mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de St Martin |
| Section | Tribunal Administratif de St Martin |
| N° Dossier | TA108-2200044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GAYON |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 10 mai 2022 sous le n° 2200044, et des mémoires complémentaires enregistrés le 14 mars 2023, le 23 octobre 2023 et le 2 mai 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Société d'entreposage frigorifique de Saint-Martin (SOFRISM), représentée par Me Gayon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner solidairement le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Guadeloupe et son assureur, la société SMACL Assurances, à lui verser la somme de 6 301 916,95 euros hors taxes, sauf à parfaire, en réparation des préjudices consécutifs à l'aggravation de l'incendie de son entrepôt de stockage de produits de distribution alimentaires et d'entretien, survenu le 6 février 2019, à titre subsidiaire, de condamner solidairement le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Guadeloupe et son assureur, la société SMACL Assurances, à lui verser la somme de 5 528 586,80 euros hors taxes, pour les mêmes préjudices, sauf à parfaire, sommes assorties des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable et portant capitalisation de ces intérêts ;
2°) d'enjoindre au SDIS de la Guadeloupe de produire la version 2019 du document répertoriant les critères de classement en établissement répertorié ;
3°) de mettre à la charge du SDIS de la Guadeloupe la somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle présente un intérêt à agir dès lors que, en vertu du contrat de location de l'entrepôt qu'elle exploitait, elle est responsable du sinistre total affectant ces biens ;
- la responsabilité du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Guadeloupe doit être engagée pour faute en raison de l'organisation défectueuse de ses services, liée :
* à la tardiveté du commencement des opérations d'attaque du feu, plus de trois heures après l'arrivée du SDIS de la Guadeloupe sur le site, notamment au regard du règlement d'instruction et de manœuvre ;
* à leur mauvaise connaissance du site, dès lors que le bâtiment aurait dû être répertorié par le SDIS de la Guadeloupe ; en l'absence de communication des critères de classement des établissements répertoriés, la charge de la preuve de cette absence d'obligation appartient au SDIS de la Guadeloupe ;
* à l'absence de moyens suffisants emmenés sur le site, faute de disqueuse, et au retard pour solliciter l'intervention du véhicule des sapeurs-pompiers hollandais ;
* au commandement insuffisant des opérations et au retard dans la transmission de la demande de renfort en commandement au chef de groupement ;
- les défendeurs ne peuvent pas demander d'écarter le rapport d'expertise produit devant le juge administratif, qui n'est pas compétent pour se prononcer sur la contestation d'une expertise ordonnée par l'autorité judiciaire ; en tout état de cause, l'expertise litigieuse est valide ;
- ces fautes dans l'organisation défectueuse des services d'incendie et de secours sont la cause de l'aggravation de l'incendie, représentant 80 % des dommages subis ;
- elle n'a commis aucune faute de nature à exonérer la faute commise par le SDIS de la Guadeloupe, dès lors qu'elle avait valablement déposé auprès du préfet de la Guadeloupe une demande de dérogation de son statut d'installation classée pour la protection de l'environnement pour bénéficier des dispositions antérieures, et n'était ainsi pas soumise à la nomenclature de la rubrique n° 1511 issue du décret du 27 mars 2014 ; l'entrepôt était en conformité avec la réglementation applicable, notamment concernant le nombre et la disposition de ses extincteurs, comme le souligne l'avis favorable émis par la commission de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin pour la sécurité le 3 février 2012, et elle produit des factures attestant de la présence d'un système d'alarme et de télésurveillance ; en tout état de cause les installations existant avant le 1er juillet 2014 n'avaient pas à installer de système de détection automatique de fumée, car ces dispositions ne sont pas listées au tableau échéancier de l'article 2 de l'arrêté du 27 mars 2014, et que l'entrepôt avait des dimensions inférieures à ceux soumis à cette obligation ; dans le même sens, les points 1.4, 3.2.6, 4.1 et 4.4.2 de l'annexe I du même arrêté ne sont pas prévus par l'échéancier et n'avaient donc pas à être mis en place au sein du bâtiment ; le point 5.4 de cette même annexe n'impose pas la présence de portes coupe-feu ; l'encombrement de l'entrepôt et le stockage de matières dangereuses sont dus à la réquisition effectuée par les services de l'Etat à la suite de l'ouragan IRMA, dont 60 % de la surface était encore occupée par des produits mal répertoriés au moment du sinistre, et n'est ainsi pas de sa responsabilité ; c'est à tort que les défendeurs soutiennent que des câbles électriques se situaient juste au-dessus du foyer de l'incendie ; aucune disposition légale ou réglementaire n'impose la formation des employés au risque incendie ; contrairement à ce que soutiennent les défendeurs, les combles du bâtiment étaient accessibles et ils n'établissent aucun encombrement de l'extérieur du bâtiment rendant leur accès impossible ; le SDIS ne conteste pas avoir reçu les plans des locaux lors de l'intervention ;
