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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2300005

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2300005

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2300005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantKATAM Avocats

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022 au tribunal administratif de la Guadeloupe, puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Saint-Martin le 10 janvier 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2022 par laquelle la directrice du centre hospitalier a refusé de lui verser la troisième fraction de son indemnité de sujétion géographique (ISG) et de prendre en charge son billet retour pour le territoire hexagonal ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Louis Constant Fleming de lui verser ces sommes, assorties de pénalités de retard à hauteur de 10 % ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Louis Constant Fleming les frais de procédure et de justice.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 7 du décret n° 2013-314 du 15 avril 2013 dès lors qu'elle était placée en congé de longue maladie du 18 octobre 2021 au 31 janvier 2023 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 10 du contrat à durée déterminée du 2 avril 2019 ;

- elle a droit au versement de ces sommes sur le fondement des articles précités, majorées de 10 % au titre des pénalités de retard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, la directrice du centre hospitalier Louis Constant Fleming conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requérante ne peut prétendre au remboursement de son billet retour de février 2023 dès lors que son contrat a pris fin au 1er octobre 2019 ;

- les deux premières fractions de l'indemnité de sujétion géographique lui ont été versées à tort dès lors qu'elle résidait à Saint-Martin avant son affectation au centre hospitalier ; par ailleurs, elle n'a pas effectué les quatre années de service requises pour le versement de la troisième fraction de l'ISG, qui n'était échue qu'au 1er octobre 2023 ;

- à titre subsidiaire, si l'intéressée a été placée en congé de longue maladie du 18 octobre 2021 au 31 janvier 2023, elle a fait valoir ses droits à la retraite le 1er février 2023, au cours de sa quatrième année de service, et ne peut ainsi prétendre qu'à une somme de 6 412,12 euros au titre de sa troisième fraction d'ISG ;

- les pénalités de retard ne sont pas justifiées dès lors que la requête a été enregistrée au tribunal avant que la troisième fraction de l'ISG ne soit échue.

Par une ordonnance du 28 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2013-314 du 15 avril 2013 portant création d'une indemnité de sujétion géographique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sollier,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public

- et les observations de Me Khatri, représentant le centre hospitalier Louis Constant Fleming.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée en qualité d'infirmière contractuelle au sein du centre hospitalier Louis Constant Fleming de Saint-Martin du 17 septembre 2018 au 17 décembre 2018, au titre d'un premier contrat de travail, puis du 18 décembre 2018 au 31 mars 2019, au titre d'un deuxième contrat de travail, et du 1er avril 2019 au 30 septembre 2019 au titre d'un troisième contrat de travail. Par une décision du 10 mai 2019, l'administrateur provisoire du centre hospitalier a recruté l'intéressée par voie de mutation à compter du 1er septembre 2019. Par une décision du 17 novembre 2022, dont Mme A demande l'annulation, la directrice du centre hospitalier Louis Constant Fleming a refusé de verser à l'intéressée la troisième fraction de son indemnité de sujétion géographique (ISG) et de prendre en charge son billet d'avion retour Saint-Martin/Paris.

Sur l'indemnité de sujétion géographique :

2. Aux termes de l'article 7 du décret du 15 avril 2013 portant création d'une indemnité de sujétion géographique, dans sa version applicable au litige en application de l'article 9 du décret n° 2022-704 du 26 avril 2022 : " L'agent mentionné à l'article 1er qui, sur sa demande, cesse ses fonctions avant une durée de quatre ans ne peut percevoir les fractions, principal et majorations, non encore échues de l'indemnité de sujétion géographique. / En outre, il est retenu sur ses émoluments ultérieurs une fraction, calculée au prorata de la durée des services effectués, des sommes déjà perçues au titre de l'indemnité de sujétion géographique. / Cette retenue n'est pas effectuée si la cessation des fonctions est motivée par les besoins du service ou par l'impossibilité pour l'agent, dûment reconnue par le comité médical prévu par le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 susvisé, de continuer l'exercice de ses fonctions par suite de son état de santé. / Toutefois, lorsque la cessation intervient moins d'un an avant la fin de la période de quatre ans, le fonctionnaire ou le magistrat peut prétendre au versement de l'indemnité de sujétion géographique au prorata de la durée de services effectivement accomplie. "

3. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que la directrice du centre hospitalier Louis Constant Fleming a refusé à Mme A de lui verser la troisième fraction de son indemnité de sujétion au motif de sa période de non activité au sein de l'établissement au regard de son absence du 1er octobre 2021 au 1er octobre 2023. Toutefois, il est constant que l'intéressée a été placée en congé de longue maladie du 18 octobre 2021 au 31 janvier 2023. Par suite, la requérante, dont la cessation de fonctions était motivée, à la date de la décision attaquée, par l'impossibilité, dûment reconnue par le comité médical départemental, de continuer l'exercice de ses fonctions par suite de son état de santé, est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 7 du décret du 15 avril 2013.

4. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Pour établir que la décision attaquée était légale, le centre hospitalier Louis Constant Fleming invoque, dans son mémoire en défense communiqué à la requérante, deux autres motifs, l'un tiré de ce que Mme A ne pouvait bénéficier de l'ISG dès lors qu'elle résidait à Saint-Martin avant son recrutement par voie de mutation et l'autre, tiré de ce que la troisième fraction de l'ISG n'était pas échue à la date de la décision attaquée dès lors que la requérante n'avait pas accompli ses quatre années de service.

6. Aux termes de l'article 4 du décret du 15 avril 2013 portant création d'une indemnité de sujétion géographique, dans sa version applicable au litige en application de l'article 9 du décret n° 2022-704 du 26 avril 2022 : " L'indemnité de sujétion géographique est payable en trois fractions égales : / ' une première lors de l'installation du fonctionnaire ou du magistrat dans son nouveau poste ; / ' une deuxième au début de la troisième année de service ; / ' une troisième au bout de quatre ans de services () ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été recrutée par voie de mutation en tant qu'infirmière au centre hospitalier Louis Constant Fleming à compter du 1er octobre 2019. Ainsi, à la date du 17 novembre 2022, date de la décision attaquée, la requérante n'avait pas accompli ses quatre années de service. Ce motif pouvait légalement fonder la décision du 17 novembre 2022 par laquelle le centre hospitalier a refusé à Mme A de lui verser la troisième fraction de l'indemnité de sujétion géographique.

8. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier Louis Constant Fleming aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur ce motif, dont Mme A a été informée dans le cadre de la présente instance par le biais du mémoire en défense communiqué le 29 janvier 2024. Cette substitution de motif ne privant par ailleurs la requérante d'aucune garantie procédurale, il y a lieu d'y faire droit.

Sur les frais de transport aérien :

9. Aux termes de l'article 10 du contrat de travail à durée déterminée conclu entre Mme A et le centre hospitalier Louis Constant Fleming le 2 avril 2019 : " Madame A B bénéficie de la prise en charge de ses frais de transport, par le Centre Hospitalier de Saint-Martin, en avion Paris/Saint-Martin (aller-retour) au titre du présent contrat. () / Madame A B signataire du présent contrat, engage l'établissement pour la prise en charge du transport aérien. " Et, aux termes de l'article 11 du même contrat : " Le présent contrat cessera de plein droit à la date mentionnée à l'article 1er (30/09/2019) sans qu'un congé quelconque en cours puisse entraîner le report de cette date ".

10. Il résulte des stipulations précitées que le contrat à durée déterminée conclu entre la requérante et le centre hospitalier Louis Constant Fleming a pris fin à son terme fixé le 30 septembre 2019. Les obligations des parties se sont éteintes à cette date. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée du 17 novembre 2022 méconnaitrait les stipulations de l'article 6 du contrat du 2 avril 2019 doit être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier Louis-Constant Fleming de Saint-Martin et au représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIER

Le président,

Signé

S. GOUÈSLa greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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