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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2300023

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2300023

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2300023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABRERA MAXIME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 13 février 2023 et le 3 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Cabrera, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de C lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de C, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", ou à défaut un titre de séjour mention " salarié ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits sur lesquels elle se fonde, dès lors qu'elle est entrée régulièrement sur le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est entrée régulièrement sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en l'absence d'un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde relative des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne présente pas de risque de soustraction à la mesure d'expulsion du territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'est pas justifiée ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur l'ensemble des critères requis ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de son principe et de sa durée ;

En ce qui concerne le signalement aux fins de non admission :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

La procédure a été communiquée au préfet de la Guadeloupe, qui n'a pas produit d'observations en défense avant la clôture de l'instruction.

Par ordonnance du 9 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.

Un mémoire, enregistré le 27 octobre 2023 pour le préfet de la Guadeloupe, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance n°2300096 du 23 juin 2023 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête présentée par Mme A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les observations de Me Petit, substituant Me Cabrera et représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne née le 5 août 1972, déclare être entrée sur le territoire français le 21 juin 2008, sous couvert d'un visa touristique de trois mois. Le 20 juin 2017, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, qui a été rejetée par une décision du 21 juin 2017. Le 17 janvier 2019, elle a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par un arrêté du 3 mai 2021, elle a de nouveau fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le 14 novembre 2022, à la suite d'une mission de contrôle d'identité, elle a été entendue et placée en retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour par les services de police aux frontières. Mme A, qui n'était pas en possession d'un document l'autorisant à circuler librement ou à séjourner en France, s'est vue notifier par le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de C un arrêté du 14 novembre 2022, prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant son pays d'origine ou tout pays pour lequel elle établit être légalement admissible comme pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, l'arrêté litigieux cite les textes dont il fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, les articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code, relatifs au refus d'accorder un délai de départ volontaire, et l'article L. 612-6 du même code, concernant les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Il vise également les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en lien avec la fixation du pays de destination. Il s'ensuit que l'ensemble des décisions attaquées sont suffisamment motivées en droit. S'agissant de la motivation en fait, le préfet délégué fait état de la situation personnelle et familiale de Mme A, de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, ainsi que des circonstances dans lesquelles il a adopté l'arrêté attaqué. Il précise les motifs de ses décisions en faisant notamment état de l'absence de caractère régulier de sa présence sur le territoire. Dès lors, les décisions attaquées sont suffisamment motivées et cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, démontre que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de C a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que Mme A est entrée régulièrement sur le territoire français le 21 juin 2008, sous couvert d'un visa touristique de trois mois. Il n'est ainsi pas contesté que la requérante est effectivement entrée régulièrement sur le territoire français à cette date. Toutefois, la requérante ne produit aucune preuve de sa présence habituelle et continue sur le territoire français avant la naissance de son fils à C, le 14 mai 2014. Il en résulte qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante n'aurait pas quitté le territoire français depuis la date de sa première entrée sur le territoire. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle doit être regardée comme régulièrement entrée sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

5. En second lieu, s'il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, ainsi que du passeport produit, que Mme A est entrée régulièrement sur le territoire français le 21 juin 2008, sous couvert d'un visa touristique de trois mois, il résulte de ce qui a été exposé ci-dessus que la requérante n'établit pas être restée de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis cette date. Ainsi, la décision attaquée, qui fait état de ce que la requérante se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis la date présumée de 2016, doit être interprétée comme regardant la requérante entrée à nouveau mais irrégulièrement sur le territoire français à cette date. Il en résulte que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de C n'a pas entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'un défaut de base légale en la fondant sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme A se prévaut principalement de la scolarisation de son fils mineur sur le territoire français, avec lequel elle réside et dont elle a la garde exclusive. Il ressort toutefois de ses propres écritures que son fils à la nationalité néerlandaise par filiation et elle ne se prévaut d'aucune relation particulière avec le père de cet enfant. En outre, la requérante ne fait état d'aucun autre lien personnel ou familial sur le territoire français. Ainsi, les seules circonstances qu'elle ne disposerait plus d'attaches dans son pays d'origine, qu'elle maîtriserait la langue française et exercerait la profession de femme de ménage, ne suffisent pas à établir qu'elle a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, ni de son intégration particulière au sien de la société française. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il résulte de ces considérations que le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de C a procédé à un examen complet et sérieux de sa situation personnelle et n'a ainsi pas entaché la décision attaquée d'une erreur de droit.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. / 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. ".