- elle est fondée à demander la réparation de ses préjudices à hauteur de la somme de 6 301 916,95 euros hors taxes, correspondant à 80 % des préjudices matériels et immatériels restés à sa charge après la subrogation de sa compagnie d'assurance GFA Caraïbes ; ainsi que les intérêts au taux légal sur cette somme, et la capitalisation de ces intérêts.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2022, le 7 avril 2023 et le 7 mai 2024, le SDIS de la Guadeloupe et la société SMACL Assurances, représentés par Me Garcia, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 15 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête est entachée d'un défaut d'intérêt à agir dès lors que la société SOFRISM n'est pas propriétaire de l'entrepôt objet du sinistre, ni des marchandises stockées à l'intérieur de cet entrepôt ;
- le rapport d'expertise est nul et doit être écarté car il est entaché d'impartialité, est insuffisamment étayé et a méconnu le principe du contradictoire ;
- la requérante n'apporte pas la preuve d'une faute dans l'organisation des services d'incendie et de secours ;
- la société SOFRISM a commis plusieurs fautes tirées du non-respect de la réglementation en matière de sécurité incendie s'appliquant aux entrepôts frigorifiques soumis à la rubrique n° 1511 des installations classées pour la protection de l'environnement, exonérant, en tout état de cause, le SDIS de toute responsabilité ;
- la requérante n'établit pas suffisamment la réalité et le quantum de ses préjudices, dès lors que :
* l'estimation du rapport d'expertise ne correspond pas au procès-verbal de chiffrage des préjudices, sans aucune explication ;
* elle n'est pas propriétaire du bâtiment sinistré ni du matériel endommagé, et ne prouve pas suffisamment avoir versé des sommes au propriétaire afin de réparer le préjudice matériel subi ;
* le taux de marge brute appliqué à la reconstitution de son chiffre d'affaires est surévalué, et il ne reflète pas la réalité des pertes subies par la société sur les années précédant les faits ;
* elle n'établit pas suffisamment l'actualisation de son préjudice d'exploitation en lien avec la période de COVID 19 ;
* elle ne prouve pas suffisamment la présence des marchandises stockées au sein de son entrepôt, ni d'avoir indemnisé les clients concernés de ces pertes.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de production de la version 2019 du document répertoriant les critères de classement en établissement répertorié, dès lors que les mesures d'instruction relèvent d'un pouvoir propre du juge.
La société à responsabilité limitée (SARL) Société d'entreposage frigorifique de Saint-Martin (SOFRISM), représentée par Me Gayon, a présenté des observations au moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 2 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022 sous le n°2200076, et un mémoire complémentaire enregistré le 20 septembre 2023, la société anonyme à conseil d'administration GFA Caraïbes, représentée par le cabinet Horus Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Guadeloupe et son assureur, la société SMACL Assurances, à lui verser la somme de 7 700 000 euros, en réparation des indemnités d'assurance qu'elle a versées à la société à responsabilité limitée (SARL) Société d'entreposage frigorifique de Saint-Martin (SOFRISM) à la suite de l'incendie de son entrepôt de stockage de produits de distribution alimentaires et d'entretien survenu le 6 février 2019, somme assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge solidaire du SDIS de la Guadeloupe et de son assureur, la société SMACL Assurances, la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- sa requête, qu'elle présente en qualité d'assureur subrogé dans les droits de la société SOFRISM, est recevable dès lors qu'elle justifie du paiement à cette société de la somme de 7 700 000 euros, correspondant aux indemnités d'assurance contractuellement dues en application des garanties souscrites ;
- l'expertise judiciaire litigieuse est valide ;
- la responsabilité du service départemental d'incendie et de secours de la Guadeloupe doit être engagée pour faute en raison de l'organisation défectueuse de ses services liée :
* la durée excessive de l'opération de reconnaissance de l'incendie ;
* la mauvaise exécution de l'opération de sauvetage, en l'absence de sécurisation des lieux et en raison de l'intervention d'employés de l'entreprise au sein du bâtiment ;
* la mauvaise des établissements, comme l'atteste le délai de mise en eau et de sollicitation du camion échelle hollandais ; les défendeurs n'établissent pas suffisamment la raison pour laquelle ils n'ont pas pu déployer leur propre camion sur la façade dégagée du bâtiment ;
* au délai excessivement long d'attaque de l'incendie, dès lors que les sapeur-pompiers auraient dû utiliser leurs lances à eau pour pousser le feu, même sans en atteindre le foyer, à l'aide de plus grosses lances et de camion échelle ;
- ces fautes dans l'organisation défectueuse des services d'incendie et de secours ont causé l'aggravation de l'incendie, représentant 80 % des dommages subis ;
