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AccueilJurisprudence administrativeN° TA109-2200009

Tribunal Administratif de St Barthélemy — Décision N° TA109-2200009

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de St Barthélemy
SectionTribunal Administratif de St Barthélemy
N° DossierTA109-2200009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBALADDA GOURANTON & PRADINES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 10 mars, 19 mars et 18 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Pradines, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2019-1312 CE du 18 novembre 2021, par laquelle le conseil exécutif de la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy a délivré un permis de construire n° PC 971123 21 00194 à la société civile immobilière (SCI) Lurin Investco ;

2°) mettre à la charge la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt pour agir ;

- il justifie de sa qualité de propriétaire, en application des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- sa requête satisfait aux exigences de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'incomplétude, en méconnaissance des dispositions de l'article 134-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy ; le dossier de demande de permis ne comportait qu'une planche de deux photographies dédiée à l'insertion du projet dans son environnement et ces photographies ne faisaient apparaître que l'entrée de la propriété ; le document photographique déposé le 12 novembre 2021 à la suite de la demande de pièces complémentaires de la collectivité ne satisfait pas aux dispositions de l'article 134-7 du même code ; aucune photographie ne permet de visualiser le terrain d'assiette du projet avant construction ;

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la pièce complémentaire produite par la société pétitionnaire a été jointe au dossier de permis postérieurement à la réunion de la commission d'urbanisme, de sorte que cette commission ne disposait pas d'un dossier complet lorsqu'elle a émis son avis sur le projet litigieux ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 112-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy et des articles 911-1 et suivants du code de l'environnement de Saint-Barthélemy dès lors que la prescription n°3 dont est assorti le permis de construire litigieux est insuffisante pour assurer la protection de la flore ; la destruction d'espèces protégées présentes sur le terrain d'assiette du projet aurait dû faire l'objet d'une dérogation environnementale prévue à l'article 911-4 du code de l'environnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, la société Lurin Investco, représentée par Me Moustardier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas de sa qualité de propriétaire, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, dès lors que le titre de propriété qu'il produit ne comporte ni plan, ni référence cadastrale ;

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas d'un intérêt pour agir, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'a pas satisfait à l'exigence de notification de la copie intégrale de son recours contentieux, en application des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- le moyen tiré de l'incomplétude du dossier manque en fait ;

- le moyen tiré du vice de procédure n'est pas fondé ;

- le requérant n'établit pas en quoi la prescription n°3 assortissant le permis de construire litigieux serait insuffisante ; cette prescription s'ajoute aux engagements qu'elle a mentionnés dans le dossier de demande de permis, à savoir la replantation d'un nombre nécessaire d'arbres et la mise en œuvre d'échanges avec l'Agence territoriale de l'environnement et les pépiniéristes de l'île pour pouvoir faire perdurer les espèces végétales les plus protégées et permettre une reproduction pour pouvoir les implanter sur d'autres sites ; le projet a été conçu de manière à limiter l'emprise des constructions en conservant de vastes zones denses en végétation ;

- à supposer qu'une dérogation environnementale soit nécessaire, d'une part, le conseil exécutif de la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy est compétent pour accorder une telle dérogation et, d'autre part, le permis de construire est réputé valoir autorisation au titre des autres législations en vertu des dispositions de l'article 133-28 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy, représentée par Me Destarac, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas d'un intérêt pour agir, en méconnaissance de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire n'est pas fondé ;

- la prescription n°3 dont est assorti le permis de construire est suffisante compte tenu de ce que les constructions projetées sont de faible importance et sont situées dans la partie du terrain d'assiette située en zone urbaine ;

- le requérant ne peut se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions du code de l'environnement, celles-ci relevant d'une réglementation indépendante de la règlementation d'urbanisme ; en tout état de cause, ces dispositions ont été abrogées à compter du 1er janvier 2022 et ont supprimé l'obligation de délivrance d'une autorisation de défrichement en cas de construction en zone urbaine ; le nouveau code de l'environnement de Saint-Barthélemy n'impose plus de maintenir les espèces végétales protégées dans le cas où le terrain fait l'objet d'un défrichement rendu nécessaire par la mise en œuvre d'une autorisation d'urbanisme délivrée dans une zone urbaine délimitée par la carte d'urbanisme.

