jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de St Martin |
| Section | Tribunal Administratif de St Martin |
| N° Dossier | TA108-2300008 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DURIMEL & BANGOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Durimel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée de deux erreurs de fait dès lors que son contrôle d'identité n'a pas eu lieu le 24 novembre 2022 mais le 23 novembre 2022 et qu'il est le père de deux filles vivant sur le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle serait susceptible d'entraîner sur sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle-même illégale ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de la situation dans son pays d'origine.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La procédure a été communiquée au préfet de la Guadeloupe, qui n'a pas produit d'observations en défense avant la clôture de l'instruction.
Par ordonnance du 9 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.
Un mémoire, enregistré le 27 octobre 2023 pour le préfet de la Guadeloupe, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu :
- l'ordonnance n° 2300009 du 27 janvier 2023 par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision du préfet de la Guadeloupe du 24 novembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant Haïtien né le 13 avril 1967, déclare être entré sur le territoire français en 2010. Il a présenté une demande de reconnaissance de la qualité de réfugié, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 juillet 2014. Le 15 avril 2019, M. B a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour, qui a été rejetée par un arrêté du 13 octobre 2020. A la suite d'une mission de contrôle d'identité, il a été entendu et placé en retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour par les services de police aux frontières. M. B, qui n'était pas en possession d'un document l'autorisant à circuler librement ou à séjourner en France, s'est vu notifier, par le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, un arrêté du 24 novembre 2022 prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin du 23 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français et les décisions y afférent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. En l'espèce, si M. B justifie être présent en France depuis 2011, soit depuis plus de dix ans à la date de la décision en litige, ce n'est qu'à compter du 15 juillet 2014 qu'il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile, laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et il ne soutient pas avoir tenté de régulariser sa situation avant le dépôt de sa demande de titre de séjour en 2019. D'autre part, s'il se prévaut de la présence en France de deux de ses enfants de nationalité haïtienne, âgés de 21 et 23 ans à la date de la décision attaquée, et effectuant leurs études en Guyane, et soutient contribuer effectivement à leur entretien et à leur éducation malgré leur éloignement géographique, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec ces derniers des liens réels, stables et intenses. De plus, il ne conteste pas être toujours marié à une ressortissante haïtienne résidant à Haïti et être père de trois autres enfants résidant également en Haïti. Ainsi, la seule attestation réalisée par son frère de nationalité française et la circonstance qu'il aurait également une sœur résidant régulièrement en France, ne saurait suffire à attester que M. B, qui est entré sur le territoire français à l'âge de quarante-quatre ans et ne conteste pas avoir vécu la majeure partie de son existence dans son pays d'origine, a transféré le centre de sa vie privée et familiale sur le territoire français. Enfin, la seule production de deux promesses d'embauche ne saurait suffire à établir que M. B est particulièrement intégré au sein de la société française. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux conditions de séjour de M. B en France, et en dépit de la durée de ce séjour, l'autorité préfectorale n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris le décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation distincte, il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.
4. En second lieu, d'une part, si comme le soutient le requérant, la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ressort des termes du procès-verbal du 24 novembre 2022, qu'il a fait l'objet d'un contrôle d'identité suivi d'une retenue administrative le 23 novembre 2022, et non le 24 novembre 2022, comme l'indique l'arrêté litigieux, cette simple erreur de plume n'a pas été de nature à influer sur le sens de la décision attaquée et est par suite sans incidence sur sa légalité. D'autre part, si, contrairement à ce qu'affirme l'arrêté attaqué, deux de ses enfants résident sur le territoire français, il résulte toutefois de ce qui a été exposé au point 3 que M. B n'atteste aucunement de la relation qu'il entretiendrait avec ses deux filles présentes en France. Il s'ensuit que cette erreur de fait n'a pas non plus été de nature à avoir une incidence sur le sens de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
5. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
7. En l'espèce, M. B soutient que sa vie serait menacée en cas de retour en Haïti en se fondant sur la situation sécuritaire dans ce pays. Toutefois, par le seul renvoi à des articles de presse, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir, qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait effectivement et personnellement exposé à des peines ou traitements inhumains et dégradants, ou que sa vie serait personnellement menacée. Il ressort de plus des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant Haïti comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office méconnaîtrait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
8. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et concernant les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
J. LE ROUX
Le président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026