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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200031

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200031

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAUGUST DEBOUZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mars 2022 et le 16 octobre 2023, M. B A, représenté par la SCP August Debouzy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2021 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a approuvé la révision du plan de prévention des risques naturels aléa cyclonique de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin, en tant qu'il applique un zonage imprécis à la parcelle BI 118, située Lotissement des Terres Basses à Saint-Martin, et qu'il classe en zone rouge une partie de cette parcelle ;

2°) d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin de procéder au reclassement de la zone rouge de sa parcelle en zone blanche du plan de prévention des risques naturels ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- le classement de la parcelle en zone rouge est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin, qui n'a pas produit d'observations en défense, malgré une mise en demeure en ce sens envoyée le 13 mars 2023.

Par ordonnance du 5 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Me Billery, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 novembre 2021, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a approuvé la révision du plan de prévention des risques naturels aléa cyclonique de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin, sur le fondement des aléas relatifs au choc mécanique des vagues et à la submersion marine. Par la présente requête, M. A, dont il est constant qu'il est le propriétaire d'un terrain situé sur la parcelle BI 118, située au Lotissement des Terres Basses sur le territoire de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin, demande l'annulation de cet arrêté, en tant qu'il applique un zonage imprécis à sa parcelle et qu'il classe en zone rouge une partie de cette parcelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Si M. A soutient que l'arrêté en litige est entaché du défaut de compétence de son signataire, il résulte des dispositions du décret n° 2009-906 du 24 juillet 2009 relatif aux pouvoirs du représentant de l'Etat, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, notamment de son article 2, que le préfet délégué, placé sous l'autorité du représentant de l'Etat, est chargé des questions relatives aux collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin et qu'il exerce, en outre, les missions du sous-préfet d'arrondissement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin pour signer l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

3. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I.-L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II.-Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; () ". Aux termes de l'article R. 562-3 du même code dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté du 9 octobre 2017 portant ouverture et organisation d'une enquête publique : " Le dossier de projet de plan comprend : / 1° Une note de présentation indiquant le secteur géographique concerné, la nature des phénomènes naturels pris en compte et leurs conséquences possibles, compte tenu de l'état des connaissances ; / 2° Un ou plusieurs documents graphiques délimitant les zones mentionnées aux 1° et 2° du II de l'article L. 562-1 ; / 3° Un règlement précisant, en tant que de besoin : / a) Les mesures d'interdiction et les prescriptions applicables dans chacune de ces zones en vertu des 1° et 2° du II de l'article L. 562-1 ; / b) Les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde mentionnées au 3° du II de l'article L. 562-1 et les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existant à la date de l'approbation du plan, mentionnées au 4° de ce même II. Le règlement mentionne, le cas échéant, celles de ces mesures dont la mise en œuvre est obligatoire et le délai fixé pour celle-ci. ".

4. Il résulte des articles L. 562-1 et R. 562-3 du code de l'environnement que le classement de terrains par un plan de prévention des risques naturels prévisibles a pour objet de déterminer, en fonction de la nature et de l'intensité du risque auquel ces terrains sont exposés, les interdictions et prescriptions nécessaires, à titre préventif, notamment pour ne pas aggraver le risque pour les vies humaines. La nature et l'intensité du risque doivent être appréciés de manière concrète au regard notamment de la réalité et de l'effectivité des ouvrages de protection ainsi que des niveaux altimétriques des terrains en cause à la date à laquelle le plan est établi. Il n'en va différemment que dans les cas particuliers où il est établi qu'un ouvrage n'offre pas les garanties d'une protection effective ou est voué à disparaître à brève échéance.

5. Par ailleurs, lorsque les terrains sont situés derrière un ouvrage de protection, il appartient à l'autorité compétente de prendre en compte non seulement la protection qu'un tel ouvrage est susceptible d'apporter, eu égard notamment à ses caractéristiques et aux garanties données quant à son entretien, mais aussi le risque spécifique que la présence même de l'ouvrage est susceptible de créer, en cas de sinistre d'une ampleur supérieure à celle pour laquelle il a été dimensionné ou en cas de rupture, dans la mesure où la survenance de tels accidents n'est pas dénuée de toute probabilité.

