jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de St Barthélemy |
| Section | Tribunal Administratif de St Barthélemy |
| N° Dossier | TA109-2300027 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | KATAM Avocats |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er août 2023 la Selas Care St Barth, représentée par Me Armand, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la mise en demeure, non datée, émise par la trésorerie de Saint-Barthélémy à la demande de Madame A, directrice du Centre Hospitalier de Bruyn ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 9 000 euros qui lui est demandée ;
3°) de mettre à la charge du Centre Hospitalier de St-Barthélémy (CHB) la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mise en demeure valant commandement de payer ne précise pas les bases de liquidation de la créance poursuivie, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- la créance n'est pas fondée dès lors qu'elle n'a pas manqué à ses obligations contractuelles contrairement à l'établissement hospitalier et par conséquent, la résiliation, qui est intervenue sans préavis est illégale.
Par un mémoire, enregistré le 5 mars 2024, le CHB, représenté par le Cabinet Katam avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions relatives à l'annulation de la mise en demeure valant commandement de payer sont irrecevables car soumises à une juridiction incompétente pour en connaitre ;
- les conclusions relatives à la dénonciation du contrat sont irrecevables de par leur tardivité et leur objet ;
- les conclusions relatives à la décharge de la somme demandée sont irrecevables car tardives.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ceccarelli, première conseillère,
- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 juillet 2019, la SELAS CARE ST BARTH et le CHB ont conclu un contrat de prestation de services ayant pour objet la mise à disposition de médecins pour le centre hospitalier, et plus précisément l'EHPAD Louis Vialenc situé à Saint Barthélémy, moyennant le paiement mensuel de la société à hauteur de 3 000 euros. Le médecin coordonnateur mis à disposition par la société requérante a indiqué ne plus pouvoir assurer ses missions à partir du 17 mars 2020. A compter de cette date, aucun médecin n'a été mis à disposition du CHB. Estimant que son co-contractant n'assurait pas ses prestations contractuelles, le CHB a résilié le contrat par un courrier en date du 8 juin 2020 et a émis, le 17 juin 2020, un titre exécutoire ayant pour objet le reversement de la somme de 9 000 euros correspondant aux prestations non honorées depuis mars 2020. Une mise en demeure, non datée mais faisant référence au titre exécutoire du 17 juin 2020 et a une créance arrêtée le 30 janvier 2023, a été adressée au requérant par le CHB. Le 24 avril 2023, le requérant a, à son tour, adressé au CHB une mise en demeure de retirer son titre exécutoire. En l'absence de réponse, la société SELAS CARE ST BARTH doit être regardée comme sollicitant du tribunal l'annulation la mise en demeure, non datée, émise par la trésorerie de Saint-Barthélémy.
Sur les fins de non-recevoir :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances relève de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond. En outre, une mise en demeure du comptable public valant commandement de payer constitue, au sens des dispositions précitées, un acte de poursuite dont la contestation relève du contentieux du recouvrement. Par suite, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des conclusions de la SELAS CARE ST BARTH dirigées contre la mise en demeure de payer, non datée, faisant référence à une créance de 9 000 euros arrêtée le 30 janvier 2023, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives à la décharge de l'obligation de payer la somme réclamée. Dès lors, la fin de non-recevoir doit être accueillie.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Selon l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, le titre exécutoire doit comporter une date de limite de paiement et lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public lui adresse la mise en demeure de payer prévue à l'article L. 257 du livre des procédures fiscales avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais.
5. Il résulte de ces dispositions que le destinataire d'un ordre de versement est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet acte, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive. En outre, le non-respect de l'obligation d'informer le débiteur sur les voies et les délais de recours, prévue par la première de ces dispositions, ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion, prévu par la seconde, lui soit opposable. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision attaquée fait référence à un titre exécutoire émis le 17 juin 2020, qui n'a pas été produit, et que par mail du 2 février 2023 la société requérante a reconnu auprès du CHB avoir reçu notification d'un commandement de payer le 18 juin 2020. Si le CHB fait valoir qu'une mise en demeure valant commandement de payer a également été notifiée à la société le 18 juin 2020, soit dès le lendemain de l'émission du titre exécutoire, cette allégation qui semble difficilement soutenable n'est corroborée par aucun élément au dossier et doit être écartée. Ainsi, étant donné que la mise en demeure transmise ne saurait être vue comme une décision confirmative d'un premier acte de poursuite émis le 17 juin 2020 et que les lettres de relances ne sont pas des actes faisant grief, il y a lieu de considérer que le premier acte de recouvrement est constitué par la mise en demeure versée au dossier. Si ce document fait référence à des créances arrêtées au 30 janvier 2023, il n'est pas daté, il ne mentionne aucune voie et délai de recours et aucun des documents produits ne permet de déterminer à quelle date il a été reçu par la société. Dès lors, aucun délai raisonnable de recours ne saurait être opposé à la requérante. En tout état de cause, quand bien même le titre exécutoire serait définitif, la société demeure recevable à contester le bien-fondé de la créance. Dès lors, la fin de non-recevoir relative à la contestation du bien -fondé doit être écartée.