M. B a produit un mémoire en production de pièces le 3 novembre 2022, qui n'a pas été communiqué.

Par une ordonnance du 20 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 4 novembre 2022 à 12 heures.

Par courrier du 15 novembre 2022, le tribunal a, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, informé les parties qu'il était susceptible de susceptible de surseoir à statuer en vue de la régularisation du vice tiré de la méconnaissance de l'article 112-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy en raison de l'imprécision de la prescription prévue au 3) de l'article 1er de la délibération attaquée.

En réponse à ce courrier, la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy a présenté ses observations par un mémoire enregistré le 21 novembre 2022. La SCI Lurin Investco a présenté ses observations par un mémoire enregistré le 22 novembre 2022. M. B a présenté ses observations par un mémoire enregistré le 24 novembre 2022. Ces mémoires ont été communiqués.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Saint-Barthélemy n° 2200027 du 18 août 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement de Saint-Barthélemy,

- le code de l'urbanisme,

- le code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Me Pradines, représentant M. B, de Me Destarac, représentant la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy et de Me Moustardier, représentant la société Lurin Investco.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Lurin Investco a déposé le 5 octobre 2021 une demande de permis de construire pour la construction de deux logements se composant d'une maison pour une résidence principale de deux chambres, une terrasse couverte, une piscine et un ajoupa sur le parking et une seconde maison de deux chambres, sur une parcelle cadastrée AM n° 102 située dans le quartier Lurin, à Saint-Barthélemy. Par une délibération n° 2021-1312 CE du 18 novembre 2021, le conseil exécutif de la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy lui a accordé ce permis de construire, sous le n° PC 971123 21 00194. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 134-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy : " Lorsque le projet architectural a été établi par un architecte, le dossier comprend en outre : / 1° Un document graphique au moins permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction dans l'environnement, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et des abords. Lorsque le projet comporte la plantation d'arbres de haute tige, les documents graphiques devront faire apparaître la situation à l'achèvement des travaux et la situation à long terme. / 2° Une notice permettant d'apprécier l'impact visuel du projet. A cet effet, elle décrit le paysage et l'environnement existants et expose et justifie les dispositions prévues pour assurer l'insertion dans ce paysage de la construction, de ses accès et de ses abords. ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. D'une part, M. B soutient que le dossier de demande de permis de construire, déposé le 5 octobre 2021, qui ne comportait qu'une seule planche dédiée à l'insertion, contenant deux photographies de l'entrée de la propriété, n'a pas permis à l'administration d'apprécier l'insertion du projet de construction dans l'environnement. Il ressort des pièces du dossier que la société Lurin Invescto a joint au dossier demande de permis de construire déposé le 5 octobre 2021 une pièce numérotée 06-01 constituée d'une planche dédiée à l'insertion du projet dans son environnement. S'il est vrai que cette planche composée de deux photographies faisait seulement apparaître l'entrée du terrain d'assiette depuis la voie publique, avant et après construction, il ressort également des pièces du dossier que la pièce complémentaire numérotée 06-02, déposée par la société pétitionnaire le 12 novembre 2021 à la demande de l'administration, faisait clairement apparaître les constructions existantes, dont celle du requérant, ainsi qu'une projection de la construction future au sein de ce bâti environnant. Outre ces éléments graphiques, le dossier de dossier de permis de construire comportait une notice architecturale décrivant le terrain d'assiette, les constructions projetées ainsi que leur implantation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité administrative n'aurait pas été en mesure d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Par suite, cette première branche du moyen doit être écartée.

5. D'autre part, si M. B soutient que les pièces jointes au dossier de demande de permis de construire ne comportaient pas de photographie du terrain avant construction, la production d'un tel document n'étant pas exigée par les dispositions précitées de l'article 134-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy, cette seconde branche du moyen doit nécessairement être écartée comme inopérante.

