jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de St Martin |
| Section | Tribunal Administratif de St Martin |
| N° Dossier | TA108-2300038 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CERF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, Mme E A C, représentée par Me Cerf, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trente jours et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est contraire aux stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle méconnaît le 1° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, dès lors que les articles L. 612-6 et L. 612-7 ne sont pas visés, et que la situation sécuritaire dégradée au Vénézuéla constitue une circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction d'une telle décision ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant son pays de destination ;
- elle est contraire aux stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle méconnaît le 1° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par ordonnance du 2 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.
Un mémoire présenté par le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a été enregistré le 22 mars 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lubrani.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A C, ressortissante vénézuélienne née le 16 juin 1991, est entrée régulièrement sur le territoire français le 1er avril 2019. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 5 janvier 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile le 28 septembre 2022. Par un arrêté du 13 février 2023, le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an et a fixé son pays de destination. La requérante demande au tribunal administratif d'annuler cet arrêté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet et par délégation par Mme D B, cheffe du service citoyenneté et immigration de la préfecture de Saint-Barthélemy et Saint-Martin. Par un arrêté du 8 juin 2021, modifiant l'arrêté SG/SCI du 17 décembre 2020 portant délégation de signature à Madame D B, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a donné délégation de signature à Mme D B à l'effet de signer notamment " l'ensemble de la correspondance, les arrêtés, décisions et titres ayant un caractère général ou individuel et réglementaire ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de Mme A C, vise les textes dont elle fait application et mentionne, de manière non stéréotypée, les faits qui en constituent le fondement, en relevant notamment l'identité de la personne qui l'héberge et les propres déclarations de l'intéressée qui a affirmé être célibataire sans enfant à charge. Par suite, cette décision mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à Mme A C d'en contester utilement le bien-fondé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Si Mme A C se prévaut d'une relation de concubinage avec un ressortissant français, elle ne justifie pas, en se bornant à produire une lettre rédigée par ses soins, non datée, dans laquelle elle mentionne une " vie maritale " et une déclaration de concubinage postérieure à l'arrêté attaqué, de la réalité de ce concubinage, que contredisent au demeurant les propres déclarations de l'intéressée figurant dans l'arrêté attaqué par lesquelles cette dernière déclare " être célibataire ". En tout état de cause, à le supposer même établi, ce concubinage revêtait, à la date de la décision attaquée, un caractère récent, eu égard à la date d'arrivée non contestée de la requérante sur le territoire français. Par ailleurs, la circonstance que l'intéressée aurait adopté deux chiennes sur le territoire et qu'elle bénéficierait d'une promesse d'embauche ne suffit pas à caractériser une insertion d'une particulière intensité à Saint-Martin. Elle ne saurait, par suite, être regardée comme ayant déplacé le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme A C doit être écarté.
6. En troisième et dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an :
7. En premier lieu, la circonstance que l'arrêté attaqué ne viserait pas les articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas de nature à affecter sa légalité, alors, au demeurant, que ces dispositions n'étaient pas applicables à la situation de la requérante.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
9. La requérante n'établit pas, en se bornant à faire état de la " situation préoccupante au Vénézuéla " caractérisant selon elle une circonstance humanitaire, que l'autorité compétente aurait commis une erreur d'appréciation en prenant la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/ 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. /Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
12. En l'espèce, la requérante indique qu'eu égard à la politique de répression menée au Vénézuéla, le renvoi vers son pays d'origine l'exposerait à des risques de peines ou traitements inhumais et dégradants. Toutefois, en se bornant à produire un rapport de l'organisation non gouvernementale Amnesty international sur la situation économique, politique, sociale et sanitaire du Venezuela, Mme A C ne justifie pas être personnellement exposée, en cas de retour dans ce pays, à des risques de traitements inhumains et dégradants au sens des stipulations précitées, alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 septembre 2022. Le moyen invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi ne peut, dès lors, qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A C tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 février 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Serge Gouès, président,
M. Antoine Lubrani, conseiller,
Mme Hélène Bentolila, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé :
A. LUBRANI
Le président
Signé :
S. GOUES
La greffière,
Signé :
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé :
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026