jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-1902726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CABINET ROSENFELD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés les 27 mars 2019,
25 février 2020, 12 mars 2021 et 26 janvier 2022, M. B E, représenté par Me Martinez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2018 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré à la SCI César-Picasso un permis de construire, ainsi que la décision du 29 janvier 2019 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2021 par lequel le maire de Marseille a délivré un permis de construire modificatif à la SCI César-Picasso, ainsi que la décision du 12 mai 2021 rejetant son recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il dispose d'un intérêt à agir en tant que voisin immédiat du projet ;
- ses conclusions en annulation dirigées contre le permis de construire modificatif délivré le 15 janvier 2021 sont recevables en application de l'article L.600-5-2 du code de l'urbanisme.
S'agissant du permis de construire du 26 octobre 2018 :
- il méconnaît les dispositions de l'article R.423-1 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions des articles R.431-8 et R.431-10 du code de l'urbanisme ;
- la nature et l'importance du projet nécessitait la délivrance d'un permis d'aménager ;
- le permis de construire méconnaît l'article 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au traitement des eaux pluviales ;
- il méconnaît l'article 11 dudit règlement relatif à l'aspect extérieur des constructions ;
- il méconnaît les articles 12.4 et 12.5 du règlement du plan local d'urbanisme relatifs aux places de stationnement pour deux-roues ;
- il méconnaît l'article 13.2.2 du règlement dudit plan relatif aux espaces végétalisés ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le maire aurait dû opposer un sursis à statuer sur la demande du pétitionnaire, en application de l'article L.153-11 du code de l'urbanisme.
S'agissant du permis de construire modificatif du 15 janvier 2021 :
- il méconnaît les dispositions de l'article R.423-1 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions des articles R.431-8 et R.431-10 du code de l'urbanisme ;
- la nature et l'importance du projet nécessitait la délivrance d'un permis d'aménager ;
- le permis de construire méconnaît l'article 13 du règlement du plan local d'urbanisme. intercommunal relatif au traitement des eaux pluviales ;
- il méconnaît l'article 9 du règlement du PLUi relatif à la qualité des constructions ;
- il méconnaît l'article 11 dudit règlement relatif à l'aspect extérieur des constructions ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement de zone dudit plan, relatif à l'emprise au sol des constructions.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 13 décembre 2019, 3 février 2021 et
17 février 2022, la société civile immobilière (SCI) César Picasso, représentée par Me Rosenfeld, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application de l'article L.600-5 du code de l'urbanisme et à titre infiniment subsidiaire de l'article L.600-5-1 du même code et, en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, à titre principal, que :
- le requérant est dépourvu d'intérêt à agir et ne justifie pas du caractère régulier de son occupation en méconnaissance de l'article R.600-4 du code de l'urbanisme ;
- les conclusions en annulation dirigées contre le permis de construire modificatif du
15 janvier 2021 sont tardives et par suite irrecevables.
Elle soutient, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens assortissant les conclusions en annulation dirigées contre le permis de construire du 26 octobre 2018 et le permis de construire modificatif du 15 janvier 2021 n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2020, la commune de Marseille conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L.600-5 du code de l'urbanisme.
Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, M. E ne démontrant pas son intérêt à agir et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête est fondé.
Par ordonnance du 18 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 mars 2022.
Un mémoire présenté pour M. E et enregistré le 4 mars 2022 n'a pas été communiqué, en application de l'article R.611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,
- les observations de Me Martinez pour M. E et celles de Me Cagnol substituant Me Rosenfeld pour la SCI César-Picasso.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 26 octobre 2018, le maire de Marseille a délivré à la SCI César-Picasso un permis de construire portant sur la création d'une maison individuelle par l'extension de
248 m² d'une construction existante de 115 m², sur un terrain situé rue Pablo Picasso dans le
7ème arrondissement. Par un second arrêté du 15 janvier 2021, le maire a délivré à la SCI César-Picasso un permis de construire modificatif. Par sa requête et dans le dernier état de ses écritures, M. E demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant permis de construire modificatif :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.600-5-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance ". Aux termes de de l'article R. 600-2 du même code : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ".
3. Lorsque le juge de l'excès de pouvoir est saisi par un tiers d'un recours contre une décision d'autorisation qui est remplacée, en cours d'instance, soit par une décision de portée identique, soit par une décision qui la modifie sans en altérer l'économie générale, le nouvel acte doit être notifié au tiers requérant, le délai pour le contester ne pouvant commencer à courir pour lui en l'absence d'une telle notification. Toutefois, dans le cas du permis de construire où, pour l'ensemble des tiers à cet acte, le déclenchement du délai de recours est subordonné par l'article
R. 600-2 du code de l'urbanisme à l'accomplissement de formalités particulières, la forclusion ne peut être opposée au tiers requérant en l'absence de respect de ces formalités, alors même que l'acte lui aurait par ailleurs été notifié en application de la règle qui vient d'être rappelée.
