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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200017

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200017

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantARVIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 janvier 2022 et le 28 avril 2022, M. C, représenté par le cabinet Arvis Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 novembre 2021 par laquelle le Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming l'a suspendu de ses fonctions à compter du 12 novembre 2021 sans traitement jusqu'à la production par ses soins d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ou de rétablissement de la Covid-19 ;

2°) de mettre à la charge du Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- il n'exerce pas les fonctions dans un lieu entrant dans le champ de l'obligation vaccinale et n'a de contacts ni avec le personnel ni avec les patients ;

- la décision attaquée est entachée de vices de procédure tirés de ce qu'elle a été prise sans mise en demeure préalable, alors qu'elle s'apparente à une sanction, ni de convocation à un entretien visant à lui permettre de régulariser sa situation ;

- il a été privé de garanties ;

- il n'a pas été informé des conséquences d'un défaut de communication des justificatifs sollicités ni des moyens lui permettant de régulariser sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est placé en congé maladie et se trouve dans l'impossibilité d'exercer effectivement son activité ;

- il bénéficiait d'un report de l'obligation vaccinale jusqu'au 31 décembre 2021, en application du communiqué de presse du gouvernement en date du 26 novembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 14 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de M. B, représentant le Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agent d'entretien qualifié, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 novembre 2021 par laquelle le Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming l'a suspendu de ses fonctions à compter du 12 novembre 2021 sans traitement jusqu'à la production par ses soins d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ou de rétablissement de la Covid-19.

Sur la demande de tenue d'une audience à Saint-Martin :

2. Si le Centre hospitalier défendeur demande la tenue d'une audience " foraine " à Saint-Martin, la tenue d'une telle audience n'est pas de droit dès lors que le siège du Tribunal administratif de Saint-Martin est fixé à Basse-Terre. En tout état de cause, le Centre hospitalier défendeur qui a produit dans la présente instance et qui était représenté à l'audience n'est pas fondé à soutenir que le principe du contradictoire n'aurait pas été respecté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 visée ci-dessus, relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code () ". L'article 13 de la même loi dispose : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Selon l'article 14 de cette loi : " I. - () B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I (). Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ". Enfin, selon le II de l'article 16 de cette loi : " La méconnaissance, par l'employeur, de l'obligation de contrôler le respect de l'obligation vaccinale mentionnée au I de l'article 12 de la présente loi est punie de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe. () Si une telle violation est verbalisée à plus de trois reprises dans un délai de trente jours, les faits sont punis d'un an d'emprisonnement et de 9 000 € d'amende. () ".

4. Toute personne exerçant son activité au Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming entre dans le champ de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et est soumise à une obligation vaccinale contre la Covid-19 et ce quel que soit l'emplacement des locaux en question et que cette personne ait ou non des activités de soins et soit ou non en contact avec des personnes malades ou des professionnels de santé et également quelle que soient les modalités selon lesquelles elle exerce son activité, fût-ce en télétravail, sa quotité de travail, son service d'affectation et les éventuelles décharges dont elle peut bénéficier. Par suite, M. C, ne saurait utilement invoquer le défaut d'exercice de fonctions entrant dans le champ d'application de la loi du 5 août 2021, dès lors que M. C exerce bien son activité au sein d'un des établissements mentionnés par l'article 12 de la loi du 5 août 2021.

5. Il résulte des dispositions sus-rappelées de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire que l'employeur doit prendre une mesure de suspension de fonction sans rémunération, expressément prévue par le III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, lorsqu'il constate que l'agent public concerné ne peut plus exercer son activité en application du I de cet article, laquelle s'analyse non pas comme une sanction mais comme une mesure prise dans l'intérêt de la santé publique, destinée à lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19 dans un objectif de maîtrise de la situation sanitaire.

6. Ainsi, l'agent public qui refuse de se conformer à l'obligation vaccinale instituée par l'article 12 de la loi du 5 août 2021, et qui ne se trouve pas dans les exceptions prévues par celui-ci, se place lui-même dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Dès lors, l'autorité hiérarchique doit interrompre le versement de son traitement en l'absence de service fait.

7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

8. L'employeur de l'agent concerné étant ainsi en situation de compétence liée pour prononcer la suspension d'un agent public exerçant dans l'un des établissements mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique qui ne produit pas de justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ou de certificat de rétablissement, les moyens, soulevés par M. C et tirés de ce que la décision aurait été prise à la suite d'une procédure irrégulière, du fait le cas échéant d'un défaut d'information, d'une absence d'entretien préalable visant notamment à régulariser sa situation, ou de mise en demeure, sont manifestement inopérants et doivent être écartés.

9. En tout état de cause, M. C, qui a été destinataire comme l'ensemble du personnel de l'établissement des notes de service et notes d'information en date du 16 août 2021, du 30 août 2021 et du 16 septembre 2021, ainsi que d'un courrier nominatif de mise en demeure le 7 octobre 2021, ne pouvait ignorer l'obligation vaccinale qui lui incombait résultant des dispositions de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021. M. C n'a dès lors été privé d'aucune garantie.

10. Toutefois, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".

11. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

12. Il ressort des pièces du mémoire introductif d'instance que M. C était placé en arrêt maladie du 13 octobre 2021 au 12 novembre 2021 inclus, soit à une date antérieure à la décision litigieuse. La décision litigieuse ne pouvait pas, sans méconnaitre les dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, être à effet immédiat mais devait voir son entrée en vigueur différée au terme du congé maladie. Le moyen de la requête tiré de ce que M. C ne pouvait faire l'objet d'une mesure de suspension de ses fonctions et de traitement à la date de la décision attaquée doit être accueilli.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming la somme de 800 euros au profit de M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 12 novembre 2021 portant suspension des fonctions sans traitement de M. C est annulée en tant qu'elle prend effet le 12 novembre 2021.

Article 2 : Le Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming versera à M. C une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au Centre Hospitalier Louis-Constant Fleming.

Copie pour information en sera délivrée à l'Agence régionale de santé de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

M. Lubrani, conseiller,

Mme Bentolila, conseillère.

.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. LUBRANILe président-rapporteur,

signé

O. D

La greffière,

signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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