9. S'il ressort des pièces du dossier que l'enfant de Mme A, a toujours été scolarisé en France et réside avec sa mère sur territoire français, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il a la nationalité française, ni qu'il entretenait une quelconque relation avec son père à la date de la décision attaquée. Ainsi, la décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer l'enfant de sa mère, avec laquelle elle réside depuis sa naissance et qui s'en occupe seule. Par conséquent, le préfet délégué n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur du fils de Mme A en obligeant cette dernière à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté.

10. En dernier lieu, si la requérante soutient que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives à la délivrance d'une carte de séjour temporaire dans le cadre d'une admission exceptionnelle au séjour, ce texte ne peut, en conséquence, être utilement invoqué à l'appui de conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en cause, qui ne comporte aucun refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

12. En l'espèce, il n'est pas contesté que la requérante a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en 2019 et en 2021, qu'elle n'a pas exécutées. Dès lors que Mme A ne se prévaut d'aucune circonstance particulière, ces faits sont de nature à caractériser un risque qu'elle se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, sur le fondement du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est à bon droit que le préfet a fondé la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire à la requérante sur les dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 5° de l'article L. 612-3 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. La requérante, qui soutient que cette mesure serait entachée d'une illégalité interne dès lors qu'elle ne serait " pas justifiée ", n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen d'illégalité interne soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Il ressort de ces dispositions que, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, l'autorité compétente doit tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

16. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

17. En l'espèce, et en premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français de Mme A est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il ressort de plus des termes de cette décision que le préfet délégué a pris en compte son maintien en situation irrégulière malgré deux précédentes mesures d'éloignement, ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens en France, qui sont précisément identifiés au sein des premiers paragraphes de l'arrêté litigieux. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur l'ensemble des critères requis.

18. En second lieu, Mme A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Elle entre ainsi dans les cas prévus au L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lesquels le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Si l'intéressée se prévaut de l'ancienneté de son séjour et de la présence de son fils sur le territoire français, ces circonstances ne peuvent pas être regardées comme justifiant d'une circonstance humanitaire pour les motifs précédemment exposés. C'est, dès lors, sans commettre d'erreur de droit que le préfet délégué a prononcé à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, en l'absence d'argumentation distincte, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. Toutefois, la requérante soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est disproportionnée compte tenu de sa durée. S'il n'est pas contesté que l'intéressée s'est soustraite à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement, il est toutefois constant qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public national. De plus, il ressort des pièces du dossier que son fils est né sur le territoire français et y a effectué l'ensemble de sa scolarité. La requérante est ainsi fondée à soutenir qu'en fixant à trois ans, soit la durée maximale prévue par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, l'interdiction de retour prononcée à son encontre, le préfet a entaché cette décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle fixe cette interdiction à une durée de trois ans.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission au fichier des personnes recherchées :

20. En l'espèce, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en tant seulement qu'elle fixe cette interdiction à une durée de trois ans n'implique pas nécessairement l'illégalité par voie d'exception du signalement de la requérante aux fins de non admission dans le fichier des personnes recherchées, laquelle peut toujours faire l'objet de ce signalement pour la durée maintenue de son interdiction de retour sur le territoire. En tout état de cause, une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son signalement aux fins de non admission dans le fichier des personnes recherchées est entaché d'une exception d'illégalité.

21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2022 en tant qu'il fixe à une durée de trois ans son interdiction de retourner sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. Le présent jugement qui se contente d'annuler la décision fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retourner sur le territoire français n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreintes de la requérante présentées à ce titre seront donc rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de C du 14 novembre 2022 est annulé en tant qu'il fixe à une durée de trois ans l'interdiction de retourner sur le territoire français de Mme A.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de C.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

J. LE ROUX

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à C, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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