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AccueilJurisprudence administrativeN° TA108-2300162

Tribunal Administratif de St Martin — Décision N° TA108-2300162

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de St Martin
SectionTribunal Administratif de St Martin
N° DossierTA108-2300162
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTILLARD MARION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 novembre 2023 et 18 juillet 2024 au greffe du tribunal, Mme D C, représentée par Me Tillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin lui a refusée le séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;

2°) d'enjoindre au préfet délégué de lui délivrer dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, une carte de séjour mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle remplit les conditions d'obtention de plein droit d'un titre de séjour sur plusieurs fondements : au titre de l'admission exceptionnelle, pour raisons de santé et en tant que salarié ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie familiale normale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation à quitter le territoire :

- dès lors qu'elle justifiait de se voir attribuer un titre de séjour, le préfet ne pouvait prendre une telle mesure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biodore,

- les observations de Me Tillard, représentant Mme C ;

- et les observations de Mme B, représentant le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante dominicaine née le 16 mai 1968 à Goodwill, déclare être entrée en France le 2 octobre 1991. L'intéressée a épousée un compatriote en 1998 à Saint-Martin avec qui elle s'est séparée en 2010. Le 20 août 2022, elle a sollicité une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ". Par l'arrêté du 11 août 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination du pays dont elle a la nationalité.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement le 7 °de l'article L. 313-11 du même code : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article R. 423-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 423-23, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier : 1° La réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; 2° La justification de ses attaches familiales dans son pays d'origine ; 3° La justification de ses conditions d'existence en France ;

4° La justification de son insertion dans la société française appréciée notamment au regard de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. En l'espèce, pour justifier qu'elle réside sur le territoire depuis plus de vingt ans, Mme C produit, entre autres, des attestations de personnes indiquant la connaître depuis les années 1994 ou 1998, des avis d'impôt sur les revenus 2003, 2006, 2007, 2010 à 2016 au nom de M. et Mme A puis à son nom, des contrats de location datés de 2009, 2011 et 2012 à son nom, des quittances de loyer pour des périodes discontinues courant de juin à octobre 2008, puis pour les mois d'avril, juin et décembre 2009, pour les mois de janvier à juillet 2010 et décembre 2010. La requérante n'établit pas, par les documents produits, la stabilité et la continuité de son séjour sur le territoire national. En outre, la requérante qui est célibataire et sans enfant à charge ne démontre ni l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France, ni la réalité de son intégration alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle conserve des liens avec la Dominique où résident son fils majeur et ses parents. Les pièces produites n'établissent pas davantage l'existence d'une réelle insertion professionnelle en France. Par suite, l'arrêté du préfet délégué n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () " .

5. En l'espèce, Mme C fait valoir que son état de santé nécessite qu'elle reste sur le territoire pour être soignée dès lors qu'il n'est pas possible de bénéficier des médicaments et du suivi médical nécessaire à la stabilité de son état de santé à la Dominique, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait sollicitée son admission au séjour en se prévalant des dispositions précitées, en vertu desquelles l'administration est tenue de consulter un collège de médecins avant de prendre sa décision. Ainsi, le préfet n'a pas examiné d'office sa situation sur ce fondement et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

6. En troisième lieu, Mme C ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas des pièces qu'elle a demandé un titre de séjour en tant que salariée.

7. Enfin, en quatrième et dernier lieu, si la requérante soutient qu'elle pouvait bénéficier d'un titre de séjour au titre d'une résidence habituelle depuis plus de dix ans, elle n'établit pas résider sur le territoire de façon continue comme il a été exposé au point 3. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

Sur l'obligation à quitter le territoire :

8. En l'espèce, la requérante soutient qu'elle a droit de plein droit à un titre de séjour vie privée et familiale sur différents fondements. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment les conclusions à fin d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,Le président,

SignéSigné

V. BIODORES. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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