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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2300022

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2300022

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2300022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTILLARD MARION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2023, Mme A B, représentée par Me Tillard, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de cette décision et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été saisi pour avis et, d'autre part, que son état de santé justifiait qu'elle bénéficie de la protection instituée par ces dispositions ;

- elle devait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par ordonnance du 2 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.

Un mémoire présenté par le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a été enregistré le 15 mars 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lubrani.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne née le 11 mars 1963, déclare être entrée en France en 2014. A la suite de son interpellation lors d'un contrôle d'identité, le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, par un arrêté du 23 janvier 2023, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de cette décision et a fixé son pays de destination. La requérante demande au tribunal administratif d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, l'autorité préfectorale n'est tenue, en application de ces dispositions, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis et circonstanciés permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France.

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage d'éloigner un ressortissant étranger du territoire national, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences exceptionnelles sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait une éventuelle interruption des traitements suivis en France. Par suite, et même si elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour fondée sur les dispositions du 9° de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration qui dispose d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 doit saisir préalablement à sa décision le collège de médecins à compétence nationale de l'OFII pour avis dans les conditions prévues aux articles R. 611-1 et R. 611-2 du même code.

4. En l'espèce, Mme B soutient être atteinte d'une pathologie non identifiée, qui impliquerait la présence d'un virus dans l'estomac, et produit, dans la présente instance, plusieurs prescriptions médicamenteuses ainsi que plusieurs certificats, rédigés dans des termes similaires à plusieurs années d'intervalle, par lesquels le même médecin certifie suivre l'intéressée en consultation chaque année depuis 2012 " pour des problèmes de santé divers ". Ces éléments, dont il n'est au demeurant pas allégué qu'ils auraient fait l'objet d'une communication au préfet, ne sont toutefois pas suffisants pour établir que le défaut de prise en charge de sa pathologie, quelle que soit sa nature, l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. S'il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que Mme B a été examinée par un médecin urgentiste du centre hospitalier Louis Fleming préalablement à l'édiction dudit arrêté, cette circonstance ne suffit pas à démontrer que le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin disposait d'éléments d'informations précis lui permettant d'établir que l'état de santé de l'intéressée était susceptible de la faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, alors même que le médecin urgentiste a, à l'occasion de cet examen, estimé que " [son] était de santé [était] compatible avec une mesure de rétention administrative, une garde à vue, un éloignement par voie aérienne vers son pays d'origine ". Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine du collège de médecins de l'OFII doit être écarté. Compte tenu des circonstances qui viennent d'être exposées, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Si la requérante soutient, dans la présente instance, être arrivée à Saint-Martin en 2014, les pièces qu'elle produit ne suffisent pas à établir la continuité de sa résidence sur le territoire depuis cette date. Par ailleurs, si Mme B justifie être liée par un pacte civil de solidarité à un ressortissant français depuis le 31 mars 2021, ce seul PACS, qui présente un caractère récent, ne permet pas de la regarder comme ayant transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, alors par ailleurs que le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin indique dans l'arrêté attaqué, sans être contesté, que l'intéressée dispose d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résideraient encore ses sept enfants. La décision contestée n'a, par suite, pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de Mme B doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 23 janvier 2023.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

M. Lubrani, conseiller,

Mme Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé :

A. LUBRANI

Le président

Signé :

S. GOUÈS

La greffière,

Signé :

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé :

A. CETOL

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