- la société SOFRISM n'a commis aucune faute de nature à exonérer la faute commise par le SDIS de la Guadeloupe, dès lors que le bâtiment était dispensé de l'installation d'un système de détection incendie et d'un système de désenfumage, il n'y a pas de lien entre l'aggravation de l'incendie et l'installation électrique à proximité du foyer de l'incendie, l'installation était dotée de moyens de lutte contre l'incendie appropriés aux risques, les chambres en froid positif et en froid négatif n'avaient pas à être compartimentées, l'absence de plan à jour, si elle est avérée, n'a pas eu de conséquence sur l'aggravation de l'incendie, l'ensemble des façades de l'entrepôt n'était pas encombré ;
- son préjudice s'élève à la somme de 7 700 000 euros, correspondant à la somme versée à la société SOFRISM.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2022 et le 13 juillet 2023, le service d'incendie et de secours (SDIS) de la Guadeloupe et la société SMACL Assurances, représentés par Me Garcia, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 15 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête est entachée d'un défaut d'intérêt à agir, dès lors que la société SOFRISM n'est pas propriétaire de l'entrepôt objet du sinistre, ni des marchandises stockées à l'intérieur de cet entrepôt, et que la société GFA Caraïbes ne justifie pas du contrat d'assurance la liant à la société SOFRISM ni du versement des sommes demandées au titre du sinistre litigieux ;
- le rapport d'expertise est nul et doit être écarté car il est entaché d'impartialité, est insuffisamment étayé et a méconnu le principe du contradictoire ;
- la requérante n'apporte pas la preuve d'une faute dans le fonctionnement et l'organisation des services de secours ;
- la société SOFRISM a commis plusieurs fautes tirées du non-respect de la réglementation en matière de sécurité incendie s'appliquant aux entrepôts frigorifiques soumis à la rubrique n° 1511 des installations classées pour la protection de l'environnement, exonérant, en tout état de cause, le SDIS de toute responsabilité ;
- la société SOFRISM a commis plusieurs fautes tirées du non-respect de la réglementation en matière de sécurité incendie s'appliquant aux entrepôts frigorifiques soumis à la rubrique n° 1511 des installations classées pour la protection de l'environnement, exonérant, en tout état de cause, le SDIS de toute responsabilité ;
- la requérante n'établit pas suffisamment la réalité et le quantum de ses préjudices dès lors que :
* l'estimation du rapport d'expertise ne correspond pas au procès-verbal de chiffrage des préjudices, sans aucune explication ;
* la société SOFRISM n'est pas propriétaire du bâtiment sinistré ni du matériel endommagé, et ne prouve pas suffisamment avoir versé des sommes au propriétaire afin de réparer le préjudice matériel subi ;
* le taux de marge brute appliqué à la reconstitution du chiffre d'affaires est surévalué, et il ne reflète pas la réalité des pertes subies par la société sur les années précédant les faits ;
* elle n'établit pas suffisamment l'actualisation du préjudice d'exploitation en lien avec la période de COVID 19 ;
* elle ne prouve pas suffisamment la présence des marchandises stockées au sein de l'entrepôt, ni l'indemnisation des clients concernés de ces pertes.
Par ordonnance du 20 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 27 mars 2014 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées soumises à déclaration sous la rubrique n° 1511 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le décret n° 2010-367 du 13 avril 2010 modifiant la nomenclature des installations classées et ouvrant certaines rubriques au régime de l'enregistrement ;
- l'arrêté du 1er février 1978 approuvant le règlement d'instruction et de manœuvre des sapeurs-pompiers communaux ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,
- et les observations de Me Gayon, représentant la société SOFRISM, de Me Bernard, représentant la société GFA Caraïbes et de Me Alonso Garcia, représentant le SDIS de la Guadeloupe.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 février 2019 à 6 heures 03, les sapeurs-pompiers dépendant du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Guadeloupe ont été sollicités pour l'extinction d'un incendie dans l'entrepôt de stockage de produits de distribution alimentaires et d'entretien de la société SOFRISM, situé au port de Galisbay, à Saint-Martin. Par une ordonnance du 18 février 2019, le juge des référés au tribunal de grande instance de Basse-Terre a ordonné une expertise de cet entrepôt par un expert inscrit sur la liste de la cour d'appel de Fort-de-France, qu'elle a désigné, afin, notamment, de rechercher l'origine, l'étendue et les causes du sinistre. Cette mission d'expertise a été étendue, par une ordonnance du 31 mai 2019, à la recherche des éventuelles causes d'aggravation de l'incendie et des manquements des différents intervenants ayant concouru à cette aggravation. L'expert judiciaire a rendu son rapport définitif le 2 septembre 2021. Sur le fondement de cette expertise, la société SOFRISM a sollicité l'indemnisation de 80 % de son préjudice au SDIS de la Guadeloupe par une lettre du 20 janvier 2022, estimant que les dommages liés à l'aggravation de l'incendie de cet entrepôt avaient pour origine des fautes du service d'incendie et de secours (SDIS) de la Guadeloupe dans l'organisation de son service. Par une décision du 22 