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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200091

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200091

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGUILLAUME-MATIME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés le 31 août 2022, le 5 juin et le 16 septembre 2024 (non communqué), M. B dit A C, représenté par Me Guillaume-Matime, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le fichier des personnes recherchées ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'annuler le refus de titre de titre de séjour, ainsi que, l'obligation de quitter le territoire français, l'interdiction de retour sur le territoire français, la fixation du pays de destination en cas d'exécution d'office ;

4°) En tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à Me Guillaume-Matime en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, celle-ci renonçant à la part contributive de l'Etat

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le dispositif de l'arrêté attaqué ne reprend pas le refus de régularisation de séjour du requérant ;

- si la juridiction venait à considérer qu'il s'agit d'une erreur matérielle et qu'en conséquence il a été pris une décision de refus de titre de séjour, il fera valoir les moyens ci-après à son encontre ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle viole l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée de maintes irrégularités, tenant tant à l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qu'au prononcé directement d'une obligation de quitter le territoire français sans avoir statué préalablement et explicitement sur sa demande de titre de séjour ;

- à titre principal, elle est illégale par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, et, dans l'hypothèse où la juridiction considèrerait qu'il n'existe pas de décision de refus de séjour, le requérant fera valoir les arguments suivants ; à titre subsidiaire, elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet délégué auprès du représentant dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a prononcé directement une décision portant obligation de quitter le territoire français sans avoir statué préalablement et explicitement sur sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée de maintes irrégularités aussi puisqu'elle viole les articles L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an avec signalement aux fins de non-admission dans le fichier des personnes recherchées :

- elle est illégale par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est illégale par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est illégale par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2022.

Vu :

- l'ordonnance n° 2200092 du 28 septembre 2022 du tribunal administratif de Saint-Martin ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gouès, président,

- et les observations de Me Mathurin, substituant Me Guillaume-Matime.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né le 11 juin 1964 à Pilate (Haïti), est entré en France, selon ses déclarations, le 2 juillet 2005, sans toutefois pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 2 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 juillet 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, lui a refusé le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le fichier des personnes recherchées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. "

3. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. C, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin s'est fondé sur les motifs qu'il ne justifiait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille de nationalité française née le 17 février 2021 et qu'il n'était pas établi que ce dernier entretienne des relations affectives suivies avec son enfant. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père d'une enfant française née le 17 février 2021, qu'il a reconnue de manière anticipée le 4 février 2021 et qui a été placée en urgence, par la justice, sept jours après sa naissance, à l'aide sociale à l'enfance. Ce placement a été prolongé d'abord, jusqu'au 15 mai 2021 par un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfant en date du 10 mars 2021 en raison de l'état de santé mentale de la mère et de la situation de danger dans laquelle se trouve cette enfant. Par un autre jugement en assistance éducative du tribunal pour enfant en date du 6 mai 2021, le placement de cette dernière auprès du service de l'aide sociale à l'enfance a été renouvelé à compter du même jour, jusqu'au 6 mai 2022. Puis, par une ordonnance en assistance éducative du tribunal pour enfant en date du 20 juillet 2021, les droits de visite médiatisés de la mère à l'égard de cette enfant, ont été suspendus. Enfin, par un autre jugement en assistance éducative du tribunal pour enfant en date du 22 novembre 2021, la jeune fille du requérant a été confiée à l'aide sociale à compter du 22 novembre 2021 jusqu'au 22 novembre 2022, a été accordé au requérant, un droit de visite simple qui pourra évoluer en droit de visite et d'hébergement lorsqu'il justifiera d'un hébergement adapté aux besoins de l'enfant, personnel ou chez un tiers, a été réservé le droit de visite médiatisé de la mère de l'enfant. Aussi, les pièces produites par le requérant, notamment le jugement du tribunal pour enfant du 6 mai 2021, le jugement du 22 novembre 2021 du tribunal pour enfant, ainsi qu'une note du 2 juillet 2021 du pôle solidarité et famille de la collectivité de Saint-Martin, attestent que M. C a des gestes naturels avec son enfant, qu'il prend en charge une partie des dépenses liées aux besoins de son enfant, que les visites médiatisées de M. C se passent bien, qu'il parle et joue avec elle et que leur lien d'attachement est réel. Dès lors, compte tenu de l'âge et des besoins de l'enfant, ces éléments sont suffisants pour établir que l'intéressé contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis sa naissance. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a refusé de lui délivré un titre de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juillet 2022 par laquelle le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions de la même date, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de circonstances de droit ou de fait, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à M. C sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, sous réserve de changement de circonstances de fait ou de droit. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Enfin, le présent jugement implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont M. C fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. Le requérant a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Guillaume-Matime, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Guillaume-Matime de la somme de 1 200 euros.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a refusé à M. C, l'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le fichier des personnes recherchées, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le fichier des personnes recherchées dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Guillaume-Matime, avocate de M. C, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Guillaume-Matime renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B dit A C, au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. BIODORE

Le président,

signé

S. GOUÉS

La greffière,

signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin et au préfet de la Guadeloupe, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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