6. En deuxième lieu, si le requérant doit être regardé comme soutenant que la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission d'urbanisme, qui s'est réunie le 27 octobre 2021, a rendu son avis sur le projet au regard d'un dossier incomplet dès lors que la pièce complémentaire 06-02 ne figurait alors pas au dossier de demande de permis de construire, la consultation d'une telle commission n'étant exigée par aucune disposition, ce moyen doit nécessairement être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 112-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement et ne respecte pas les préoccupations d'environnement définies aux articles 111-1 et 111-1 bis du code de l'environnement de Saint-Barthélemy. ". Aux termes de l'article 111-1 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy, applicable à la date de la délibération attaquée : " La protection des espaces, des ressources et des milieux naturels, des sites et des paysages, de la qualité de l'air, des espèces animales et végétales, de la diversité et des équilibres biologiques de la collectivité de Saint-Barthélemy est assurée dans le cadre de la Charte de l'environnement de 2004 mentionnée au premier alinéa du Préambule de la Constitution. () ".

8. Aux termes de l'article 911-1 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy, en vigueur au jour de la délibération attaquée : " I. Lorsqu'un intérêt scientifique particulier ou que les nécessités de la préservation du patrimoine biologique justifient la conservation d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées, sont interdits : / () 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces () ". Aux termes de l'article 911-2 du même code : " Sont annexées au présent code : / 1° La liste limitative des espèces () végétales non cultivées ainsi protégées ; / () ". Enfin, aux termes de l'article 911-5 de ce code : " I. / a. Les espèces végétales soumises au niveau de protection dit de niveau 1 sont celles dont la destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces () et la destruction de leur milieu particulier est interdite en tout temps et en tous lieux sur le territoire de l'île de Saint-Barthélemy. ()/ b. Les espèces végétales soumises au niveau de protection dit de niveau 2 sont celles dont la destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces () est interdite en tout temps et en tous lieux sur le territoire de l'île de Saint-Barthélemy. / c. Les espèces végétales soumises au niveau de protection dit de niveau 3 sont celles dont la destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces () est interdite en tout temps et en tous lieux sur le territoire de l'île de Saint-Barthélemy, sauf en cas de mesures compensatoires. Les mesures compensatoires sont détaillées pour chaque espèce. ".

9. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetées aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'avis défavorable émis par l'Agence territoriale de l'environnement de Saint-Barthélemy le 3 août 2021, que le terrain d'assiette du projet litigieux comporte six espèces végétales protégées, à savoir 48 collubrina elliptica, 12 canella winterana, 44 maytenys laevigata, 70 coccothinrax barbadensis, 17 eugenia axillaris ainsi que 63 guaiacum officinale. Il résulte également de l'annexe à l'article 911-2 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy que ces espèces font l'objet, pour les deux premières, d'une protection dite de niveau 1, pour la troisième, d'une protection de niveau 2 et pour les trois dernières, d'une protection de niveau 3. De plus, il ressort des pièces du dossier que l'implantation des constructions projetées, bien que limitant la destruction de ces espèces végétales protégées, entraînera nécessairement pour partie leur destruction. Si en défense, la société pétitionnaire soutient que les engagements tenant à la compensation de la destruction de ces végétaux, qu'elle a mentionnés dans le dossier de permis de construire, s'ajoutent à la protection résultant de la prescription litigieuse, il résulte des dispositions précitées de l'article 911-5 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy que la destruction des espèces végétales faisant l'objet des niveaux de protection 1 et 2 est strictement interdite, sans qu'aucune mesure de compensation ne soit possible. Dans ces conditions, en assortissant uniquement le permis de construire litigieux d'une prescription tirée de ce que " le pétitionnaire devra obligatoirement limiter la destruction supplémentaire d'espèces protégées ", sans que soient identifiés précisément les végétaux protégés pouvant être détruits ou pouvant faire l'objet de mesures compensatoires et au contraire, ceux devant être conservés, le conseil exécutif de la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy a entaché la délibération attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article 112-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 911-4 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy, applicable à la date de la délibération attaquée : " Des dérogations peuvent être accordées aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° du I de l'article 911-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle pour les motifs suivants : / () b) Pour () concilier les exigences de protection avec le caractère constructible d'un terrain en application du code de l'urbanisme ; / () ".

12. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées des articles 911-1 et 911-4 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy que si la destruction, la coupe, l'arrachage et l'enlèvement des espèces végétales protégées est en principe interdite, une dérogation à cette interdiction peut être accordée, dans le but notamment de concilier les exigences de protection environnementale avec le caractère constructible d'un terrain, à condition toutefois qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des espèces protégées dans leur aire de répartition naturelle.