4. Le permis de construire modificatif délivré le 15 janvier 2021 à la SCI César-Picasso a été notifié à M. E le 5 février 2021 dans le cadre de la présente instance dirigée contre le permis de construire initial, en application des dispositions précitées de l'article L.600-5-2 du code de l'urbanisme. La SCI César-Picasso produit un procès-verbal d'huissier constatant la régularité de l'affichage de ce permis modificatif sur le terrain d'assiette du 1er février au 2 avril 2021. Dans ces conditions, le délai de recours contentieux courant à l'encontre du permis de construire modificatif, qui n'a pas été prorogé par le recours contentieux distinct et irrecevable formé par le requérant, doit être regardé comme ayant expiré lorsque, par mémoire enregistré le
26 janvier 2022, M. E a demandé au tribunal d'en prononcer l'annulation. Par suite, la SCI César-Picasso est fondée à soutenir que les conclusions en annulation du permis de construire modificatif du 15 janvier 2021 sont tardives et par suite irrecevables.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant permis de construire initial :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire () ". Le dernier alinéa de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dispose : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis. ".
6. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées par l'article R. 423-1 du même code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A C, gérante de la SCI César-Picasso et signataire de la demande de permis de construire, a attesté, dans le cadre de sa demande, avoir qualité pour le faire. La circonstance que la SCI César-Picasso ne justifierait pas de ses liens avec la SCI Les Docks du Canet, propriétaire des parcelles terrain d'assiette du projet, est sans influence sur la régularité d'une telle attestation. Par suite, le moyen tiré de l'absence de qualité de la SCI César-Picasso pour entreprendre les travaux de construction doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant :/ 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
8. D'une part, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. La circonstance qu'une autorisation d'urbanisme soit entachée d'une illégalité externe, notamment d'incompétence, ne fait pas obstacle à une telle régularisation. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
9. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe en partie en espace boisé classé dans le plan local d'urbanisme alors en vigueur. Il ressort des pièces du dossier que le permis prévoit la suppression de deux pins et d'un figuier, qui ont vocation à être remplacés par des plantations équivalentes. Si la requérante soutient qu'aucune des pièces du dossier de demande de permis ne permet de localiser ces trois arbres supprimés, de telle sorte que la commune n'a pas été en mesure de vérifier qu'ils n'étaient pas situés en espace boisé classé, le plan de masse PCMI2 fait cependant bien figurer les trois arbres sur l'emprise de l'extension projetée. Ainsi, le service instructeur a pu s'assurer de la localisation de ces trois arbres en dehors de l'espace boisé classé. Au demeurant, la société pétitionnaire a joint à son dossier de demande de permis de construire modificatif un plan de masse faisant expressément apparaître les arbres supprimés, conservés et plantés. Ce permis de construire modificatif a ainsi régularisé un tel vice, à le supposer même établi. Par suite, le service instructeur a été régulièrement mis en mesure d'apprécier l'état de la végétation et des éléments paysagers existants. Il en résulte que la première branche du moyen tiré de la méconnaissance des articles R.431-8 à R.431-10 du code de l'urbanisme doit être en tout état de cause écarté.
10. D'autre part, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
11. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire présente l'état initial du site ainsi que l'environnement du projet. Elle comporte des plans de situation du projet, des vues satellitaires et cadastrales du lieu d'implantation, ainsi que des photographies permettant de visualiser les abords et alentours du terrain. Par ailleurs, la notice architecturale du projet, figurant dans le dossier de demande, expose le traitement de la construction projetée, ses caractéristiques ainsi que les matériaux et couleurs utilisés. M. E n'est par suite pas fondé à soutenir que le dossier de demande de permis n'a pas mis l'autorité administrative en mesure d'apprécier l'insertion de la construction projetée dans son environnement.
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du caractère incomplet, insuffisant, imprécis, incohérent ou inexact du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis. ". Aux termes de l'article R. 421-19 du même code : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : a) Les lotissements : -qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur () ".
14. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le projet prévoirait la division foncière du terrain en vue de créer un ou plusieurs lots à bâtir. A supposer même que cette division se produise, elle interviendrait postérieurement à la délivrance du permis de construire en litige. Par suite, quand bien même le projet prévoirait la création ou l'aménagement d'une voie commune à la construction projetée et aux constructions déjà existantes sur le terrain d'assiette, ce qui au demeurant ne ressort pas des pièces du dossier, une telle circonstance n'a en tout état de cause aucune incidence sur l'application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de ce que la société pétitionnaire aurait dû solliciter l'attribution d'un permis d'aménager ne peut qu'être écarté.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4.3 du règlement des zones UR du plan local d'urbanisme de la commune de Marseille applicable : " Les eaux pluviales issues des parcelles faisant l'objet d'un projet doivent être convenablement recueillies et gérées sur le terrain dudit projet, tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Toute utilisation du sol ou toute modification de son utilisation fera l'objet de prescriptions de la part des services compétents visant à limiter les quantités d'eau de ruissellement (à titre indicatif, on peut citer : () stockage en toiture terrasse). En particulier, lorsque la parcelle à aménager ne dispose pas d'exécutoire pluvial, ou si celui-ci se trouve saturé au point de rejet ou à son aval, le débit de fuite sera limité entre 5 et 10 l/s maximum. Afin de respecter les débits de fuite ci-dessus, les volumes excédentaires seront stockés sur la parcelle à aménager par un dispositif approprié devant recevoir l'accord préalable des services compétents () ".
16. Contrairement aux affirmations de la SCI César-Picasso, aucune pièce du dossier, ni plan ni notice descriptive, ne permet de s'assurer du traitement des eaux pluviales par le projet en litige dans le cadre du permis de construire attaqué. En outre, l'avis de la SERAMM du
10 octobre 2018 concerne uniquement le réseau distinct d'assainissement. Toutefois, la société pétitionnaire a joint à son dossier de demande de permis de construire modificatif les précisions utiles relatives au traitement des eaux pluviales, précisant notamment dans sa notice descriptive que le volume de rétention sera constitué par les toitures végétalisées d'une surface de 333 m² et que l'évacuation sera assurée par 5 chutes avec un débit de fuite limité à 11 litres par seconde. Cette notice indique en outre que le réseau d'infiltration sera constitué de 200 mètres linéaires de drain perforé d'un diamètre de 120 mm placés dans la zone des espaces végétalisés de la partie inférieure du terrain, sur une surface de 1 000 m² environ. En application du principe rappelé au point 8 du présent jugement, ce permis de construire modificatif a ainsi régularisé le vice tiré de la méconnaissance de l'article 4.3 du plan local d'urbanisme.
17. En cinquième lieu, l'article 11 du règlement des zones UR du PLU, relatif à l'aspect extérieur des constructions, précise, s'agissant des constructions nouvelles, catégorie à laquelle le projet d'extension attaqué doit, en raison de son ampleur, être rattaché, que " les matériaux et les volumes des couvertures contribuent à leur intégration dans l'environnement et à la valorisation de celui-ci. (). Le choix et l'emploi des matériaux doivent concourir à la qualité architecturale de la construction et en doit pas être de nature à compromettre son insertion dans le site (nature, aspect, couleur). Le choix des coloris doit permettre une intégration harmonieuse de la construction dans le site () ". En outre, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
18. Le terrain d'assiette du projet est constitué de cinq parcelles d'une superficie totale de 15 546 m² se situant en partie haute de la colline Périer, dans le quartier du Roucas Blanc. L'environnement dans lequel il s'insère est constitué d'un tissu bâti de villas, pour une partie d'entre elles de style architectural contemporain, entourées de jardins, le projet se situant en limite nord d'un espace boisé classé. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle jouxte la villa du requérant, de style contemporain, qui surplombe le projet, et à proximité immédiate de la station de pressurisation située au sommet de la colline, constituée d'un très grand bâti de forme triangulaire, de hauteur conséquente et sans attrait architectural particulier. Le projet en litige, consistant en la réhabilitation d'un bâti existant et son extension, présente des formes architecturales contemporaines de type californien, avec des volumes d'allure horizontale, surplombé d'un volume vertical évoquant la vigie d'un bateau et censé rappeler les tourelles d'armateur de certaines maisons du quartier. L'architecte des bâtiments de France a, dans ses recommandations, précisé que " la construction s'inscrit dans la pente, avec des volumes permettant une intégration satisfaisante au vu de la localisation en limite de parcelle et au vu des dimensions très généreuses du parc arboré ". Il ressort des photos d'insertion dans l'environnement jointes au dossier que le projet n'est pas visible de loin, situé en contrebas du sommet de la colline, sous la frondaison des pins présents sur le site. Enfin, la circonstance que la construction projetée se situe à proximité d'une ancienne bastide située sur le même terrain d'assiette, et dont l'architecte des bâtiments de France a pu souligner la valeur patrimoniale, n'est pas de nature à regarder le permis de construire délivré par le maire de Marseille comme entaché ni d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme ni, à supposer d'ailleurs le moyen utilement soulevé, d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme.
