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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200056

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200056

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGENESIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire enregistrés le 3 juin et le 8 septembre 2022 le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le président du conseil territorial de la collectivité de Saint Martin a accordé un permis de construire et de démolir à la société en nom collectif (SNC) Thémis, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux du 2 février 2022.

Il soutient que :

- la décision méconnait les dispositions de l'article NB1C du POS ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article NB10 du POS.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 juillet et 20 et 21 septembre 2022, la SNC Thémis a conclu au rejet des conclusions et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- l'ensemble des moyens soulevés n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1500 au titre des dispositions de l'article L. 761-14 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- elle est irrecevable dès lors que le préfet n'a pas notifié son recours gracieux à la collectivité de Saint-Martin ;

- elle est irrecevable dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article R.412-1 du code de justice administrative ;

- elle est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été signée par le préfet délégué ;

- l'ensemble des moyens n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme de Saint-Martin ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère,

- les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Benjamin représentant la collectivité d'outre-mer et Maître Mathurin-Kancel, représentant la SNC Thémis.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 décembre 2021, transmis au contrôle de légalité le 20 janvier 2022, le président du conseil territorial de la collectivité de Saint-Martin a, au nom de la collectivité, délivré un permis de construire un logement et de démolir une maison de gardien et un garage à la SNC Thémis, sur la parcelle cadastrée BI 14, située lot n°9 Terres Basses, sur le territoire de la collectivité de Saint-Martin. Par un courrier reçu le 2 février 2022, le préfet délégué a demandé au président du conseil territorial de retirer le permis de construire litigieux avant le 22 mars 2022. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur ce recours gracieux. Par la présente requête, le préfet délégué demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 décembre par lequel le président du conseil territorial a accordé le permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet.

Sur la fin de non-recevoir :

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 janvier 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 971-2022-006 du 7 janvier 2022, M. A, en tant que secrétaire général de la préfecture de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, a reçu une délégation de signature du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin à l'effet de signer toute décision relevant des attributions de l'Etat dans la collectivité de Saint Martin. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que l'auteur du déféré, en l'espèce M. A, ne dispose pas d'une délégation de signature du préfet délégué à Saint Martin doit être écartée comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. () ".

4. La collectivité de Saint-Martin soutient que le déféré préfectoral est irrecevable dès lors qu'il n'était accompagné d'aucune pièce. Toutefois, par des pièces complémentaires enregistrées le 7 juin 2022 le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin a produit l'acte attaqué et a, par conséquent, régularisé sa requête. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative doit être écartée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin : "En cas de déféré du représentant de l'Etat dans la collectivité ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir, le représentant de l'Etat dans la collectivité ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou un permis de construire, d'aménager ou de démolir. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux ".

6. En application de ces dispositions, il appartient au préfet, en cas d'exercice par lui d'un déféré, ainsi qu'à l'auteur d'un recours contentieux, quand ceux-ci sont dirigés contre un certificat d'urbanisme, une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou un permis de construire, d'aménager ou de démolir, d'adresser au greffe de la juridiction où le déféré ou le recours contentieux a été enregistré une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée adressée à l'auteur du document d'urbanisme ou de la décision contestée et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation. En outre, si ce recours a été précédé d'un recours administratif qui a eu pour effet de conserver le délai de recours contentieux, doit également être transmise au greffe de la juridiction concernée une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée afférente au recours administratif ou toute autre modalité de notification présentant des garanties équivalentes.

7. En l'espèce, il est constant que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin a notifié par lettre recommandée avec accusé de réception son déféré et son recours gracieux à la pétitionnaire, ainsi que son déféré à la collectivité. Si le préfet délégué n'a pas transmis au greffe de la juridiction une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée attestant de la notification de son recours gracieux à la collectivité de Saint-Martin, il justifie en revanche avoir déposé à la collectivité ledit recours. En effet, ce dépôt est attesté par l'apposition sur ce recours d'un tampon humide au nom de la collectivité de Saint-Martin portant la date du 4 février 2022. Ainsi, les modalités de notification auxquelles le préfet délégué a eu recours présentent des garanties équivalentes à celles d'un envoi en recommandé avec accusé de réception et n'étaient donc pas de nature à priver l'autorité publique des garanties prévues par l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin doit être écartée.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-7 du code de justice administrative : " () Lorsque la demande est présentée devant le tribunal administratif de Guadeloupe (), ce délai est augmenté d'un mois pour les personnes qui ne demeurent pas dans la collectivité territoriale dans le ressort de laquelle le tribunal administratif a son siège. () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ".

9. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté délivrant le permis de construire a été transmis au préfet délégué auprès du représentant de Saint-Barthélemy et Saint-Martin le 20 janvier 2022. Ce dernier a formé un recours gracieux par un courrier du 2 février 2022 réceptionné, tel notamment que cela a été dit au point 7, le 4 février 2022. Ce recours ayant été exercé dans le délai de trois mois fixé par les dispositions précitées il a régulièrement prorogé le délai de recours ouvert à l'encontre du permis de construire. En l'absence de réponse du président du conseil territorial à ce recours gracieux, une décision implicite de rejet est née le 5 avril 2022. La requête ayant été enregistrée le 3 juin 2022, soit dans un délai de trois mois suivant la naissance de cette décision implicite de rejet, elle n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

11. En premier lieu, aux termes de l'article NB 1 du plan d'occupation des sols, applicable à la zone NBa : " () Sont notamment admis : 1. Les constructions à usage uniquement d'habitation ,7 2. Les extensions mesurées des bâtiments et installations existantes () ; C. Les types d 'occupation et utilisation du sol suivants ne sont admise que s'ils respectent les conditions ci-après. Pour l 'ensemble de la zone, le deuxième logement peut être autorisé, sa surface ne devra pas dépasser 1/3 de la surface de plancher autorisé sur ce lot. Toutefois, dans la zone NBa, ce deuxième logement ne pourra consister qu 'en une simple dépendance du logement principal (de type " logement de gardien "), et ne pourra entraîner aucune division en propriété ou en jouissance contraire aux dispositions de l'article NB5 ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée ne peut pas être qualifiée de simple dépendance du logement principal au sens des dispositions précitées. En effet, le projet prévoit la construction d'une villa de 356.9 m² comprenant notamment cinq chambres, des salles d'eau, un séjour, une cuisine, une salle de jeu, une piscine à débordement ainsi que plusieurs terrasses. Ainsi, du fait de ses dimensions, plus de deux fois supérieures à celle de l'habitation principale de 172.2 m² et de sa composition, la construction projetée ne peut être regardée comme une simple dépendance seule autorisée par l'article NB 1 du plan d'occupation des sols applicable à la zone NBa. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est fondé.

13. En second lieu, aux termes de l'article NB 10 du règlement du plan d'occupation des sols de Saint-Martin : "1. La hauteur à l'égout de toiture est la plus grande distance mesurée verticalement entre tout point de l'égout du toit d'un bâtiment et le sol naturel. 2. La hauteur maximum des constructions est fixée à 3 mètres à l'égout de toiture, 3.5 mètres en

zone NBa ;3. La hauteur mesurée entre l'égout de toiture et la ligne de faîtage ne doit pas dépasser 3 mètres ; 4. Des adaptations rendues nécessaires par la configuration au terrain (constructions implantées à flancs des coteaux ou sur sols inclinés) seront autorisées sur justifications techniques. Dans ce cas des demi-sous-sols pourront être admis. ".

14. Si les pétitionnaires se prévalent du point 4 de l'article précité ils n'établissent pas avoir formulé une demande afin d'être autorisé à bénéficier d'adaptations du fait de la configuration du terrain. Ainsi le projet contesté, dès lors qu'il se situe en zone NBa, ne peut excéder une hauteur maximale de 3,5 mètres. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du plan de coupe " PCMI 3 " que la hauteur maximale du projet entre le sol naturel et l'égout de toiture est supérieure à 3,5 mètres. Par suite, le moyen doit être accueilli.

15. Il résulte de ce qui précède que le préfet délégué est fondé à demander l'annulation du permis de construire délivré à la SNC Thémis, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante à l'instance, les sommes réclamées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le président du conseil territorial de la collectivité de Saint Martin a accordé un permis de construire et de démolir à la société en nom collectif Thémis et la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux du 2 février 2022 sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, au préfet de la Guadeloupe, à la collectivité de Saint-Martin et à la SNC Thémis.

Copie en sera faite au ministre des outre-mer et au procureur de la République du tribunal de Basse-Terre.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. GOUDENÈCHE Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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