Sur le bien-fondé de la créance :
7. La société conteste le bien-fondé de la créance en litige en soutenant qu'elle ne peut avoir pour origine une méconnaissance de ses obligations contractuelles dès lors que la non-exécution de ses prestations résulte uniquement de la décision de la directrice de l'établissement de mettre fin à l'intégralité des visites des personnes extérieures à l'établissement à compter du 14 mars 2020, conformément aux mesures gouvernementales prises dans le cadre de la crise sanitaire liée au covid-19, et de ne pas assurer le maintien des consultations via le recours au télétravail. En ce qui concerne le télétravail, si le CHB affirme que la société n'établit pas le refus par la directrice de recourir au télétravail, il résulte de ses écritures que " les permanences prévues par le contrat ne pouvaient manifestement plus être assurées du fait des instructions gouvernementales car l'essentiel des missions prévues par le contrat ne sont pas réalisables à distance ". Dès lors, l'absence de recours au télétravail ne saurait être imputé à la société requérante. Quant au déplacement du médecin au sein de l'établissement, si le CHB reconnaît qu'à partir du 14 mars 2020 les permanences prévues par le contrat ne pouvaient manifestement plus être assurées du fait des instructions gouvernementales, il démontre que ces consignes ont été assouplies le 20 avril 2020 afin de permettre au directeur d'autoriser le " retour très encadré des intervenants libéraux et des professionnels strictement indispensables à la préservation de l'autonomie des résident ", puis qu'à compter du 11 mai 2020, ce dernier pouvait autoriser davantage de visites médicales et paramédicales. En revanche, les allégations de la société selon lesquelles elle s'est vu refuser l'accès à l'établissement durant l'ensemble de la période de crise sanitaire par la cadre de service ne sont corroborées par aucun élément au dossier. Il résulte également de l'instruction que la requérante n'a pas été en mesure de mettre à disposition du CHB un médecin coordonnateur entre le 17 mars 2020 et la dénonciation du contrat dès lors que le titulaire du poste a indiqué ne plus pouvoir assurer ses missions à compter du 17 mars 2020 en raison de son état de santé, que le dirigeant de la société qui devait reprendre ses missions à compter du 10 avril 2020 n'a pas pu les assurer également pour raison de santé, que le candidat qui a alors été envisagé a refusé le poste au motif qu'il ne pouvait se rendre à Saint-Barthélemy et qu'après le mois d'avril 2020 aucun autre médecin n'a été proposé au CHB. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la crise sanitaire a justifié le non-respect du contrat de prestation de services, mais que la société Selas Care St Barth n'a pas été en mesure de proposer un médecin à l'établissement de santé, ce dernier était en droit de prononcer la résiliation du contrat aux torts exclusifs de son co-contractant. Si la requérante se prévaut du non-respect du délai de préavis d'un mois prévu par le contrat avant la résiliation, cette circonstance est toutefois sans incidence sur le bien-fondé de la créance. Par suite, les conclusions contestant le bien-fondé de la créance dont le recouvrement est poursuivi ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la SELAS CARE ST BARTH au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge du CHB qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SELAS CARE ST BARTH la somme demandée par le CHB au même titre
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SELAS CARE ST BARTH est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le Centre Hospitalier de St-Barthélémy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SELAS CARE ST BARTH et au Centre Hospitalier de St-Barthélémy
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Laurent Santoni, président
Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,
Mme Kenza Bakhta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CECCARELLI
Le président,
Signé
J-L. SANTONI
La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au ministre de la Santé et de l'Accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
L'adjointe de la greffière en chef,
Signé
A. Cétol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026