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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1902264

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1902264

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1902264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 mars 2019, le 14 juillet 2021, le 27 juillet 2021, le 15 août 2021, le 24 août 2021, le 25 août 2021, le 1er septembre 2021, le 15 septembre 2021 et le 2 mai 2022, Mme E C, Mme F D, Mme B A et M. G A représentés par Me Py, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 17 septembre 2018 par laquelle le conseil municipal d'Enchastrayes a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux du 15 novembre 2018 ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler ladite délibération en tant qu'elle classe leurs parcelles cadastrées section D n°130 et n°140 en zone agricole ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux du 15 novembre 2018 ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'une qualité et d'un intérêt pour agir ;

- la requête a été déposée dans les délais de recours contentieux ;

- la délibération contestée méconnait les dispositions des articles L. 153-16, L. 132-9 et R. 153-6 du code de l'urbanisme en l'absence de consultation des personnes publiques associées ;

- le dossier d'enquête publique est incomplet ;

- les conclusions du commissaire enquêteur sont insuffisamment motivées ;

- le règlement n'est pas cohérent avec les orientations et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) ;

- la délibération contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation du classement en zone agricole des parcelles cadastrées section D n° 230 et D n°240 ;

- les illégalités entachant la délibération litigieuse ne peuvent faire l'objet d'un sursis à statuer.

Par des mémoires enregistrés le 25 février 2021, le 23 août 2021, le 2 septembre 2021 et le 20 septembre 2021, la commune d'Enchastrayes, représentée par la Selarl CDMF-Avocats Affaires Publiques, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge des requérants une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 juin 2022, a été prononcée, en application des articles R. 613-3 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement,

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,

- et les observations de Me Carmier, représentant M. C, Mme D, Mme A et M. A, et de Me Vincent, représentant la commune d'Enchastrayes.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, Mme D et M. et Mme A sont propriétaires de parcelles cadastrées section D n°230 et 240 sur le territoire de la commune d'Enchastrayes. Par délibération du 17 septembre 2018 portant approbation du plan local d'urbanisme (PLU), le conseil municipal a classé ces parcelles en zone agricole. Les requérants ont formé un recours gracieux contre cette délibération, reçu en mairie le 15 novembre 2018. Une décision implicite de rejet est née du silence de l'administration le 16 janvier 2019. Par la présente requête, M. C, Mme D et M. et Mme A demandent au tribunal à titre principal l'annulation de la délibération du 17 septembre 2018, à titre subsidiaire son annulation en tant qu'elle classe leurs parcelles en zone agricole ainsi que l'annulation de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan arrêté est soumis pour avis :1° Aux personnes publiques associées à son élaboration mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 () ". Aux termes de l'article L. 132-9 de ce code : " Pour l'élaboration des plans locaux d'urbanisme sont également associés, dans les mêmes conditions : () 2° L'établissement public chargé de l'élaboration, de la gestion et de l'approbation du schéma de cohérence territoriale lorsque le territoire objet du plan est situé dans le périmètre de ce schéma ;(). ". Et aux termes de l'article L. 153-6 du même code : " Conformément à l'article L. 112-3 du code rural et de la pêche maritime, le plan local d'urbanisme ne peut être approuvé qu'après avis de la chambre d'agriculture, de l'Institut national de l'origine et de la qualité dans les zones d'appellation d'origine contrôlée et, le cas échéant, du Centre national de la propriété forestière lorsqu'il prévoit une réduction des espaces agricoles ou forestiers. Ces avis sont rendus dans un délai de trois mois à compter de la saisine. En l'absence de réponse à l'issue de ce délai, l'avis est réputé favorable ". ".

3. D'une part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que le syndicat mixte du pays de Serre-Ponçon, de l'Ubaye et de la Durance, chargé de l'élaboration du SCOT, n'a émis un avis favorable sur le PLU, approuvé par la délibération contestée, que le 25 juin 2021, à la suite de sa saisine du 2 juin 2021 par le maire de la commune d'Enchastrayes. Dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à la teneur de cet avis, qui ne constituait pas une garantie, l'omission de consulter cet établissement public préalablement à l'adoption du PLU, n'a pas eu d'influence sur le sens de la délibération attaquée.

5. D'autre part, le Centre national de la propriété forestière a été consulté préalablement à l'approbation du PLU, par courrier du maire du 26 juin 2017, dont il a accusé réception le 30 juin 2017, et celui-ci a précisé ne formuler aucune remarque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 153-16, L. 132-9 et L. 153-6 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 123-8 du code de l'environnement dans sa version en vigueur à la date de la délibération attaquée : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. Le dossier comprend au moins : () 5° Le bilan de la procédure de débat public organisée dans les conditions définies aux articles L. 121-8 à L. 121-15, de la concertation préalable définie à l'article L. 121-16 ou de toute autre procédure prévue par les textes en vigueur permettant au public de participer effectivement au processus de décision. Il comprend également l'acte prévu à l'article L. 121-13. (). ". Aux termes de l'article L. 103-6 du code de l'urbanisme : " A l'issue de la concertation, l'autorité mentionnée à l'article L. 103-3 en arrête le bilan. Lorsque le projet fait l'objet d'une enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement, le bilan de la concertation est joint au dossier de l'enquête. ".