mars 2022, le Président du conseil d'administration du SDIS de la Guadeloupe a refusé de faire droit à sa demande. Par un courrier du 4 avril 2022, la société GFA Caraïbes a demandé au SDIS de la Guadeloupe de lui verser la somme de 7 700 000 en indemnisation de la somme versée à son assurée, la société SOFRISM. Par une décision du 23 mai 2022, le Président du conseil d'administration du SDIS de la Guadeloupe a refusé de faire droit à sa demande. Par la requête enregistrée sous le n° 2200044, la société SOFRISM demande, à titre principal, au tribunal de condamner solidairement le SDIS de la Guadeloupe et son assureur, la société SMACL Assurances, à lui verser la somme de 6 301 916,95 euros hors taxes, sauf à parfaire, en réparation des préjudices consécutifs à l'aggravation de l'incendie de son entrepôt de stockage de produits de distribution alimentaires et d'entretien survenu le 6 février 2019. Par la requête enregistrée sous le n° 2200076, la société GFA Caraïbes demande au tribunal de condamner solidairement le SDIS de la Guadeloupe et son assureur, la société SMACL Assurances, à lui verser la somme de 7 700 000 euros en réparation des indemnités d'assurance qu'elle a versées à la société SOFRISM.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En l'espèce, il résulte du contrat produit par la société SOFRISM, qu'elle louait l'entrepôt objet de l'incendie du 6 février 2019 auprès de la société Epicea 46, où elle stockait divers produits au bénéfice de sociétés présentes sur le territoire de Saint-Martin. Par ces seules circonstances, bien qu'elle ne soit pas propriétaire du bâtiment ayant été incendié, la société SOFRISM justifie avoir subi un préjudice, au moins en perte d'exploitation, du fait de l'incendie ayant touché l'entrepôt lui permettant d'exercer son activité. Par suite, la société SOFRISM et son assureur, qui atteste lui avoir versé la somme de 7 700 000 euros en indemnités d'assurance, ont un intérêt à solliciter l'indemnisation de leurs préjudices en l'espèce. La fin de non-recevoir opposée par le SDIS de la Guadeloupe et la société SMACL Assurances doit être écartée.
Sur la demande de production de documents :
3. La société SOFRISM doit être regardée comme demandant au tribunal de faire usage de ses pouvoirs généraux d'instruction pour demander au SDIS de la Guadeloupe de produire à l'occasion de la présente instance le document répertoriant les critères de classement en établissement répertorié applicable en 2019. Toutefois, si le tribunal dispose du pouvoir de se faire communiquer des pièces afin de fonder son appréciation, les mesures d'instruction relevant d'un pouvoir propre du juge, des conclusions tendant à ce que soient prescrites de telles mesures ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables. Il résulte en tout état de cause de l'instruction que les pièces du dossier sont suffisantes à cet effet.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du SDIS de la Guadeloupe :
4. Aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales : " Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / Ils concourent, avec les autres services et professionnels concernés, à la protection et à la lutte contre les autres accidents, sinistres et catastrophes, à l'évaluation et à la prévention des risques technologiques ou naturels ainsi qu'aux secours d'urgence. / Dans le cadre de leurs compétences, ils exercent les missions suivantes : () 2° La préparation des mesures de sauvegarde et l'organisation des moyens de secours () ". En vertu de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, le soin de prévenir et de combattre les incendies incombe dans chaque commune, au maire. Aux termes de l'article L. 2216-2 du même code : " () les communes sont civilement responsables des dommages qui résultent de l'exercice des attributions de police municipale, quel que soit le statut des agents qui y concourent. Toutefois, au cas où le dommage résulte, en tout ou partie, de la faute d'un agent ou du mauvais fonctionnement d'un service ne relevant pas de la commune, la responsabilité de celle-ci est atténuée à due concurrence ". Aux termes de l'article L. 1424-8 de ce code : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 2216-2, le transfert des compétences de gestion prévu par le présent chapitre au profit du service départemental ou territorial d'incendie et de secours emporte transfert de la responsabilité civile des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale au titre des dommages résultant de l'exercice de ces compétences. ". Il résulte de ces dispositions que les services départementaux d'incendie et de secours, établissements publics départementaux, sont responsables des conséquences dommageables imputables à l'organisation ou au fonctionnement défectueux des services et matériels concourant à l'exercice de la mission de lutte contre les incendies.
5. Aux termes de l'article 1er du chapitre IV, relatif à la marche générale des opérations, du règlement d'instruction et de manœuvre des sapeurs-pompiers communaux approuvé par l'arrêté du 1er février 1978 : " Lorsqu'un incendie se déclare, il faut arriver le plus promptement possible, reconnaître rapidement les lieux, sauver les personnes les plus exposées et attaquer le feu de la manière la plus favorable pour en arrêter le progrès et l'éteindre ".
