jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de St Martin |
| Section | Tribunal Administratif de St Martin |
| N° Dossier | TA108-2300003 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABRERA MAXIME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 janvier et le 30 octobre 2023, Mme B C A, représentée par Me Cabrera, avocat au barreau de la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le représentant de l'Etat des collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;
2°) d'enjoindre au même représentant de l'Etat de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale, subsidiairement de lui délivrer un titre de séjour mention étudiant dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jours de retard ; à défaut, d'enjoindre au même représentant de l'Etat de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;
3°) condamner l'Etat au paiement de la somme de 3 120 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en ce qu'il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et Saint-Martin, conclut au rejet de la requête.
Il soutient, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gouès,
- et les observations de Me Petit, substituant Me Cabrera et représentant Mme A.
Le préfet n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de nationalité haïtienne, est née le 25 novembre 2002 à Croix-des-Bouquets (Haïti). Elle est entrée illégalement sur le territoire national le 5 septembre 2011, selon ses dires. Le 21 juin 2021, elle a sollicité une demande de titre de séjour au titre des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 20 mai 2022, le représentant de l'Etat des collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a notifié par courrier son refus de délivrance de titre de séjour. Le 10 juin 2022, la requérante effectue un recours gracieux de cette décision par lettre recommandé auprès du représentant de l'Etat des collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin. Le 10 octobre 2022, une décision de refus implicite à l'encontre du recours gracieux est né. La requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". De plus, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. En l'espèce, il est constant que Mme A est arrivée sur le territoire national le 5 septembre 2011, soit à l'âge de 8 ans, ayant donc vécu la majorité de sa vie sur le territoire national. Après son arrivée, son père, par acte d'huissier établi en Haïti, du 24 janvier 2012, a transféré sa garde à un tiers vivant en partie française de Saint-Martin. Si ses parents résident en partie hollandaise de l'île, Mme A est inconnue des services de l'immigration hollandaise. Elle a résidé chez son tuteur légal jusqu'à sa majorité puis a été hébergée, par une tante maternelle, en partie française de l'île, depuis le 10 mars 2021.
4. En l'espèce, d'une part, la requérante atteste vivre depuis plus de 10 ans sur le territoire français et y avoir établi depuis sa résidence habituelle. Pour attester de sa présence en France depuis 2011, elle verse au débat, ses certificats de scolarité des années 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, ses bulletins de notes de la classe de 6ème à la classe de terminale, 9 tableaux d'honneur et d'encouragement, le prix d'arts plastiques en 2016, son attestation de sécurité routière 2 du 28 juin 2018, son diplôme du brevet obtenu en 2018, son diplôme du baccalauréat technologique spécialité ressources humaines et communication mention assez bien obtenu en 2021. Elle verse également au débat, son carnet de vaccination, une facture de pharmacie de 2012, des attestations d'assurance scolaire pour les années scolaires 2017/2018, 2019/2020, plusieurs notifications de bourse nationale d'études du second degré du lycée en 2019 et 2020, plusieurs ordonnances médicales de 2019 et 2022, une prescription du 9 mars 2022 qui justifie d'un mauvais état de santé, un contrat de téléphonie mobile du 13 février 2021, un relevé de compte du mois d'avril 2021 et une attestation de dépôt d'aide médicale d'Etat du 20 septembre 2022. Elle souhaite poursuivre son cursus universitaire en faculté de droit en France hexagonale afin de devenir notaire, or sans titre de séjour, elle invoque ne pouvoir suivre des études supérieures à Orléans où elle a été acceptée.
5. D'autre part, son intégration à la société française est notamment soulignée par des attestations de plusieurs professeurs en économie-gestion qui la décrivent comme " une élève attentive, impliquée, assidue et organisée () Marie-Joubeline s'est révélé être une très bonne élève ", son professeur de français comme " l'une des meilleurs élèves de la classe, montrant ainsi sa volonté et son implication ". De plus, ses amis qui la décrivent comme une personne " motivée et déterminée ", " amie généreuse, drôle () solidaire, () c'est une travailleuse acharnée ", " qui a un comportement exemplaire et une excellente citoyenne ". Dans ces conditions, alors que Mme A a des liens personnels intenses, stables et anciens sur le territoire national et qu'elle ne dispose pas de famille dans son pays d'origine puisque ses parents vivent en partie hollandaise de l'île de Saint-Martin, l'arrêté du 20 mai 2022 a porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du représentant de l'Etat des collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin du 20 mai 2022 doit être annulé, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux à l'encontre de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet de la Guadeloupe délivre à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur la demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et au regard de la note d'honoraires et de provision, de condamner l'Etat à verser la somme de 1 200 euros à Mme A en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du représentant de l'Etat des collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin du 20 mai 2022 est annulé, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par Mme A à l'encontre de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer à Mme A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser la somme de 1 200 euros à Mme A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : La présente jugement sera notifié à Mme B C A, au préfet de la Guadeloupe, et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et Saint-Martin.
Copie en sera adressée au ministre chargé des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
Le président rapporteur,
Signé :
S. GOUÈS
L'assesseure la plus ancienne,
Signé :
J. LE ROUX
La greffière,
Signé :
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et Saint-Martin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026