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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200097

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200097

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantKATAM Avocats

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 septembre 2022 et le 26 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Joliff, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la directrice du centre hospitalier Louis Constant Fleming l'a suspendu de ses fonctions à compter du 18 juillet 2022 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Louis Constant Fleming la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le directeur du centre national de gestion des praticiens hospitaliers ait été immédiatement saisi ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle se fonde sur des faits matériellement inexacts ; les dysfonctionnements du service d'anesthésie ne lui sont pas imputables, ils sont antérieurs à sa reprise d'activité en 2019 et ont persisté pendant ses précédentes suspensions ; la préoccupation manifeste qu'aurait le personnel susceptible de travailler à son contact n'est pas précisée ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le centre hospitalier Louis Constant Fleming, représenté en dernier lieu par Me Khatry, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 7611 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Par une ordonnance du 17 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sollier,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de M. A, et de Me Khatri, représentant le centre hospitalier Louis Constant Fleming.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une altercation avec le directeur de l'établissement survenu le 24 juin 2012, M. B A, praticien hospitalier en anesthésie au centre hospitalier de Saint-Martin depuis le 1er juillet 2003, a été placé puis maintenu en congé de longue durée jusqu'au 30 septembre 2017. Après expertise, l'intéressé a été autorisé à reprendre son activité de praticien hospitalier à compter du 1er octobre 2017 pour une durée de six mois, soit jusqu'au 31 mars 2018. Après avoir suivi différentes formations l'intéressé a repris ses fonctions au centre hospitalier en juillet 2019. Par une décision en date du 25 novembre 2019, prise par les deux administrateurs provisoires nommés en avril 2019 pour remplacer le directeur en raisons de dysfonctionnements de l'hôpital M. A a fait l'objet d'une mesure de suspension à titre conservatoire pour une période d'une durée maximale de quatre mois, à compter du 25 novembre 2019, en raison de son attitude qui " par ces écrits et son comportement ont participé à l'instauration d'une ambiance délétère qui s'est renforcé au fil des derniers mois au sein du bloc opératoire du CH-Louis Constant Fleming ". Par trois autres décisions en date des 12 mars 2020, 2 juillet 2020 et du 23 novembre 2020, la mesure de suspension initiale a fait l'objet de trois prolongations d'abord pour deux nouvelles durées de quatre mois, à compter du 25 mars 2020, puis à compter du 25 juillet 2020, puis enfin à compter du 25 novembre 2020 " jusqu'à la décision de l'autorité de nomination ". Par un jugement n°s 2000007, 2000035, 2000080 et 2100002, le tribunal administratif de Saint-Martin a annulé ces quatre décisions. Par une décision du 11 juillet 2022, dont M. A demande l'annulation, la directrice du centre hospitalier Louis Constant Fleming a de nouveau suspendu l'intéressé de ses fonctions à compter du 18 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique : " En cas d'urgence, lorsque la poursuite de son exercice par un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme expose ses patients à un danger grave, le représentant de l'Etat dans le département prononce la suspension immédiate du droit d'exercer pour une durée maximale de cinq mois. Il entend l'intéressé au plus tard dans un délai de trois jours suivant la décision de suspension. / Le représentant de l'Etat dans le département informe immédiatement de sa décision le président du conseil départemental compétent et saisit sans délai le conseil régional ou interrégional lorsque le danger est lié à une infirmité, un état pathologique ou l'insuffisance professionnelle du praticien, ou la chambre disciplinaire de première instance dans les autres cas. Le conseil régional ou interrégional ou la chambre disciplinaire de première instance statue dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. En l'absence de décision dans ce délai, l'affaire est portée devant le Conseil national ou la Chambre disciplinaire nationale, qui statue dans un délai de deux mois. A défaut de décision dans ce délai, la mesure de suspension prend fin automatiquement. () / Les pouvoirs définis au présent article sont exercés par le directeur de l'agence régionale de l'hospitalisation lorsque le danger grave auquel la poursuite de son exercice par un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme expose ses patients a été constaté à l'occasion de l'exercice de ses fonctions dans un établissement de santé. Dans cette hypothèse, le directeur de l'agence régionale de l'hospitalisation informe en outre immédiatement de sa décision le représentant de l'Etat dans le département. "

3. S'il appartient au directeur général de l'agence régionale de santé compétent de suspendre immédiatement, sur le fondement de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique, le droit d'exercer d'un médecin qui exposerait ses patients à un danger grave et au directeur général du Centre national de gestion (CNG) des praticiens hospitaliers de suspendre un praticien pour une durée maximale de six mois en application des dispositions de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique dans le cas où l'intéressé fait l'objet d'une procédure disciplinaire, le directeur d'un centre hospitalier, qui aux termes de l'article L. 6143-7 du même code " exerce son autorité sur l'ensemble du personnel " de son établissement, peut également, dans des circonstances exceptionnelles où sont mises en péril la continuité du service et la sécurité des patients, décider de suspendre les activités cliniques et thérapeutiques d'un praticien hospitalier au sein de l'établissement, à condition cependant d'en référer immédiatement aux autorités compétentes pour prononcer la nomination du praticien concerné.

4. En l'espèce, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier et n'est pas même allégué que le directeur du centre hospitalier Louis Constant Fleming, qui, par la décision attaquée du 11 juillet 2022, a suspendu M. A de ses fonctions à compter du 18 juillet 2022 et se borne à justifier de la transmission de la décision de suspension initiale de l'intéressé du 25 novembre 2019 et de celle du 12 mai 2021, aurait transmis au directeur général du centre national de gestion des praticiens hospitaliers sa décision de suspension prise le 11 juillet 2022 ou aurait informé cette autorité, ou une autre autorité compétente, de cette décision. Dans ces conditions, M. A, qui a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que cette décision est entachée d'illégalité.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la directrice du centre hospitalier Louis Constant Fleming a suspendu le requérant à compter du 18 juillet 2022 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Louis Constant Fleming la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par le centre hospitalier Louis Constant Fleming soient mises à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 juillet 2022, par laquelle la directrice du centre hospitalier Louis Constant Fleming a suspendu M. A à compter du 18 juillet 2022 doit être annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier Louis Constant Fleming présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier Louis Constant Fleming, au préfet de la Guadeloupe et au représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIER

Le président,

Signé

S. GOUÈSLa greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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