6. En l'espèce, toute d'abord, le requérant soutient que le classement d'une partie de sa parcelle en zone rouge, correspondant au croisement entre des zones non urbanisées et un aléa submersion marine de référence moyen ou faible, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment dès lors que l'altimétrie réelle de sa parcelle n'aurait pas été prise en compte. Il soutient en effet que des travaux de remblaiement ont été entrepris sur sa parcelle et que se trouve un talus d'une hauteur moyenne de plus de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer au centre de la zone classée en rouge sur son terrain, dépassant ainsi de plus de deux mètres l'altimétrie des parcelles voisines, et depuis lequel l'eau s'écoulerait nécessairement en contrebas. Toutefois, le requérant ne conteste pas que, lors de la phase de concertation ayant précédé l'adoption de l'arrêté litigieux, la direction de l'environnement et de l'aménagement durable s'est déplacée sur son terrain et a rencontré son représentant à la suite de ses contestations concernant les propositions de zonage de sa parcelle. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité en charge de l'élaboration du PPRN s'est abstenue de tenir compte, lors de l'élaboration de ce document, de la modification de l'altimétrie de son terrain résultant d'une opération de remblaiement précédemment exécutée. De plus, il ressort du plan topographique établi par un géomètre expert, et qui est produit par le requérant, qu'en bas du talus, la zone classée en rouge sur le PPRN présente différents points d'altimétrie variant entre 2,33 mètres, 3,25 mètres ou encore 4 mètres. En outre, si le requérant se prévaut de l'édification d'un mur sur la bordure littorale de sa parcelle, il n'apporte cependant aucune précision sur ses caractéristiques, son entretien et l'absence de risque que serait susceptible de créer cet ouvrage afin de pouvoir le considérer comme un ouvrage de protection. Il ne ressort en outre d'aucune pièce du dossier que l'administration n'aurait pas pris cet élément en considération lors de la délimitation du zonage de sa parcelle.

7. Par ailleurs, d'une part, si le requérant se prévaut de la circonstance que sa parcelle n'aurait pas été impactée par le passage du cyclone IRMA sur l'île de Saint-Martin, il ne conteste pas, comme l'affirme le préfet en défense, que cette tempête a eu une trajectoire Est-Ouest, qui a épargné de manière générale le secteur du Lotissement des Terres Basses. De plus, le requérant ne conteste pas que le Lotissement des Terres Basses a été lourdement impacté par le cyclone LENNY en 1999. Il n'établit ainsi pas, par cette seule circonstance, que la partie de sa parcelle classée en zone rouge du PPRN ne serait pas soumise à un risque de submersion marine moyen ou faible. D'autre part, il ressort du rapport de présentation du PPRN litigieux qu'il a pour objectif de réviser l'aléa submersion marine issu du précédent PPRN de Saint-Martin du 10 février 2011, à la suite au cyclone IRMA ayant dévasté l'île de Saint-Martin le 6 septembre 2017. Selon le règlement de ce PPRN révisé, le classement d'une parcelle en zone rouge résulte d'un croisement entre l'aléa du choc mécanique des vagues et celui de submersion marine, qui correspond à une inondation des zones côtières générée par la mer prenant en compte les chocs mécaniques des vagues. En l'espèce, il ressort du rapport de présentation du PPRN litigieux que l'administration s'est principalement fondée sur la carte des hauteurs de submersions et la carte de l'aléa submersion marine établies par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) en 2017 à la suite du passage du cyclone IRMA. Par conséquent, au regard de la situation particulière de la zone rouge instaurée sur le terrain du requérant, qui est en bord de côte, à moins de 100 mètres du littoral, ainsi que de la nature et de l'intensité du risque concrètement encouru sur l'île de Saint-Martin, qui est particulièrement exposée au risque cyclonique, le risque que la zone litigieuse soit concernée par un aléa de submersion marine moyen ou faible, correspondant à des hauteurs de submersion entre zéro et un mètre, n'est pas dénué de toute probabilité.

8. Par suite, compte tenu des éléments qui précèdent, et dès lors que le plan litigieux a pour objet d'anticiper et de prévenir les risques de submersion au regard de leurs conséquences pour les vies humaines, en prenant en compte l'évolution des phénomènes naturels et l'incidence que pourrait avoir une croissance non maîtrisée de l'urbanisation, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet délégué a approuvé le classement d'une partie de la parcelle du requérant en zone rouge du PPRN de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2021 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requête, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la collectivité de Saint-Martin, au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,Le président,

SignéSigné

J. LE ROUXS. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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