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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2200100

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2200100

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2200100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DURIMEL & BANGOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Saint-Martin a rejeté la requête de M. A, ressortissant jamaïcain, qui contestait l'arrêté préfectoral du 22 juillet 2022 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour. Il a également estimé que M. A n'apportait pas la preuve de sa présence continue en France depuis 12 ans ni de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant français, écartant ainsi l'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L.423-7, et sur l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2022 et le 22 février 2024, M. B A, représenté par Me Durimel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le préfet de la Guadeloupe lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réinstruire sa demande, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie par le préfet ;

- le préfet n'a pas motivé sa décision, notamment pour ce qui a trait à la prétendue menace à l'ordre public qu'il constituerait ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2023, le préfet délégué de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gouès, président.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité jamaïcaine, né le 12 avril 1983 à Kingston (Jamaïque), déclare être entré irrégulièrement en France le 20 août 2010. Il a formé une demande de titre de séjour le 14 juin 2021 sur le fondement de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 22 juillet 2022, le préfet délégué de Saint-Barthélemy et Saint-Martin a refusé de lui accorder le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été adoptée au visa des dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Elle fait référence à la situation particulière du requérant, en reprenant les déclarations de celui-ci telles que la relation qu'il entretient avec son enfant ou relatives à son intégration alléguée dans la société française. Dès lors, cette décision, qui n'a pas à reprendre l'intégralité des éléments caractérisant la situation du requérant, comporte avec une précision suffisante l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, lui permettant ainsi d'en contester utilement son bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de son insuffisante motivation et du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour pour l'étude de son cas au motif " qu'il n'a été destinataire d'aucun convocation " de cette instance et qu'il " est dédaigneusement éconduit par les fonctionnaires du service des étrangers ", toutefois, ces seules allégations, dépourvues de précision juridique, ne peuvent soutenir le moyen soulevé, qui sera donc écarté.

4. En troisième lieu, si M. A soutient que le préfet l'a obligé à quitter le territoire français parce qu'il considère qu'il constitue une menace à l'ordre public, toutefois, il n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

5. En quatrième et dernier lieu, le requérant fait valoir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle ne prendrait pas en compte le fait qu'il vit en France depuis 12 ans, qu'il est le père d'un enfant mineur de nationalité française, né en 2015 à Saint-Martin, et qu'il vit avec celui-ci ainsi qu'avec la mère de son fils, qu'il s'occupe de son enfant, notamment de son éducation. Toutefois, par les pièces du dossier qui ne comprennent qu'une attestation de la mère de son enfant, un certificat de naissance de celui-ci, une copie de l'attestation de paiement de la CAF où ne figure que le nom de la mère et une facture EDF également au nom de celle-ci, M. A n'établit pas la durée de son séjour en France. De plus, d'une part, sur la fiche produite relative à l'enfant M. A n'y figure pas, d'autre part il n'est pas contesté qu'il ne l'a reconnu que 3 ans après sa naissance. Enfin, il n'apporte aucune pièce au dossier susceptible de démontrer qu'il participerait à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Pour toutes ces raisons, ce moyen doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejeté, y compris ses demandes d'injonction et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet délégué de Saint-Barthélemy et Saint-Martin.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le président rapporteur,

signé

S. GOUÈS

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. BIODORE

La greffière,

signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet délégué de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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