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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200049

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200049

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDJIMI VÉRITÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 25 mai 2022, le 27 décembre 2022 et le 25 août 2023, M. E C et Mme D B épouse C, représentés par Me Djimi, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les arrêtés du 16 mai 2022 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin les a obligés à quitter le territoire français, a refusé de leur accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, les a assignés à résidence et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de leur délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, de leur délivrer chacun un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de restituer son passeport à M. C ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés attaqués méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'ils remplissent les conditions pour prétendre à la délivrance de ce titre de séjour de plein droit ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation personnelle et familiale ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 23 août 2023 pour M. et Mme C et n'ont pas été communiquées en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu :

- l'ordonnance n° 2200050 du 16 juin 2022 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête présentée par M. et Mme C ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les observations de Me Djimi, représentant M. et Mme C.

Le préfet de la Guadeloupe n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants jamaïcains nés respectivement le 15 mai 1986 et le 8 août 1983, déclarent dans leur requête être entrés sur le territoire français en 2014. Le 26 juin 2019, Mme C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'ancien article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 2 décembre 2020, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a refusé de lui délivrer un titre de séjour. A la suite d'une procédure judiciaire pour fausses déclarations et obtention indue de documents administratifs, M. et Mme C ont fait l'objet d'une convocation par la police aux frontières pour vérification de leur droit au séjour. En l'absence d'autorisation pour séjourner ou circuler librement sur le territoire français, ils ont chacun fait l'objet d'arrêtés en date du 16 mai 2022 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin les a obligés à quitter le territoire français, a refusé de leur accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les a assignés à résidence. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 16 mai 2022.

2. En premier lieu, si les requérants soutiennent que le préfet délégué a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce texte est relatif à la délivrance d'un titre de séjour et ne peut en conséquence être utilement invoqué à l'appui de conclusions à fin d'annulation des arrêtés en cause, qui ne comportent aucun refus de titre de séjour. Pour le même motif, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le préfet délégué a méconnu les dispositions des articles L. 423-7 du même code, qui sont relatives à la délivrance d'un titre de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français. En outre, la circonstance que les requérants aient changé d'adresse en cours d'instruction de la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme C et qu'elle n'aurait ensuite pas reçu les demandes de complétude de son dossier est sans influence en l'espèce sur la légalité des arrêtés attaqués, dès lors notamment que la requérante a nécessairement été informée de la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour par un courrier émis par du préfet délégué le 2 décembre 2020, qu'elle produit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. ". Aux termes de l'article 21-11 du code civil : " L'enfant mineur né en France de parents étrangers peut à partir de l'âge de seize ans réclamer la nationalité française par déclaration, dans les conditions prévues aux articles 26 et suivants si, au moment de sa déclaration, il a en France sa résidence et s'il a eu sa résidence habituelle en France pendant une période continue ou discontinue d'au moins cinq ans, depuis l'âge de onze ans. / Dans les mêmes conditions, la nationalité française peut être réclamée, au nom de l'enfant mineur né en France de parents étrangers, à partir de l'âge de treize ans, la condition de résidence habituelle en France devant alors être remplie à partir de l'âge de huit ans. Le consentement du mineur est requis, sauf s'il est empêché d'exprimer sa volonté par une altération de ses facultés mentales ou corporelles constatée selon les modalités prévues au troisième alinéa de l'article 17-3. "

4. En deuxième lieu, à supposer que les requérants aient entendu soutenir qu'ils ne pouvaient pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire au motif qu'ils pouvaient se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en tant que parents d'un enfant français, ils n'en remplissaient toutefois pas les conditions à la date de la décision attaquée. En effet, d'une part, s'il ressort du certificat de nationalité française enregistré par le tribunal de proximité de Saint-Martin, que l'aîné des enfants A et Mme C a obtenu la nationalité française par déclaration souscrite le 28 septembre 2022 sur le fondement de l'alinéa 2 de l'article 21-11 du code civil, alors qu'il avait atteint l'âge de treize ans, cette acquisition de la nationalité française n'a pas d'effet rétroactif et les requérants ne sont donc pas fondés à se prévaloir de cette situation à la date de la décision attaquée. D'autre part, les requérants n'établissent ni même ne soutiennent qu'ils auraient tissé en France, en dehors de leur cercle familial nucléaire, des liens durables et d'une particulière intensité et ne remplissent ainsi pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. et Mme C soutiennent tout d'abord dans leur requête qu'ils résident sur le territoire français depuis 2014. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérants se sont mariés en Jamaïque le 22 août 2015 et la seule production d'attestations établies postérieurement à l'adoption de l'arrêté litigieux, notamment par un médecin, ne saurait suffire à attester la réalité et la continuité de la présence des requérants sur le sol français. En outre, l'ensemble des contrats de location et quittances de loyers produits par les requérants sont antérieurs à l'année 2019 et aucun ne désigne M. C, dont le nom n'apparaît sur les déclarations d'impôts sur le revenu établies au nom du couple qu'à compter de l'année 2018. En tout état de cause, la seule durée de présence des requérants sur le territoire français ne saurait suffire à caractériser l'intensité de leurs liens personnels et familiaux sur le territoire français. En effet, la circonstance que leurs trois enfants soient nés et scolarisés sur le territoire français ne suffit pas à elle seule à leur donner vocation à résider sur le territoire français et il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que l'acquisition de la nationalité française par l'aîné de leurs enfants est une circonstance postérieure à la décision attaquée, qui est sans influence sur sa légalité. Ils ne se prévalent enfin pas d'avoir tissé des liens en dehors de leur cercle familial et n'apportent aucune preuve de leur intégration sur le sol français. Ainsi, alors qu'il ressort du procès-verbal d'audition de Mme C qu'elle a déclaré que sa mère résidait en partie hollandaise de l'île de Saint-Martin et que le reste de sa famille, notamment son père, résidait en Jamaïque, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale des requérants ne pourrait pas se reconstituer dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet délégué n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. et Mme C doit être rejetée, en ce comprises leurs conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête A C et Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et Mme D B épouse C, au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,Le président,

Signé Signé

J. LE ROUXS. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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