7. Il ressort des pages 3 et 4 du rapport de présentation du PLU qu'un point précis a été fait sur la procédure de concertation et sur le bilan qui en a été tiré. Ce rapport de présentation figurant dans la liste tenant à la composition du dossier soumis à l'enquête établi dans le rapport du commissaire enquêteur du 1er août 2018, il en résulte que le public a été informé du bilan de la concertation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier d'enquête publique doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. (). ". En application de ces dispositions, le commissaire enquêteur, qui n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées au cours de l'enquête publique, doit donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens.

9. Il ressort de la lecture de ses conclusions que le commissaire enquêteur, après avoir rappelé tout d'abord l'objet et le déroulement de l'enquête publique et récapitulé ensuite les observations du public et des personnes publiques associées, met en exergue les points qui ont posé des difficultés et émet un avis personnel en indiquant qu'il lui paraissait indispensable que ces observations soient prises en compte. En outre, si le commissaire enquêteur ne précise pas explicitement, en dernière page de son avis favorable, les aspects positifs et les insuffisances que le projet comporte à son sens, il doit être regardé comme ayant repris à son compte la circonstance que la commune a répondu favorablement aux observations de l'Etat et des personnes publiques associées. Ainsi, ses conclusions contiennent un jugement personnel sur la réflexion menée par la commune et sur sa stratégie d'aménagement, tenant également compte des évolutions à venir à court et moyen terme. Par suite, et dans la mesure où la portée et le périmètre du PLU litigieux sont circonscrits à la seule commune d'Enchastrayes, les conclusions du commissaire enquêteur doivent être regardées comme suffisamment motivées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R 123-19 du code de l'environnement doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

10. Aux termes des dispositions de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, (PADD) les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

11. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du PLU entre le règlement et le PADD, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

12. En l'espèce, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le classement des parcelles litigieuses en zone A ne caractérise pas, du seul fait de leur implantation à proximité d'un hameau et de la construction d'une maison individuelle sur une parcelle voisine, une incohérence entre le PADD et le PLU, dès lors qu'elles présentent un aspect naturel et que le PADD vise également par ses orientations et objectifs à limiter l'étalement urbain en veillant à l'interface entre exploitations agricoles et habitation et en préservant l'identité et la silhouette des hameaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de cohérence entre le classement en zone A des parcelles n°230 et n°240 et les orientations du PADD doit être écarté.

13. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

14. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de définir des zones urbaines normalement constructibles et des zones dans lesquelles les constructions peuvent être limitées ou interdites. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.

15. Il ressort des plans cadastraux et des photographies jointes au dossier que les parcelles en litige présentent une large superficie naturelle vierge de près de 4 000 m², recouverte d'un pré à l'état de fauche qui leur confère dans leur ensemble une richesse en terme biologique et agronomique et une vocation agricole, et ce quel que soit les surfaces moyennes des parcelles agricoles indiquées par le rapport de présentation. En outre, si ces dernières jouxtent un groupement de maisons sur l'un de leur côté, sont desservies par une voie et viabilisées, les auteurs du PLU n'étaient pas tenus par ces seules circonstances de considérer qu'elles s'intégraient dans un secteur de continuité urbaine dans la mesure où elles sont entourées sur leurs autres côtés de vastes surfaces naturelles formant une zone où prédominent les espaces agricoles et ruraux qui s'étendent autour du groupe d'habitations. De même, les règlementations phytosanitaires et les surfaces minimales fixées par arrêté préfectoral, qui relèvent de législations distinctes de celles du code de l'urbanisme, ne s'appliquent pas aux auteurs du PLU. Enfin, les circonstances que les parcelles n°230 et 240 étaient antérieurement classées en zone urbaine sous l'empire du plan d'occupation des sols, que leurs propriétaires n'envisagent pas de les exploiter, que l'élevage ovin à proximité ne serait plus en activité et que des parcelles proches soient classées en zone d'urbanisation, sont sans incidence sur la légalité du classement des parcelles litigieuses en zone A. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation du classement des parcelles n°230 et 240 doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la délibération attaquée doit être annulée.

Sur les frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Enchastrayes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. C, Mme D, Mme A et M. A au titre des dispositions précitées. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de ces derniers une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Enchastrayes et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C, Mme D, Mme A et M. A est rejetée.

Article 2 : M. C, Mme D, Mme A et M. A verseront à la commune d'Enchastrayes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A, premier requérant nommé, et à la commune d'Enchastrayes.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

F. LE MESTRIC

Le président,

signé

F. SALVAGE La greffière

signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Alpes de Haute Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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