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AccueilJurisprudence administrativeN° TA109-2400041

Tribunal Administratif de St Barthélemy — Décision N° TA109-2400041

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de St Barthélemy
SectionTribunal Administratif de St Barthélemy
N° DossierTA109-2400041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOUGHANMI RAFIA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024 sous le n° 2400041, Mme B A, représentée par Me Boughanmi, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des effets de l'arrêté du 19 juillet 2024 portant mise en sécurité selon la procédure d'urgence en raison d'un danger manifeste de l'immeuble implanté sur la parcelle cadastrée AV 109 pris par le président du conseil territorial de Saint-Barthélemy ;

2°) de mettre à la charge de la collectivité de Saint-Barthélemy une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le délai de huit jours qui lui est imparti pour réaliser les travaux est extrêmement court, et que la somme mise à sa charge pour réaliser ses travaux, évalué à 200 000 euros par l'autorité administrative, lui cause un préjudice financier important ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté, dès lors que :

- son auteur ne pouvait légalement faire usage des pouvoirs qu'il tire de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation, les désordres affectant l'immeuble ne provenant pas à titre prépondérant de causes lui étant propres ;

- le mur de soutènement effondré constitue un accessoire de la voirie routière, ce dont il résulte que sa réfection ne peut incomber à la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2024, la collectivité de Saint-Barthélemy, représentée par la selas Cloix Mendès-Gil agissant par Me Destarac, conclut au rejet de la requête et à ce que la requérante lui verse la somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; tout d'abord, il n'existe pas de présomption d'urgence en matière d'arrêtés de mise en sécurité, même pris sur le fondement de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation ; par ailleurs, Mme A ne justifie pas de sa situation financière et de son impossibilité alléguée de faire face au coût des travaux alors, au demeurant, qu'elle avait initialement assuré à la collectivité disposer des fonds nécessaires à la réalisation des travaux ; enfin, l'intérêt général justifie le maintien des effets de l'arrêté attaqué ;

- le moyen invoqué par la requérante n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte, dès lors que, d'une part, le danger grave et imminent affectant l'immeuble provient à titre prépondérant de causes qui lui sont propres, ainsi qu'en témoignent notamment le rapport du 19 juillet 2024 des services techniques de la collectivité et le courrier du 5 septembre 2024 de la société ARC Saint-Barth et, d'autre part, que le mur de soutènement effondré ne constitue pas un accessoire de la voirie routière et n'est en toute hypothèse pas l'objet principal de l'arrêté de mise en sécurité.

II.

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024 sous le n° 2400046, Mme B A, représentée par Me Boughanmi, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des effets de l'arrêté du 9 septembre 2024 portant mise en sécurité selon la procédure d'urgence en raison d'un danger manifeste de l'immeuble implanté sur la parcelle cadastrée AV 109 pris par le président du conseil territorial de Saint-Barthélemy ;

2°) de mettre à la charge de la collectivité de Saint-Barthélemy une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le délai de cinq jours qui lui est imparti pour réaliser les travaux est extrêmement court, et que la somme mise à sa charge pour réaliser ses travaux, évalué à 400 000 euros par l'autorité administrative, lui cause un préjudice financier important ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté, dès lors que :

- son auteur ne pouvait légalement faire usage des pouvoirs qu'il tire de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation, les désordres affectant l'immeuble ne provenant pas à titre prépondérant de causes lui étant propres ;

- le mur de soutènement effondré constitue un accessoire de la voirie routière, ce dont il résulte que sa réfection ne peut incomber à la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, la collectivité de Saint-Barthélemy, représentée par la selas Cloix Mendès-Gil agissant par Me Destarac, conclut au rejet de la requête et à ce que la requérante lui verse la somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; tout d'abord, il n'existe pas de présomption d'urgence en matière d'arrêtés de mise en sécurité, même pris sur le fondement de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation ; par ailleurs, Mme A ne justifie pas de sa situation financière et de son impossibilité alléguée de faire face au coût des travaux, alors qu'elle avait initialement assuré à la collectivité disposer des fonds nécessaires et que l'augmentation des coûts probables de réalisation des travaux prescrits par rapport au premier arrêté de mise en sécurité est imputable à sa propre carence ; enfin, l'intérêt général justifie le maintien des effets de l'arrêté attaqué ;

