mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de St Martin |
| Section | Tribunal Administratif de St Martin |
| N° Dossier | TA108-2200096 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABRERA MAXIME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 08 et 22 septembre 2022, Mme C A, représentée Me Cabrera, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°DR/B/97822202SM du 19 août 2022 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de cent euros par jours de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative notamment à fin de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de cent euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 120 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, Me Cabrera renonçant le cas échéant à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, et, à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où elle n'a pas été admise à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge l'Etat la somme de 3 120 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- Elle souffre d'un défaut de motivation
- Elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux
- Elle est entachée d'une erreur de droit tirée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande de titre de séjour et ce, dès lors qu'elle a sollicité sa demande de titre de séjour tant sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; que le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin n'a pas examiné sa situation personnelle au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'arrêté attaqué ;
- Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Elle méconnait la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 n° INTK1229185C ;
- Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- Elle viole les stipulations des articles 3.1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- Elle souffre d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- Elle sera annulée par exception d'illégalité ;
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire supérieur à trente jours :
- Elle souffre d'un défaut de motivation ;
- Elle n'est pas justifiée ;
- Elle sera annulée par exception d'illégalité ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- Elle souffre d'un défaut de motivation ;
- Elle n'est pas justifiée ;
- Elle sera annulée par exception d'illégalité ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- Elle sera annulée par exception d'illégalité ;
- Elle souffre d'un défaut de motivation ;
- Elle n'est pas justifiée ;
- Elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne s'est pas expressément prononcé sur chacun des critères posés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le fichier des personnes recherchées pour la durée de l'interdiction de retour :
- Elle sera annulée par exception d'illégalité.
La requête a été communiquée au préfet de la Guadeloupe, qui n'a pas produit d'observation en défense malgré une mise en demeure adressée en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative le 13 mars 2023.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 septembre 2022.
Vu :
- l'ordonnance du tribunal administratif de Saint-Martin du 27 octobre 2022, n° 2200107,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 n° INTK1229185C,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gouès, président.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante jamaïcaine, née le 29 mars 1973 à Manchester (Jamaïque), est entrée sur le territoire français en 2011, sans toutefois pouvoir justifier d'une entrée régulière. Elle a fait l'objet par l'arrêté attaqué du 19 août 2022, d'un refus de séjour, d'une obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours, d'une fixation du pays à destination duquel elle pourrait être reconduite et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. En l'espèce, l'arrêté querellé comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. En particulier, il vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, ainsi que les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. En outre, l'arrêté comporte des éléments relatifs à la situation personnelle et administrative de la requérante. Il rappelle notamment, la nationalité de Mme A, ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, ainsi que sa situation personnelle et familiale, et expose les motifs précis au fondement du refus de titre de séjour opposée à la requérante. Dès lors, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est donc, suffisamment motivée. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. De plus, la requérante ne peut utilement soutenir que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin n'a pas examiné sa demande de titre de séjour au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne rapporte pas la preuve d'avoir saisi le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin sur ce fondement. Dès lors, Mme A ne peut soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen sérieux de sa demande de titre de séjour.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
6. En l'espèce, Mme A se prévaut de sa présence en France depuis 2011 et de celle de sa fille, née le 19 septembre 2012 à Spring Concordia, de nationalité jamaïquaine. Par les nombreuses factures pour la période 2016 à 2022, documents médicaux pour la période de 2012, puis pour la période de 2016 à 2021, contrats de bail pour la période de 2013, puis pour la période de 2016, ensuite pour la période de 2019 à 2020, documents scolaires pour la période de 2016 à 2022, qu'elle produit ainsi que des avis de non-impositions pour la période de 2016 et pour la période de 2018 à 2021, des lettres d'assurance pour la période de 2019 à 2022, une lettre du service fiscal de Saint-Martin, une lettre de la société Electricité de France, un reçu de paiement d'assistance administrative, un contrat concernant la livraison d'électricité et dont la requérante en est la titulaire, Mme A établit sa présence continue en France depuis 2016, soit près de 6 ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, si la requérante soutient participer à l'entretien et à l'éducation de sa fille, il est constant que cette dernière est de nationalité jamaïquaine à la date de la décision attaquée et, qu'ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de Mme A se reconstitue dans le pays d'origine de la requérante ou dans tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible. De plus, il est constant que le mari de Mme A est titulaire d'un titre de séjour néerlandais. D'autre part, Mme A, ne justifie pas, par la production d'avis de non-imposition, d'une insertion professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin n'a pas porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A en lui refusant un titre de séjour. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.