6. En l'espèce, il est constant que le centre de secours de Saint-Martin a été alerté de l'incendie de l'entrepôt de stockage exploité par la société SOFRISM, le 6 février 2019 à 6h03, et qu'un fourgon pompe-tonne et un véhicule de secours et d'assistance aux victimes sont arrivés sur les lieux du sinistre à 6h20, soit dans un délai de dix-sept minutes après l'alerte, qui n'est pas reproché au SDIS de la Guadeloupe, et n'apparaît en tout état de cause pas anormal. Il résulte de l'instruction que les services d'incendie et de secours ont été informés par le chef de quai, dès leur arrivée sur les lieux, que le foyer de l'incendie se situait en chambre froide positive, à environ dix mètres de l'entrée identifiée n°1. Un premier binôme de sapeur-pompiers a ensuite directement tenté une première reconnaissance du foyer de l'incendie, mais a dû abandonner son avancée au bout de dix mètres, sans localiser le foyer de l'incendie, en raison des fortes fumées au sein du bâtiment, ainsi que de nombreux obstacles présents sur le sol et des bruits de chutes d'objets et de froissements de tôles. Il n'est également pas contesté par les requérantes que, dès 6h24, le premier commandant des opérations de secours présent sur les lieux du sinistre a demandé la présence du chef de groupe en raison de difficultés à localiser le foyer de l'incendie, puis, qu'à 6h26, il a informé le centre de secours de ces difficultés et de la prise en charge d'une victime ayant inhalé de la fumée, et a ensuite demandé, à 6h28, l'acheminement d'une échelle pivotante à mouvements séquentiels. Puis, dès l'arrivée du chef de groupe sur les lieux, à 6h36, celui-ci a demandé un nouveau renfort en personnel et en commandement, et a ordonné, à 6h58, deux autres tentatives de reconnaissance par les entrées identifiées n°1 et n°3 afin de récupérer les plans du bâtiment. Il ressort des pièces du dossier qu'à 7h15, le chef de groupe a ensuite organisé des secteurs afin d'effectuer des reconnaissances, mais que cette reconnaissance a, de nouveau, été entravée par l'entreposage de palettes et de matériels divers au niveau des entrées n°1 et n°2. Au regard de la configuration des lieux, qui étaient particulièrement encombrés et non désenfumés, et de la présence de nombreux produits non identifiés au sein de l'entrepôt, dont la réaction à l'arrosage n'était pas prévisible, il ne résulte pas de l'instruction que cette première partie des opérations de reconnaissance menée par les services d'incendie et de secours ait eu une durée anormalement longue, ni que les services d'incendie et de secours auraient mal exécuté l'opération de sauvetage et de sécurisation des lieux. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que l'absence de classement du site en tant qu'établissement répertorié par le SDIS de la Guadeloupe ait eu une incidence sur les difficultés de reconnaissance du foyer de l'incendie, uniquement due à l'encombrement et à l'enfumage des locaux. En outre, si le délai d'arrivée du chef de site sur les lieux du sinistre à 7h32, près d'une heure après sa demande de renfort, n'est pas justifié par les défendeurs, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que ce délai ait eu un impact sur l'aggravation de l'incendie.
7. Cependant, si, entre 7h32 et 9h30, le chef de site a ordonné deux nouvelles tentatives de reconnaissance avec caméra thermique, a fait mettre en place une protection des réservoirs de gaz fréon et a tenté une ouverture sur une façade à l'aide d'un chariot élévateur, les services d'incendie et de secours ne justifient pas suffisamment de la nécessité d'opérer ces reconnaissances supplémentaires, au regard des échecs précédents, et alors qu'il est rapidement apparu que leur échelle ne permettrait pas d'atteindre le foyer de l'incendie, à l'inverse de celle des services d'incendie et de secours de la partie hollandaise de l'île. En outre, si les défendeurs font valoir que des lances à incendie ont été mises en eau à 8h26, et produisent notamment une photographie horodatée pour en attester, ils ne contestent toutefois pas les observations de l'expertise judiciaire, selon laquelle les relevés de consommation d'eau font apparaître une consommation d'eau à partir de 9h35. Toutefois, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, il ne résulte pas de cette seule circonstance que les établissements auraient été mal réalisés par le SDIS, et il résulte de l'instruction que le SDIS de la Guadeloupe était équipé d'une disqueuse, mais son usage a été infructueux en raison de la présence d'une double paroi. Dans ces circonstances, le manque d'efficience du SDIS de la Guadeloupe peut être estimé à une perte de délai d'une heure dans les opérations de maîtrise de l'incendie. Si l'état d'avancée de l'incendie au sein du bâtiment n'est pas établi heure par heure, il est constant qu'à l'arrivée du SDIS à 6h20, seules des fumées étaient visibles à l'extérieur du bâtiment, et que des flammes ont commencé à sortir du bâtiment à 9h35. Dans ces conditions, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur la régularité du rapport d'expertise judiciaire, le SDIS de la Guadeloupe doit être déclaré responsable de 30% de l'aggravation des conséquences dommageables de l'incendie.
En ce qui concerne la faute de la victime :
8. En premier lieu, si les défendeurs font valoir que l'entrepôt n'était pas équipé d'un système de détection incendie, ce qui n'a pas permis une alerte immédiate du SDIS de la Guadeloupe, il ne résulte pas de l'instruction que l'incendie était particulièrement étendu à l'arrivée des secours sur le site, et ils ne démontrent en tout état de cause pas en quoi cette circonstance aurait facilité l'organisation des services d'incendie et de secours sur place. Dans le même sens, ils n'établissent pas suffisamment que la proximité d'installations électriques au foyer de l'incendie serait à l'origine de ce sinistre, ni l'impact de la présence des recharges de batterie dans l'entrepôt et du stockage qui aurait été effectué dans les combles, ni que les employés de l'entrepôt auraient dû être formés au risque incendie et auraient pu utiliser des extincteurs afin de maîtriser le feu, ou que l'absence de plan des locaux à jour ait eu une incidence sur leurs difficultés à progresser au sein du bâtiment. Par suite, ces manquements de la victime, à les considérer constitués, ne sont pas de nature à exonérer les défendeurs de leur responsabilité.
9. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 513-1 du code de l'environnement : " Les installations qui, après avoir été régulièrement mises en service, sont soumises, en vertu d'un décret relatif à la nomenclature des installations classées, à autorisation, à enregistrement ou à déclaration peuvent continuer à fonctionner sans cette autorisation, cet enregistrement ou cette déclaration, à la seule condition que l'exploitant se soit déjà fait connaître du préfet ou se fasse connaître de lui dans l'année suivant l'entrée en vigueur du décret. / Le premier alinéa s'applique également lorsque l'origine du changement de classement de l'installation est un changement de classification de dangerosité d'une substance, d'un mélange ou d'un produit, utilisés ou stockés dans l'installation. Le délai d'un an est, dans ce cas, calculé à partir de la date d'entrée en vigueur de ce changement de classification. () ". D'autre part, le décret n° 2010-367 du 13 avril 2010 modifiant la nomenclature des installations classées et ouvrant certaines rubriques au régime de l'enregistrement, entré en vigueur le lendemain de sa publication au Journal officiel de la République française, le 14 avril 2010, a notamment créé la rubrique n° 1511 concernant les entrepôts frigorifiques, à l'exception des dépôts utilisés au stockage de catégories de matières, produits ou substances, soumis au régime de l'autorisation, l'enregistrement ou la déclaration en fonction du volume susceptible d'y être stocké. Les prescriptions générales applicables aux installations classées soumises à déclaration sous la rubrique n° 1511 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ont ensuite été établies par un arrêté du 27 mars 2014, dont les dispositions sont pleinement applicables aux installations déclarées à partir du 1er juillet 2014, et dont l'annexe II précise l'applicabilité concernant les installations existantes, déclarées avant le 1er juillet 2014.
10. En l'espèce, si la société SOFRISM atteste avoir déposé, le 22 octobre 2008, avant la mise en service de son entrepôt de stockage, une déclaration d'installation classée pour la protection de l'environnement pour les rubriques n° 2920-2 et n° 2925, il résulte toutefois de ce qui a été exposé ci-dessus que le décret n° 2010-367 du 13 avril 2010, créant la rubrique n° 1511, est entré en vigueur le 15 avril 2010. La circonstance qu'elle ait déposé une demande de bénéfice de l'antériorité auprès du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, le 2 septembre 2010, fondée sur les dispositions du décret n° 2010-369 du 13 avril 2010, sans préciser qu'elle exploitait un entrepôt frigorifique soumis au régime de la déclaration par la rubrique n° 1511 créée par le décret n° 2010-367 du 13 avril 2010, ne saurait constituer une information suffisante du préfet de ce qu'elle exploitait une telle installation au regard des dispositions de l'article L. 513-1 du code de l'environnement. De plus, l'adoption postérieure de l'arrêté du 27 mars 2014, relatif aux prescriptions applicables aux installations classées soumises à déclaration sous la rubrique n° 1511, est sans incidence sur l'entrée en vigueur des dispositions précitées du décret n° 2010-367 du 13 avril 2010 et sur la nécessité pour l'exploitante de se faire connaître du préfet dans l'année suivant l'entrée en vigueur de ce décret. Il s'ensuit que le courrier que la société SOFRISM a envoyé au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, le 2 avril 2015, n'a pas pu avoir pour effet de lui faire bénéficier des dispositions de l'article L. 513-1 du code de l'environnement pour son entrepôt frigorifique. En outre, la société SOFRISM n'est pas fondée à soutenir que les prescriptions créées par de l'arrêté du 27 mars 2014 ne lui étaient pas applicables en tant qu'installation existant avant le 1er juillet 2014, dès lors qu'il est constant qu'elle n'était pas déclarée dans cette rubrique à cette date. Il s'ensuit qu'à la date de l'incendie, l'entrepôt frigorifique exploité par la requérante était soumis à l'ensemble des dispositions prévues par l'arrêté du 27 mars 2014, et devait, par suite, être équipé d'un système de désenfumage, de portes coupe-feu à fermeture automatique en cas d'incendie et d'une installation de désenfumage, alors qu'il est constant que cela n'était pas le cas en l'espèce. L'ensemble de ces manquements de la société SOFRISM aux règles de sécurité incendie a substantiellement concouru à l'aggravation de l'incendie de l'entrepôt qu'elle exploitait.