- le moyen invoqué par la requérante n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte, dès lors que, d'une part, le danger grave et imminent affectant l'immeuble provient à titre prépondérant de causes qui lui sont propres, ainsi qu'en témoignent notamment le rapport du 19 juillet 2024 des services techniques de la collectivité et le courrier du 5 septembre 2024 de la société ARC Saint-Barth et, d'autre part, que le mur de soutènement effondré ne constitue pas un accessoire de la voirie routière et n'est en toute hypothèse pas l'objet principal de l'arrêté de mise en sécurité.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- les requêtes enregistrées les 2 septembre 2024 sous le numéro 2400040 et 12 septembre 2024 sous le numéro 2400045 par lesquelles Mme A demande l'annulation des arrêtés attaqués.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lubrani pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 septembre 2024 en présence de Mme Ismaël, greffière d'audience :

- le rapport de M. Lubrani, juge des référés ;

- les observations de Me Boughanmi, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens. Elle indique à l'audience déposer de nouvelles pièces dans l'instance, soit la copie d'un bail de location meublée de l'immeuble objet de la procédure de sécurisation, les devis annexés à l'arrêté du 9 septembre 2024, une réponse ministérielle relative à la notion de mur de soutènement, des articles de presse, une photo et un courrier du président de la collectivité de Saint-Barthélemy du 21 août 2024 et insiste, au fond, au titre de l'urgence, sur la circonstance que les loyers perçus par Mme A constituent son unique source de revenus et qu'elle est dans l'impossibilité de produire la preuve négative de son impécuniosité, et, au titre du doute sérieux, d'une part, qu'il convient de distinguer le mur de soutènement, seul en cause en l'espèce et dont la prise en charge incombe à la collectivité, des fondations de la construction et, d'autre part, que le danger résulte à titre prépondérant de la pluie et non d'une cause propre de l'immeuble ;

- les observations de Me Destarac, représentant la collectivité de Saint-Barthélemy, qui, après avoir pris connaissance des pièces déposées par la partie adverse, conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens, en revenant sur l'absence d'urgence, compte tenu de l'absence de justifications de Mme A sur sa situation pécuniaire et de l'impératif de sécurité publique tendant à la réalisation des travaux, et en insistant sur l'absence de tout moyen sérieux, qu'il s'agisse des développements relatifs au mur du soutènement ou à la cause du danger.

A l'issue de l'audience, le juge des référés a avisé les parties de la possibilité qu'il avait de différer la clôture de l'instruction aux fins de permettre à la collectivité de Saint-Barthélemy, dans le respect du contradictoire, de prendre connaissance des pièces déposées par Mme A pendant l'audience et d'y répliquer utilement.

Après avoir entendu la collectivité de Saint-Barthélemy, qui a déclaré ne pas souhaiter différer plus outre la clôture de l'instruction, en demandant à ce que les pièces soient toutefois versées sur Télérecours pour lui permettre de disposer d'une copie numérisée, pour information, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est propriétaire d'un immeuble situé à Saint-Barthélemy, sur une parcelle cadastrée AV 109. A la suite de l'effondrement d'une partie de l'immeuble dans la journée du 19 juillet 2024, le président du conseil territorial de Saint-Barthélemy, par un arrêté du même jour de mise en sécurité pris sur le fondement de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation, a ordonné à Mme A de prendre, dans un délai de huit jours, toutes les mesures indispensables pour faire cesser le danger, en procédant à la sécurisation des fondations de la maison et du talus en contrebas, et a évalué le coût de ces travaux à la somme de 200 000 euros. Par la requête n° 2400041, Mme A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté.

