Le Tribunal Administratif de Saint-Martin a rejeté la requête de M. B... contestant l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Le requérant, ressortissant dominicain, invoquait sa qualité de père d’un enfant français pour bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a estimé que M. B... ne justifiait pas contribuer effectivement à l’entretien et à l’éducation de son enfant, ni entretenir de liens récents avec lui, et que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions, incluant la demande d’annulation et les injonctions.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 août 2024, M. A... C... B..., représenté par Me Djimi, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet délégué auprès du représentant de l’Etat dans les collectivités de Saint-Barthélemy et Saint-Martin l’a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ et toutes décisions subséquentes ;
2°) d’enjoindre au préfet de Saint-Barthélemy et Saint-Martin de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou sur le fondement de l’article L. 423-23 du même code sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l’obligation de quitter le territoire français :
- méconnait l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il est père d’un enfant français ;
- méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 17 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 31 octobre 2025.
Le préfet de Saint-Barthélemy et Saint-Martin a produit des pièces postérieurement à la clôture de l’instruction et non communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Biodore,
- et les observations de Me Djimi représentant M. B....
Le préfet n’était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant dominicain né le 13 janvier 1982 à Estebania (République Dominicaine), serait entré en France irrégulièrement le 22 juillet 2024 après avoir fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français le 5 mai 2023. Le requérant a été placé en garde à vue le 22 juillet 2024 pour des faits de port d’arme de catégorie D. Le même jour, le préfet délégué a pris une obligation de quitter le territoire français. C’est la décision contestée.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (…) ». Aux termes de l’article L. 423-8 du même code : « Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ».
En l’espèce, pour contester l’obligation de quitter le territoire français prise à son égard, M. B... fait valoir qu’il est le père d’un enfant français, né le 4 octobre 2014 à Saint-Martin de sa relation avec une ressortissante française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a reconnu son fils quatre ans après sa naissance et qu’il ne justifie pas participer à son entretien. En outre, son ancienne compagne ainsi que leur enfant commun vivent désormais aux Etats-Unis et hormis deux photos qu’il produit où le requérant est avec son fils lorsque celui-ci était enfant, aucune pièce du dossier n’établit que M. B... entretient des liens avec celui-ci. En tout état de cause, l’intéressé ne peut pas se prévaloir des dispositions de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l’encontre d’une obligation de quitter le territoire français et le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Et, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B... n’a aucune attache familiale sur le territoire français et que ses liens familiaux se trouvent en République dominicaine où il a vécu la majorité de sa vie. Il n’établit pas être inséré sur le territoire français ni respecté les lois nationales dès lors, qu’il a été placé en garde à vue pour port d’armes de catégorie D le 22 juillet 2024 et qu’il est rentré irrégulièrement sur le territoire français malgré une précédente obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour de deux ans. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le représentant de l’Etat a méconnu son droit au respect à une vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... B... et au préfet de Saint-Barthélemy et Saint-Martin.
Délibéré après l'audience du 11 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Santoni, président,
Mme Biodore, conseillère,
Mme Sollier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.
La rapporteure,
Signé :
V. BIODORE
Le président,
Signé :
J.-L. SANTONI
La greffière,
Signé :
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière
Signé :
L. LUBINO