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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200035

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200035

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGENESIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 17 mars 2022, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le président du conseil territorial de la collectivité de Saint-Martin a accordé un permis de construire modificatif à la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) La villa de Saint Martin confirmée le 15 septembre 2021 ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux du 18 novembre 2021.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de la violation de l'article 3 de l'arrêté n° 2005-1719 AD/1/4 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article 44-35 du code de l'urbanisme de Saint-Martin ;

- elle méconnait les dispositions des articles 6, 6-1 et 6-2 du plan de prévention des risques naturels 2019.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin a conclu au rejet des conclusions et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le préfet délégué n'a pas notifié son recours gracieux à la collectivité de Saint-Martin ;

- elle est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- l'ensemble des moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 31 octobre 2022, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de retenir comme fondé le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté n° 2005-1719 AD/1/4 et les a invité à produire leurs observations sur une éventuelle application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme de Saint-Martin ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère ;

- les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Benjamin, représentant la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme à responsabilité limitée (SARL) La villa de Saint Martin a déposé une demande de permis modificatif en vue de construire un deuxième logement, sur la parcelle cadastrée AT 521, située au 20 rue de Grande Cayes, Cul de Sac qui a été réceptionnée par la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin le 4 mars 2021. Cette demande a fait l'objet d'un rejet par une décision du 30 avril 2021 pour irrecevabilité. La SARL La villa de Saint-Martin a formé un recours gracieux le 27 juillet 2021 réceptionné par la collectivité le 27 août 2021 contre cette décision de rejet. Un certificat d'autorisation tacite a été alors délivré par la collectivité le 15 septembre 2021 indiquant qu'un permis de construire modificatif avait été tacitement délivré le 4 avril 2021. Ce certificat d'autorisation tacite du 15 septembre 2021 doit être regardé comme une décision de retrait du refus de délivrer le permis de construire du 30 avril 2021. Le certificat d'autorisation tacite délivré par la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin a été transmis au contrôle de légalité le 29 octobre 2021. Par un courrier reçu le 18 novembre 2021, le préfet délégué a demandé au président du conseil territorial de retirer le permis de construire litigieux. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur ce recours gracieux. Par la présente requête, le préfet délégué doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la collectivité de Saint-Martin a retiré sa décision du 30 avril 2021 de refus de délivrer le permis de construire modificatif, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux du 18 novembre 2021.

Sur la fin de non-recevoir :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin : "En cas de déféré du représentant de l'Etat dans la collectivité ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir, le représentant de l'Etat dans la collectivité ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou un permis de construire, d'aménager ou de démolir. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux ".

3. En application de ces dispositions, il appartient au préfet, en cas d'exercice par lui d'un déféré, ainsi qu'à l'auteur d'un recours contentieux, quand ceux-ci sont dirigés contre un certificat d'urbanisme, une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou un permis de construire, d'aménager ou de démolir, d'adresser au greffe de la juridiction où le déféré ou le recours contentieux a été enregistré une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée adressée à l'auteur du document d'urbanisme ou de la décision contestée et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation. En outre, si ce recours a été précédé d'un recours administratif qui a eu pour effet de conserver le délai de recours contentieux, doit également être transmise au greffe de la juridiction concernée une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée afférente au recours administratif ou toute autre modalité de notification présentant des garanties équivalentes.

4. En l'espèce, il est constant que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin a notifié par lettre recommandée avec accusé de réception son déféré et son recours gracieux à la pétitionnaire, ainsi que son déféré à la collectivité. Si le préfet délégué n'a pas transmis au greffe de la juridiction une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée attestant de la notification de son recours gracieux à la collectivité de Saint-Martin, il justifie en revanche avoir déposé à la collectivité ledit recours. En effet, ce dépôt est attesté par l'apposition sur ce recours d'un tampon humide au nom de la collectivité de Saint-Martin portant la date du 18 novembre 2021. Ainsi, les modalités de notification auxquelles le préfet délégué a eu recours présentent des garanties équivalentes à celles d'un envoi en recommandé avec accusé de réception et n'étaient donc pas de nature à priver l'autorité publique des garanties prévues par l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin doit être écartée.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-7 du code de justice administrative : " () Lorsque la demande est présentée devant le tribunal administratif de Guadeloupe (), ce délai est augmenté d'un mois pour les personnes qui ne demeurent pas dans la collectivité territoriale dans le ressort de laquelle le tribunal administratif a son siège. () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ".

6. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. () ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté délivrant le permis de construire a été transmis au préfet délégué de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin le 29 octobre 2021. Ce dernier a formé un recours gracieux par un courrier du 18 novembre 2021 réceptionné, tel notamment que cela a été dit au point 4, le même jour. Ce recours ayant été exercé dans le délai de trois mois fixé par les dispositions précitées il a régulièrement prorogé le délai de recours ouvert à l'encontre du permis de construire. En l'absence de réponse du président du conseil territorial à ce recours gracieux, une décision implicite de rejet est née le 19 février 2022. La requête ayant été enregistrée le 17 mars 2022, soit dans un délai de trois mois suivant la naissance de cette décision implicite de rejet, elle n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté n° 2005-1719 AD/1/4 définissant le champ d'application de l'archéologie préventive pour la commune de Saint-Martin : " Sont instituées sur la commune de Saint-Martin : 37 zones archéologiques de forte

sensibilité figurées sur les 2 cartes en annexe du présent arreté () Toutes demandes relatives à ces zones : de permis de construire, de permis de démolir, d'autorisation d'installation ou de travaux divers en application des articles K442-1 et R.442-2 du code de l'urbanisme, d'autorisation de lotir, de décision de réalisation d'une zone d'aménagement concerté entraînant une augmentation de l'emprise au sol ou la création d'une emprise nouvelle sur des terrains partiellement ou totalement inclus dans les zones archéologiques

doivent être transmises au préfet de région (direction régionale des affaires culturelles) ; ".