11. En troisième lieu, les défendeurs soutiennent que la progression des sapeur-pompiers au sein du bâtiment afin d'atteindre le foyer de l'incendie a été entravée par l'enfumage et de l'encombrement des locaux, ainsi que la présence de matières dangereuses non répertoriées, dont la réaction à leur intervention ne pouvait pas être anticipée. Il résulte des dispositions de l'annexe 2 de l'arrêté du 27 mars 2014, auxquelles elle était soumise, que l'exploitante de l'entrepôt devait permettre l'accès rapide des secours aux locaux de stockage depuis l'extérieur, et tenir à jour un état des quantités stockées, indiquant la nature et la localisation des produits stockés. Si la société SOFRISM conteste avoir entreposé des marchandises de manière désordonnée au sein de l'entrepôt, elle fait également valoir qu'elle a été réquisitionnée par le préfet de la Guadeloupe en 2017 afin de répondre aux besoins nécessaires de la population suite au passage de l'ouragan IRMA et a notamment reçu, dans ce cadre, et par la collectivité de Saint-Martin par la suite, divers colis stockés " anarchiquement " et dont elle n'a pas pu précisément identifier le contenu. Cependant, la seule circonstance que l'administration aurait continué à utiliser son entrepôt malgré la levée de cette réquisition, ne saurait suffire à justifier l'absence de rangement et d'inventaire de ces marchandises par la société SOFRISM, plus d'un an après la catastrophe climatique ayant touché l'île de Saint-Martin. Il résulte, en outre, de la photographie produite par l'expert mandaté par la société GFA Caraïbes à l'appui de sa note technique n° 2, que l'entrée identifiée n°1 était particulièrement encombrée par divers colis et racks au sol et il est constant que des produits hautement inflammables et non répertoriés étaient présents à l'intérieur de l'entrepôt. De plus, il résulte également des photographies produites au dossier que plusieurs containers et autres matériaux obstruaient l'accès du fourgon pompe tonne du SDIS de la Guadeloupe, équipé d'une échelle pivotante, à la façade la plus proche du foyer de l'incendie, et les requérantes ne démontrent pas suffisamment la possibilité et l'efficacité de cet accès par la façade située côté rue. Par ces manquements, la société SOFRISM a contribué à retarder l'action de SDIS de la Guadeloupe et, par voie de conséquence, à aggraver son dommage.
12. Les fautes ainsi commises par la société SOFRISM sont de nature à exonérer la responsabilité encourue par le SDIS de la Guadeloupe et son assureur, à hauteur de 70 %.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
13. En premier lieu, les requérantes demandent l'indemnisation des préjudices matériels résultant de la reconstruction du bâtiment et de la perte du matériel présent en son enceinte, estimé par l'expert judiciaire à des montants respectifs de 6 799 496,72 euros et 2 394 598,09 euros. Toutefois, il résulte des écritures mêmes de la société SOFRISM qu'elle n'était pas propriétaire de ce bâtiment et, si elle produit un contrat de bail avec la société propriétaire des locaux, selon lequel le matériel appartenait exclusivement au loueur et elle était tenue aux réparations de toutes natures sur ce bâtiment et devait indemniser intégralement le loueur de tout sinistre sur les biens, elle n'a toutefois produit aucune facture attestant des travaux pourtant réalisés sur le bâtiment, ni du rachat du matériel endommagé, établissant le coût réel de ces préjudices. La seule production d'une attestation établie par son expert-comptable, selon laquelle une somme d'un montant de 6 152 325 euros a été inscrite dans le compte de la société propriétaire, le 30 septembre 2019, soldée par des versements de trésorerie, des règlements à des tiers et des compensations de dettes, ne saurait suffire à établir que ces sommes, qui ne correspondent arithmétiquement pas à celles retenues par l'expertise, auraient été versées par la société SOFRISM à la société loueuse en réparation du dommage causé à l'entrepôt lui appartenant, malgré la demande du tribunal en ce sens. Elle n'établit également pas avoir pris en charge les frais supplémentaires correspondants aux honoraires du maître d'œuvre pour une reconstruction à l'identique et aux frais d'études pour le dépôt du permis de construire, estimés à la somme de 1 035 703,96 euros. Par suite, en l'état de l'instruction, les requérantes n'établissent pas que la société SOFRISM aurait subi des préjudices matériels résultant de la reconstruction du bâtiment et de la perte du matériel appartenant à la société loueuse.
