jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de St Martin |
| Section | Tribunal Administratif de St Martin |
| N° Dossier | TA108-2200069 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GENESIS |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et des pièces complémentaires, enregistrés le 7 juillet 2022 et le 31 août 2022, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle le président du conseil territorial de la collectivité de Saint-Martin a délivré un permis de construire à M. C, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours reçu le 8 mars 2022.
Il soutient que la décision méconnaît l'article NB 1 du plan d'occupation des sols de Saint-Martin.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 11 août 2022, M. A C conclut au rejet du déféré.
Il soutient que les moyens soulevés par le déféré ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, la collectivité de Saint-Martin, représentée par Me Benjamin, conclut au rejet du déféré et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- les autres moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme de Saint-Martin ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique,
- et les observations de Me Benjamin, représentante de la collectivité de Saint-Martin, et de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 22 décembre 2021, transmis au contrôle de légalité le 20 janvier 2022, le président du conseil territorial de la collectivité de Saint-Martin a, au nom de la collectivité, délivré un permis de construire une villa individuelle à M. C, sur la parcelle cadastrée AB 316, située au lieu-dit Terres Basses sur le territoire de la collectivité de Saint-Martin. Par un courrier reçu le 8 mars 2022, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin a demandé au président du conseil territorial de la collectivité de Saint-Martin de retirer le permis de construire litigieux avant le 22 mars 2022. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur ce recours gracieux. Par la présente requête le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le président du conseil territorial de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin a accordé un permis de construire à M. C, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la collectivité de Saint-Martin :
2. Aux termes de l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin : "En cas de déféré du représentant de l'Etat dans la collectivité ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir, le représentant de l'Etat dans la collectivité ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou un permis de construire, d'aménager ou de démolir. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. ".
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-7 du code de justice administrative : " () Lorsque la demande est présentée devant le tribunal administratif de Guadeloupe (), ce délai est augmenté d'un mois pour les personnes qui ne demeurent pas dans la collectivité territoriale dans le ressort de laquelle le tribunal administratif a son siège. () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif ; (). ".
4. En application de ces dispositions, il appartient au préfet, en cas d'exercice par lui d'un déféré, ainsi qu'à l'auteur d'un recours contentieux, quand ceux-ci sont dirigés contre une décision relative à un certificat d'urbanisme, une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou un permis de construire, d'aménager ou de démolir régie par le code de l'urbanisme de Saint-Martin au sens de l'article 61-14 de ce code, d'adresser au greffe de la juridiction où le déféré ou le recours contentieux a été enregistré une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée adressée à l'auteur du document d'urbanisme ou de la décision contestée et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation. En outre, si ce recours a été précédé d'un recours administratif qui a eu pour effet de conserver le délai de recours contentieux, doit également être transmise au greffe de la juridiction concernée une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée afférente au recours administratif ou toute autre modalité de notification présentant des garanties équivalentes.
5. En l'espèce, il est constant que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin a notifié par lettre recommandée avec accusé de réception son déféré et son recours gracieux à la titulaire de l'autorisation, ainsi que son déféré à la collectivité, auteur du permis litigieux. Si le préfet délégué n'a pas transmis au greffe de la juridiction une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée attestant de la notification de son recours gracieux à la collectivité de Saint-Martin, il justifie en revanche avoir déposé à la collectivité ledit recours. En effet, ce dépôt est attesté par l'apposition sur ce recours d'un tampon humide au nom de la collectivité de Saint-Martin portant la date du 8 mars 2022. Ainsi, les modalités de notification auxquelles le préfet délégué a eu recours présentent des garanties équivalentes à celles d'un envoi en recommandé avec accusé de réception et n'étaient pas de nature à priver l'autorité publique des garanties prévues par l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin. En application des dispositions combinées des articles R. 421-1 et R. 421-7 du code de justice administrative, ce recours gracieux, qui a été exercé dans le délai initial de trois mois du recours contentieux ouvert contre le permis de construire du 22 décembre 2021, a eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux. Le silence gardé par l'administration pendant deux mois à compter de la date de réception du recours gracieux a fait naître une décision implicite de rejet, en application de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le préfet disposant dès lors d'un délai franc de trois mois à compter de la naissance de la décision implicite de rejet de son recours gracieux pour exercer un recours contentieux, sa requête enregistrée le 7 juillet 2022 n'est, par conséquent, pas tardive. Par suite, les fins de non-recevoir tirées de la méconnaissance des dispositions de l'article 61-14 du code de l'urbanisme de Saint-Martin et de la tardiveté de la requête doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article NB 1 du plan d'occupation des sols de Saint-Martin, applicable à la zone NBa : " () Sont notamment admis : 1. Les constructions à usage uniquement d'habitation ; 2. Les extensions mesurées des bâtiments et installations existantes () ; C. Les types d 'occupation et utilisation du sol suivants ne sont admise que s'ils respectent les conditions ci-après. Pour l 'ensemble de la zone, le deuxième logement peut être autorisé, sa surface ne devra pas dépasser 1/3 de la surface de plancher autorisé sur ce lot. Toutefois, dans la zone NBa, ce deuxième logement ne pourra consister qu'en une simple dépendance du logement principal (de type " logement de gardien "), et ne pourra entraîner aucune division en propriété ou en jouissance contraire aux dispositions de l'article NB 5. ".
7. En l'espèce, il a été accordé à M. C un permis de construire pour une villa individuelle d'une surface de plancher 134,50 m2 sur une parcelle comprenant déjà deux maisons individuelles d'une surface de plancher respective de 288 m2 et de 40,50 m2. Il ressort de la notice architecturale du dossier de demande de permis de construire qu'il est prévu que la nouvelle construction se compose de deux chambres de plain-pied avec leurs propres salles de bains ainsi que d'une terrasse avec une piscine centrale, pour une emprise au sol totale de 226,64 m2. Il ressort également des pièces du dossier que ce nouveau bâtiment se situe à plus de quarante mètres de la construction principale de la parcelle. Si le bénéficiaire du permis de construire litigieux soutient en défense qu'il s'agit d'une nouvelle maison de gardien venant remplacer l'ancienne maison de gardien de 40,50 m2 se situant sur le terrain d'assiette du projet, et dont la destruction est également accordée par ledit permis de construire, il ne démontre pas en quoi cette habitation aurait un lien fonctionnel avec le logement principal. En outre, la circonstance que la surface de plancher de l'ensemble des constructions situées sur la parcelle litigieuse ne dépasse pas celle autorisée au premier alinéa du C de l'article NB 1 du plan d'occupation des sols de Saint-Martin est sans incidence sur la régularité du projet en question dès lors qu'il se situe en zone NBa, à laquelle les dispositions dérogatoires du second alinéa de cet article s'appliquent. La construction projetée n'étant ni de dimensions réduites, ni implantée selon un éloignement restreint au logement principal, elle ne peut être regardée comme une simple dépendance de ce logement en application du second alinéa du C de l'article NB 1 du plan d'occupation des sols de Saint-Martin. Par suite, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin est fondé à soutenir que la demande de permis de construire méconnaît les dispositions de cet article.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin est fondé à demander l'annulation du permis de construire délivré à M. C le 22 décembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le président du conseil territorial de la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin a accordé un permis de construire à M. C et la décision implicite de rejet du recours gracieux du 8 mars 2022 sont annulés.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, au préfet de la Guadeloupe à la collectivité de Saint-Martin et à M. A C.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Basse-Terre et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Goudenèche, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
J. B
Le président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef
Signé
A. Cétol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026