7. En quatrième lieu, la requérante soutient avoir sollicité également son admission au séjour sur le fondement de la circulaire du 28 novembre 2012. Toutefois, elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance par le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin des orientations générales que, par sa circulaire du 28 novembre 2012, le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets afin de les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation des étrangers en situation irrégulière. En effet, les énonciations de ce document ne constituent pas des lignes directrices dont Mme A peut se prévaloir.
8. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant en l'espèce, la requérante n'établissant pas par les pièces versées au débat qu'elle aurait sollicitée sa demande de titre de séjour également au regard dudit article.
9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de Mme A.
10. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". L'article 16 de la même convention, énonce quant à lui que : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour, n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme A de son enfant et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Jamaïque, pays dont la requérante et sa fille ont la nationalité ou dans tout autre pays dans lequel elles sont légalement admissible. Il n'est pas, de plus, démontré que la fille de la requérante, âgée de neuf ans à la date de l'arrêté attaqué et scolarisée en classe de primaire, n'aurait pas la possibilité d'accompagner sa mère dans le cadre d'un retour en Jamaïque ou dans le cadre d'une entrée dans tout pays dans lequel la requérante est légalement admissible et d'y poursuivre sa scolarité. Dans ces conditions, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire supérieur à trente jours :
13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire, doit être écarté.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ".
15. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai en principe applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation du délai de départ volontaire de trente jours doit être écarté.
16. En troisième lieu, la requérante qui soutient que cette mesure serait entachée d'une illégalité interne dès lors qu'elle ne serait " pas justifiée ", n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen d'illégalité interne soulevé à l'encontre de la décision portant refus de départ volontaire supérieur à trente jours doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
17. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
18. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se réfère notamment aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par l'intéressée de l'existence de peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, dès lors, suffisamment motivée.
19. En troisième lieu, la requérante qui soutient que cette mesure serait entachée d'une illégalité interne dès lors qu'elle ne serait " pas justifiée ", n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen d'illégalité interne soulevé à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "
21. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
22. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
23. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a adopté une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de Mme A au motif de la nature de ses liens avec la France et ses attaches hors du territoire. Toutefois, compte tenu des éléments cités au point 4 relatifs à la situation familiale de Mme A et alors qu'il est constant que l'intéressée n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et qu'il n'est pas relevé par le préfet délégué que sa présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public, la requérante est fondée à soutenir qu'en adoptant une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre, le préfet de la délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a entaché cette décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'arrêté litigieux du 19 août 2022 doit être annulé en tant seulement qu'il fixe à une durée d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français de Mme A.
En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le fichier des personnes recherchées pour la durée de l'interdiction de retour :
25. L'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder à cet effacement dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
26. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2022 en tant qu'il fixe à une durée d'un an son interdiction de retourner sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
27. Le présent jugement qui se contente d'annuler la décision fixant à un an la durée de l'interdiction de retourner sur le territoire français n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreintes de la requérante présentées à ce titre sont donc rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cabrera, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à celui-ci de la somme de 1 000 euros.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin du 19 août 2022 est annulé en tant qu'il fixe à deux ans la durée de l'interdiction de retourner sur le territoire français.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Guadeloupe et au représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
Le président,
Signé :
S. GOUÈSL'assesseure la plus ancienne,
Signé :
J. LE ROUX
La greffière,
Signé :
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé :
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026