14. En deuxième lieu, les requérantes sollicitent l'indemnisation du préjudice de perte de recettes d'exploitation de la société SOFRISM, résultant de la baisse de chiffre d'affaires due à l'arrêt d'activité de la société, à partir du mois de février 2019, jusqu'au mois de février 2024, date retenue de reprise totale de l'activité. A cet égard, elles établissent, par une expertise comptable du 10 mars 2020, que la société SOFRISM a subi une perte de chiffre d'affaires de 2 881 500 d'euros bruts entre les mois de février 2019 et mai 2021, dont il convient de déduire le chiffre d'affaires réalisé entre les mois de février et avril 2019 pour un montant total de 48 059, soit une perte de recettes d'exploitation de 1 960 457,98 euros nets après soustraction de la marge brute, avec une estimation de reprise totale d'activité au mois de juin 2021. Les défendeurs contestent tout d'abord le chiffre d'affaires théorique de 113 000 euros par mois retenu par l'expert-comptable, qui ne correspondrait pas aux bénéfices et pertes subies tels que déclarés au greffe du tribunal judiciaire et disponibles en accès libre, toutefois, la perte ou le bénéfice dont font état ces documents concernent l'ensemble des comptes annuels sur un exercice clos, après déduction de diverses dettes et taxes dues par la société, et sont à distinguer du chiffre d'affaires réalisé chaque mois, et dont elle a été privée. Par suite, l'estimation du chiffre d'affaires retenu par l'expert-comptable n'apparaît pas erronée en l'espèce. S'ils remettent également en cause le taux de marge brute de 69,19 % appliqué à ce chiffre d'affaires, il résulte du tableau établi en ce sens par l'expert-comptable, que la société SOFRISM supporte peu de charges au regard du résultat de ses produits d'exploitation. Il s'ensuit que le taux de marge brute retenu ne paraît pas disproportionné. Cependant, si, dans le dernier état de ses écritures, la société SOFRISM soutient avoir en réalité subi une perte d'exploitation jusqu'au mois de février 2024, en raison de la période de COVID 19, la seule production d'un tableau non certifié par un expert-comptable sans aucune autre pièce, ne saurait suffire à en attester. Par suite, seule la perte d'exploitation subie du mois de février 2019 jusqu'au mois de juin 2021 est imputable au sinistre subi par la société SOFRISM. Il y a, par voie de conséquence, lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 1 960 457,98 euros. Compte tenu de ce qui précède, et notamment des partages de responsabilités retenus aux points 7 et 12, il y a lieu de porter la somme que le SDIS de la Guadeloupe et son assureur sont condamnés à verser aux requérantes à la somme de 176 441,22 euros.
15. En troisième lieu, les requérantes demandent l'indemnisation du préjudice lié à la perte des marchandises stockées, pour un montant de 2 698 792,47 euros. La société SOFRISM établit suffisamment, par la production d'un procès-verbal de constat d'huissier ainsi que plusieurs factures, avoir indemnisé ses clients de la perte des marchandises stockées dans l'entrepôt au moment de l'incendie, pour la somme totale de 2 542 298,62 euros, qu'il convient de retenir. Compte tenu de ce qui précède, et notamment des partages de responsabilités retenus aux points 7 et 12, il y a lieu de porter la somme que le SDIS de la Guadeloupe et son assureur sont condamnés à verser aux requérantes à la somme de 228 806,88 euros.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'indemnisation à laquelle peuvent prétendre les sociétés requérantes s'élève à la somme totale de 405 248,10 euros. Compte tenu de la proportion totale du préjudice initialement prise en charge par la société GFA Caraïbes, en tant qu'assureur de la société SOFRISM, le SDIS de la Guadeloupe et la société SMACL Assurances sont condamner à lui verser, solidairement, 51 % de la somme totale retenue, soit 206 676,53 euros. Ils verseront, par voie de conséquence, 49 % de cette somme à la société SOFRISM, soit 198 571,57 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
17. En premier lieu, d'une part, la société SOFRISM a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 198 571,57 euros à compter du 4 avril 2022, date de réception par le SDIS de la Guadeloupe de sa demande indemnitaire préalable. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle pour la première fois, les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 4 avril 2023, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
18. En second lieu, d'une part la société GFA Caraïbes a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 206 676,53 euros à compter du 4 avril 2022, date de réception par le SDIS de la Guadeloupe de sa demande indemnitaire préalable. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle pour la première fois, les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 4 avril 2023, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
19. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du SDIS de la Guadeloupe une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société SOFRISM et non compris dans les dépens. Il y a également lieu de mettre à la charge solidaire du SDIS de la Guadeloupe et de la société SMACL Assurances une somme de 1 500 euros à verser à la société GFA Caraïbes au même titre.
20. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société SOFRISM et de la société GFA Caraïbes, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par SDIS de la Guadeloupe et la société SMACL Assurances au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le SDIS de la Guadeloupe et de la société SMACL Assurances sont condamnés à verser solidairement à la société SOFRISM la somme de 198 571,57 euros, somme assortie des intérêts à compter du 4 avril 2022 et de leur capitalisation à compter du 4 avril 2023, et à chaque échéance annuelle à partir de cette date.
Article 2 : Le SDIS de la Guadeloupe et de la société SMACL Assurances sont condamnés à verser solidairement à la société GFA Caraïbes la somme de 206 676,53 euros, somme assortie des intérêts à compter du 4 avril 2022 et de leur capitalisation à compter du 4 avril 2023, et à chaque échéance annuelle à partir de cette date.
Article 3 : Le SDIS de la Guadeloupe versera une somme de 1 500 euros à la société SOFRISM sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le SDIS de la Guadeloupe et de la société SMACL Assurances verseront solidairement à la société GFA Caraïbes une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Société d'entreposage frigorifique de Saint-Martin (SOFRISM), à la société GFA Caraïbes, au SDIS de la Guadeloupe et à la société SMACL Assurances.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,Le président,
Signé Signé
J. LE ROUXS. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef
Signé
A. CETOL
N°s 2200044, 2200076
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026