9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la carte de zonage archéologique 2005 versée par le préfet délégué dans le cadre de l'instance, que le projet de construction entre dans le champ d'application de la réglementation relative à l'archéologie préventive, le terrain d'assiette de la construction étant situé en zone de forte sensibilité archéologique dans laquelle les projets prévus par les dispositions précitées notamment les permis de construire, doivent obligatoirement être transmis au préfet de région. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le préfet de région aurait été consulté au titre de la réglementation relative à l'archéologie préventive dans le cadre de l'instruction du permis de construire contesté. Par suite, le moyen doit être accueilli.

10. En second lieu, aux termes de l'article 44-35 du code de l'urbanisme de Saint-Martin : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir en cours de validité peut être modifié, sur demande de son bénéficiaire ou de ses bénéficiaires, quelle que soit l'importance des modifications projetées, si le plan local d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres auxquelles est soumis le projet n'ont pas évolué de façon défavorable. Dans le cas contraire, le permis ne peut être modifié que si les modifications demandées ont pour

effet de rendre le projet plus conforme aux nouvelles dispositions, ou bien sont étrangères à ces dispositions. () ".

11. Aux termes de l'article L. 562-2 du code de l'environnement : " Lorsqu'un projet de plan de prévention des risques naturels prévisibles contient certaines des dispositions mentionnées au 1° et au 2° du II de l'article L. 562-1 et que l'urgence le justifie, le préfet peut, après consultation des maires concernés, les rendre immédiatement opposables à toute personne publique ou privée par une décision rendue publique. ". Aux termes de l'article L. 562-4 du code de l'environnement : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. ".

12. Le caractère rétroactif de l'annulation, par un arrêt n° 20BX03238 du 30 mars 2021 de la cour administrative d'appel de Bordeaux, des jugements n° 1900098 et n° 1900102 du 23 juillet 2020 par lesquels le tribunal administratif de Saint-Martin avait annulé l'arrêté n° 2019-218 du 6 août 2019, a pour conséquence que ce document d'urbanisme doit être regardé comme n'ayant jamais cessé d'exister et de produire ses effets et en particulier, comme étant en vigueur les 25 octobre 2020, date de délivrance du permis de construire initial, et le 15 septembre 2021, date du retrait du refus de délivrance du permis de construire modificatif. Ainsi, les servitudes administratives auxquelles étaient soumises le projet n'ont pas évoluées entre la délivrance du permis initial et du permis modificatif et de ce fait le préfet ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 44-35 du code de l'urbanisme à Saint-Martin. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 du règlement du plan de prévention des risques naturels de 2019 : " Les zones rouges foncées seront rendues inconstructibles, seule la construction d'infrastructures publiques et portuaires est autorisée ". Aux termes de l'article 6-1 de ce PPRN : " Sont interdits, les travaux conduisant à augmenter le nombre de logements ou de personnes exposées aux risques. Plus précisément sont interdits tous travaux et aménagements, constructions et ouvrages, installations et activités, de quelque nature qu'ils soient sauf ceux expressément autorisés au paragraphe 6-2 ". Enfin aux termes de l'article 6-2 de ce même PPRN : " Les reconstructions de biens sinistrés en application de l'article 77-8 du code de l'urbanisme de la collectivité de Saint-Martin et de constructions qualifiées d'insalubre, sauf en cas de sinistre dû à un des aléas naturel objet du PPR (autorisation de réparation dans ce cas), autres que celles d'établissements sensibles, sous les conditions suivantes : [] qu'il n'y ait pas de changement de destination autre que celle allant dans le sens d'une diminution de la vulnérabilité, donc sans création de logements supplémentaires ".

14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de zonage réglementaire et du PPRN 2019 opposable à la date de la décision contestée, que le projet litigieux se situe en zone rouge foncée. Ainsi, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet litigieux ne constitue ni une infrastructure publique ni portuaire et qu'il ne vise pas à reconstruire des biens sinistrés ou une construction insalubre, le permis méconnait les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être accueilli.

15. Il résulte de ce qui précède que le préfet délégué est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil territorial de la collectivité de Saint-Martin a accordé un permis de construire modificatif à la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) La villa de Saint Martin confirmée le 15 septembre 2021 ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux du 18 novembre 2021.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le président du conseil territorial de la collectivité de Saint-Martin a accordé un permis de construire modificatif à la SARL La villa de Saint Martin confirmée le 15 septembre 2021 et la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux du 18 novembre 2021 sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, au préfet de la Guadeloupe, à la collectivité de Saint-Martin et à la SARL La villa de Saint Martin.

Copie en sera faite au ministre des outre-mer et au procureur de la République du tribunal de Basse-Terre.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. GOUDENÈCHE Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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