13. Par ailleurs, aux termes de l'article 133-28 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy : " Sauf disposition contraire du présent code, lorsque des travaux soumis à permis ou à déclaration préalable sont subordonnés à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévues par une autre législation que la première partie (urbanisme) du présent code le permis ou la décision de non opposition à la déclaration préalable tient lieu d'autorisation au titre de ladite législation, dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord préalable de l'autorité compétente. Les plans et documents nécessaires à l'instruction de l'autorisation sont joints à la demande de permis ou à la déclaration. ".

14. Compte tenu de ce qui a été dit au point 10, les espèces végétales protégées présentes sur le terrain d'assiette du projet litigieux ne peuvent en principe être détruites, coupées, arrachées ou enlevées. Si cette interdiction peut, en vertu de l'article 911-4 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy, faire l'objet d'une dérogation accordée par l'administration, il est constant qu'en l'espèce, une telle dérogation n'a pas été accordée à la société pétitionnaire. Si la société Lurin Investco fait valoir que le permis litigieux tient lieu de dérogation environnementale en vertu de l'article 133-28 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy, lesdites dispositions s'appliquent uniquement lorsqu'un projet soumis à permis ou à déclaration préalable est subordonné à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévues par une législation autre que celle prévue dans la première partie dudit code. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la destruction d'espèces protégées présentes sur le terrain d'assiette du projet fait l'objet d'une interdiction stricte et que la prescription assortissant le permis de construire litigieux relève des dispositions de l'article 112-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy, lesquelles relèvent de la première partie de ce code. Dès lors, le permis de construire litigieux ne peut être regardé comme tenant lieu de dérogation environnementale telle que prévue à l'article 911-4 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy. Par suite, en l'absence d'une telle dérogation, la délibération attaquée, délivrant un permis de construire impliquant nécessairement la destruction d'espèces végétales protégées, méconnaît les dispositions de l'article 911-1 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy.

15. Il résulte de tout ce qui précède les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 112-7 du code de l'urbanisme, de l'habitation et de la construction de Saint-Barthélemy et de l'article 911-1 du code de l'environnement de Saint-Barthélemy sont fondés.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

16. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

17. S'agissant des vices entachant le bien-fondé du permis de construire, le juge doit se prononcer sur leur caractère régularisable au regard des dispositions en vigueur à la date à laquelle il statue et constater, le cas échéant, qu'au regard de ces dispositions le permis ne présente plus les vices dont il était entaché à la date de son édiction. Lorsqu'il constate que le projet non modifié est conforme à la réglementation applicable à la date de sa décision, le juge peut directement rejeter la requête, sans surseoir à statuer aux seules fins d'obtenir de l'autorité compétente une décision prenant acte de la régularisation intervenue.

18. Selon l'annexe à l'article 31-3 du nouveau code de l'environnement de Saint-Barthélemy, en vigueur depuis le 1er janvier 2022, relative aux espèces végétales protégées : " 1° Modalités de protection / 1° Pour toutes les espèces dans la liste ci-dessous, la destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces () sont interdits. / 2° Cette interdiction ne s'applique pas dans le cas où le terrain fait l'objet d'un défrichement rendu nécessaire par la mise en œuvre d'une autorisation d'urbanisme délivrée dans une zone urbaine délimitée par la carte d'urbanisme. / () ".

19. Il résulte de l'instruction que le terrain d'assiette du projet litigieux se trouve pour partie en zone naturelle et pour partie en zone urbaine. Les constructions projetées se trouvent uniquement dans la partie du terrain d'assiette située en zone urbaine. En application des dispositions précitées, applicables à la date du présent jugement, la destruction des espèces végétales protégées engendrée par le projet ne s'applique pas dès lors que le défrichement de la partie du terrain située en zone urbaine est rendue nécessaire par le permis de construire accordé à la société Lurin Investco. Par suite, les vices relevés aux points 10 et 14 du présent jugement sont régularisés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du conseil exécutif de la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy du 18 novembre 2021 accordant un permis de construire à la société Lurin Investco doivent, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

22. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy et par la société Lurin Investco sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy et par la société Lurin Investco sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélemy et à la société Lurin Investco.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Olivier Guiserix, président,

- M. Antoine Lubrani, conseiller,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

H. BENTOLILALe président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet délégué auprès du représentant de l'Etat dans les collectivités d'outre-mer de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026