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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200062

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200062

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGODEFROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2022, M. A B, représenté par Me Godefroy, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de La Dominique né le 22 juin 1996, déclare être entré sur le territoire français en 2016. Le 14 mars 2022, il a été interpelé par les services de la gendarmerie nationale de Saint-Martin à la suite d'un accident de la circulation. M. B, qui n'était pas en possession d'un titre l'autorisant à circuler ni à séjourner en France, s'est vu notifier par le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin un arrêté du 15 mars 2022, prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixant son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination. Par un arrêté du même jour, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, prolongée pour une durée de quarante-cinq jours supplémentaires. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin du 15 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le requérant, qui soutient que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de mener une vie familiale normale, doit être regardé comme se prévalant de dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Tout d'abord, si M. B fait valoir dans sa requête qu'il serait entré sur le territoire français en 2016, il ressort cependant des termes de l'arrêté attaqué et de son dossier de demande de titre de séjour, qu'il produit, qu'il a déclaré être entré sur le territoire français pour la dernière fois le 3 août 2018. En outre, s'il se prévaut de la circonstance qu'il résiderait en concubinage avec une ressortissante française chez la mère de celle-ci depuis 2016, il ne produit aucune attestation de la part de sa compagne en ce sens et produit, au demeurant, un récépissé d'enregistrement d'une déclaration conjointe de dissolution du pacte civil de solidarité qui l'unissait à cette personne, daté du 22 février 2021. Par ailleurs, la présence sur le territoire français de sa mère, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel, et d'une de ses sœurs, ayant la nationalité française, ne saurait suffire à attester qu'il a déplacé le centre de ses intérêts familiaux en France. Il ne produit en effet aucun document établissant l'intensité de la relation qu'il entretiendrait avec ses dernières et il est constant qu'il a résidé en Dominique la majeure partie de son existence. D'autre part, la seule production d'une promesse d'embauche ne permet pas de considérer qu'il bénéficie d'une intégration particulière au sein de la société française. Enfin, il est également constant que le requérant n'a jamais cherché à régulariser sa présence sur le territoire français avant la notification de la décision contestée, le dépôt ultérieur d'un dossier de demande de titre de séjour est à cet égard sans incidence. Ainsi, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier à mener une vie privée et familiale normale au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

5. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. B sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Toutefois, la seule circonstance que le requérant ait été interpellé pour conduite d'un véhicule sans permis de conduire et sous l'emprise de stupéfiants ne saurait suffire à caractériser son comportement de menace à l'ordre public en l'absence, notamment, de répétition de ce comportement. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation.

6. Par voie de conséquence, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est illégale du fait de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. B pour quitter le territoire français.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 en tant qu'il refuse de lui accorder un délai de départ volontaire et fixe à une durée d'un an son interdiction de retourner sur le territoire français.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin du 15 mars 2022 est annulé en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire à M. B et fixe à une durée d'un an son interdiction de retourner sur le territoire français.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,Le président,

SignéSigné

J. LE ROUXS. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

N°220006

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