19. En sixième lieu, l'article 12 du règlement de la zone UR du plan local d'urbanisme de Marseille dispose notamment : " () 12.4. Places de stationnement pour 2 roues motorisées / Il est exigé pour les constructions à destination d'habitat, de bureau, d'artisanat, d'entrepôt ou de commerce, 1 place pour 2 roues motorisées par tranche de 6 places de stationnement " voitures " réalisées. Ces places de stationnement pour 2 roues motorisées devront être réalisés dans le même volume que celui affecté au stationnement des voitures. 12.5. Places de stationnement pour vélos / 12.5.1. Habitat / Il est exigé : - pour les constructions nouvelles, des places de stationnement pour vélos à raison de 1 m² par tranche de 45 m² de surface de plancher. - pour les travaux sur les constructions existantes, s'il est créé plus de 40 m² de surface de plancher ou plus de 1 logement supplémentaire, des places de stationnement pour vélos à raison de 1 m² par tranche de 45 m² de surface de planche. ".
20. En l'espèce, il est constant que le projet doit réaliser, pour respecter les dispositions précitées, quatre places de véhicules et un espace de 8 m² pour les vélos. La notice de présentation du projet mentionne la création d'un abri voitures couvert sous la maison pour deux voitures, d'un garage permettant de recevoir deux autres voitures et deux motos et enfin d'un espace de 8 m² pour les vélos, aménagé de plain-pied avec cet accès auto. Si M. E soutient que n'apparaissent nullement sur le plan de masse les emplacements destinés aux deux-roues motorisés, il n'établit pas qu'une obligation à cet effet pourrait être mise à la charge du pétitionnaire au titre de l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme, le projet ne prévoyant la réalisation que de quatre places de stationnement pour véhicules.
21. En septième lieu, aux termes de l'article 13.2.2 du plan local d'urbanisme : " En secteur UR2 : 40% au moins de la surface du terrain d'assiette de l'opération ou de la construction à édifier, déduction faite des cessions gratuites, sont affectés à des espaces végétalisés dont les 3/4 sont traités en pleine terre, pour notamment y planter des arbres de haute-tige, à raison d'une unité par tranche entamée de 100 m² d'espace de pleine terre. ".
22. M. E soutient que la SCI César-Picasso a procédé au calcul des espaces végétalisés prévu par cet article au regard de l'ensemble des parcelles présentées dans le projet, soit cinq parcelles pour une surface totale de 15 546 m², alors que le calcul aurait dû être fait au regard de la seule parcelle n°56 d'une superficie de 2 516 m². Toutefois, l'unité foncière du projet est composée de l'ensemble des parcelles situées d'un seul tenant et appartenant au même propriétaire, sans que puisse avoir une influence la circonstance que certaines parcelles seraient grevées d'un espace boisé classé ou supporteraient un bâti existant. Par suite, les 40 % d'espaces végétalisés évoqués par les dispositions précitées se calculent bien sur la surface totale de 15 546 m². Au demeurant, le requérant n'établit pas que de telles dispositions seraient méconnues en ne prenant en compte que les seules parcelles d'emprise au sol du projet. Un tel moyen ne peut dès lors qu'être écarté.
23. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". L'article L. 424-1 dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision en litige prévoit que : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. /Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus aux articles L. 102-13, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () ". La faculté ouverte par ces dispositions législatives à l'autorité compétente pour se prononcer sur une déclaration préalable, de surseoir à statuer sur cette demande, est subordonnée à la double condition que l'octroi de l'autorisation soit susceptible de compromettre l'exécution du projet du plan local d'urbanisme où à la rendre plus onéreuse et qu'il ait atteint, à la date à laquelle l'autorité doit statuer, un état d'avancement suffisant.
24. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe, pour partie, en zone UR2 du plan local d'urbanisme alors opposable dans lesquelles les emprises au sol des constructions sont limitées à 30 %, alors que le projet de zonage UP2b du PLUi, arrêté par délibération du conseil métropolitain du 28 juin 2018, prévoit que ces emprises au sol " sont principalement limitées à 20% ". Toutefois, et alors que l'unité foncière du projet est de 15 546 m², comme rappelé au point 22 du jugement, M. E ne précise pas en quoi cette réduction de l'emprise au sol rendrait impossible la réalisation du projet. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le maire de Marseille n'a pas opposé à la demande de permis de construire présentée par la SCI César-Picasso un sursis à statuer.
25. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir dirigées contre le permis de construire du 26 octobre 2018, que les conclusions aux fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
27. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
28. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. E une somme de 1 500 euros à verser à la SCI César-Picasso sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : M. E versera une somme de 1 500 euros à la SCI César-Picasso au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à la SCI César-Picasso et à la commune de Marseille.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Busidan, première conseillère,
M. Peyrot, premier conseiller,
Assistés de M. Alloun, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
Le rapporteur,
signé
P. D
La présidente,
signé
I. Hogedez
Le greffier,
signé
S. Alloun
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026