 mai 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme F, se prévalant de sa qualité de concubine de M. D, en tant qu'elle ne justifie pas d'un intérêt direct et personnel à agir à l'encontre de l'arrêté du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin du 7 juillet 2021, qui ne la concerne pas directement.

Vu :

- l'ordonnance n°2100139 du 5 novembre 2021 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête présentée par M. D ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les observations de Me Guillaume-Matime, représentant Mme C, et de Mme B, représentant le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant haïtien, né le 23 février 1984, déclare être entré sur le territoire français le 13 août 2017. Le 1er mars 2021, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français. Par l'arrêté attaqué du 7 juillet 2021, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a refusé de lui délivrer le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la recevabilité des conclusions présentées par Mme F :

2. Malgré sa qualité de compagne de M. D, les conclusions présentées par Mme F tendant à obtenir l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2021, par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D, lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français, sont irrecevables dès lors que l'intéressée ne justifie pas d'un intérêt à agir à l'encontre de cette décision, qui ne la concerne pas directement ni personnellement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " () Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. En premier lieu, M. D soutient être en couple avec Mme F, une ressortissante française, depuis 2018 et avec laquelle il a eu un enfant, né le 16 septembre 2020, et qu'il a reconnu le 16 octobre 2020. Si le requérant soutient résider de manière stable et continue avec sa compagne et leur enfant, il ressort toutefois des observations produites suite à une enquête administrative relative à la justification du domicile de M. D et diligentée par la police aux frontières le 9 juin 2021, que le père de Mme F, résidant à la même adresse que celle-ci, a déclaré que M. D était le compagnon de sa fille mais ne résidait pas à cette adresse. De plus, en produisant uniquement des photographies avec Mme F et leur enfant, le requérant n'atteste pas suffisamment participer à l'entretien de son enfant depuis sa naissance dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et en l'absence de toute autre pièce justificative, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de délivrer à M. D un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le requérant n'atteste pas contribuer de manière effective à l'entretien de son enfant ni résider avec sa compagne, Mme F. Par conséquent, la seule production de photographies et d'une attestation Mme F, ne saurait suffire à attester que M. D possède des liens personnels et familiaux intenses sur le territoire français. Si le requérant soutient être entrée sur le territoire français en août 2017, il n'atteste pas, par la seule production d'une facture du mois de décembre 2020 et de documents datés de l'année 2021, résider de manière ancienne, stable et continue sur le territoire français avant ces dates. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D soit dépourvu de liens avec son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus opposé. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

7. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, et dès lors que la décision attaquée n'aura pas pour effet de séparer l'enfant de M. D de sa mère, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. ".

10. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le requérant n'atteste pas contribuer de manière effective à l'entretien de son enfant. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6 et 7, et en l'absence d'argumentation distincte, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme E F, au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,Le président,

SignéSigné

J. LE ROUXS. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

N°2100137

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