2. Par un arrêté du 9 septembre 2024, le président du conseil territorial de Saint-Barthélemy a ordonné à Mme A, toujours sur le fondement de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation, de réaliser les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité publique en procédant dans un délai de cinq jours à la réalisation des travaux de reprise en sous-œuvre de la terrasse de l'immeuble sinistré, et de réaliser, une fois ces travaux terminés, les travaux de fondation de la construction et les travaux de remblaiement à l'arrière de la paroi. Le coût de ces travaux était évalué, ainsi qu'il ressort de l'article 3 de l'arrêté litigieux, à la somme de 400 000 euros. Par la requête n° 2400046, Mme A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. Pour justifier de l'urgence, la requérante se prévaut, dans les deux instances, du court délai mis à sa charge pour réaliser les travaux de mise en sécurité - respectivement huit et cinq jours - ainsi que du coût important desdits travaux, évalués par la collectivité de Saint-Barthélemy à la somme de 200 000 euros puis 400 000 euros.

6. Toutefois, en se bornant à soutenir que le montant des travaux " est extrêmement élevé " et que, du fait de sa qualité de retraitée, elle " ne dispose pas de ce(s) montant(s) ", Mme A, qui ne produit aucun élément relatif à sa situation financière, par le biais d'avis d'imposition ou d'attestation bancaire, ne justifie pas de l'existence d'une atteinte suffisamment grave à ses intérêts économiques. La réalité des difficultés économiques de la requérante est d'ailleurs fermement contestée par la collectivité de Saint-Barthélemy qui expose, d'une part, que l'intéressée avait initialement assuré disposer des fonds nécessaires pour effectuer les travaux, et relève sans être contestée, d'autre part, que la construction en état de péril, dont Mme A est propriétaire, était mise en location depuis plusieurs années et accueillait 25 occupants lors de la notification de l'arrêté du 19 juillet 2024, circonstance de nature à remettre en perspective les allégations non étayées de la requérante quant à sa précarité financière. La production par la requérante, à l'audience, d'un contrat de bail de location meublée concernant l'immeuble en cause, conclu entre un bailleur - qui n'est pas Mme A - et une société hôtelière pour trois ans entre le 15 juin 2018 et le 15 juin 2021 pour un loyer mensuel de 26 000 euros ne permet pas plus de regarder la requérante comme établissant l'existence d'un préjudice économique suffisamment grave et immédiat.

7. En outre, il est constant que les travaux prescrits par l'autorité administrative visent à remédier au risque très important que représente l'immeuble de Mme A tant pour les occupants - qui ont été évacués - que pour les usagers de la voie publique situés en contre-bas à la suite de l'effondrement du mur de soutènement de la construction. A ce titre, un courrier du 31 août 2024 adressé par un prestataire à la collectivité de Saint-Barthélemy évoque " les risques significatifs associés à la structure existante sur la parcelle AV 109 " dont " la terrasse est littéralement suspendue dans le vide, sans aucun support structurel substantiel " susceptible d'entraîner " un effondrement catastrophique " que la requérante ne conteste pas. Par suite, un intérêt public important s'attache à la réalisation des travaux de réfection ordonnés par les arrêtés attaqués dans un court délai.

8. Enfin, il résulte de l'instruction que la construction présentait des signes de détérioration avant l'effondrement, auxquels la propriétaire n'a pas remédié. L'urgence invoquée par la requérante est donc en tout état de cause imputable à sa négligence dans l'entretien de son bien, que révèle, au surplus, l'absence de réalisation des travaux de sécurisation prescrits par le premier arrêté du 19 juillet 2024 contesté dans l'instance n° 2400041, ce qui a nécessité l'édiction, par la collectivité, d'un second arrêté du 9 septembre 2024, contesté dans l'instance n° 2400046.

9. Eu égard à l'ensemble des circonstances exposées aux points précédents, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir d'une situation d'urgence pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution des arrêtés des 19 juillet et 9 septembre 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la collectivité de Saint-Barthélemy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en revanche lieu de mettre à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros à verser à la collectivité de Saint-Barthélemy.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Mme A versera la somme de 2 000 (deux mille) euros à la collectivité de Saint-Barthélemy.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la collectivité de Saint-Barthélemy.

Fait à Basse-Terre, le 24 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

A. Lubrani

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. Cétol

2, 2400046

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