lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-1904277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ANDREANI-HUMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 mai 2019, 31 juillet, 23 octobre et 27 novembre 2020 la société Get Immo, représentée par Me Susini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° PC 13000118J0291 du 8 mars 2019 par lequel la maire de la commune d'Aix-en-Provence a refusé de délivrer à la société SNC 14 avenue Henri Pontier un permis de construire un ensemble de 4 maisons sur un terrain situé 14 avenue Henri Pontier cadastré section CV n° 41 ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la maire de la commune de délivrer le permis de construire, si besoin en l'assortissant des prescriptions utiles au regard des dispositions de l'article A 424-3 du code de l'urbanisme;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la maire de la commune de réexaminer le dossier de demande de permis de construire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt et qualité pour agir ;
- les conditions de desserte du projet ne méconnaissent pas les dispositions des articles R. 111-5 et R. 111-2 du code de l'urbanisme ni les dispositions de l'article UM 3 du plan local d'urbanisme ;
- le projet ne méconnait pas les dispositions des articles UM 12 relatives à l'intégration des places de stationnement dans le volume de la construction ;
- il ne méconnait pas les dispositions de l'article UM 8 relatives à la distance entre les constructions sur une unité foncière du plan local d'urbanisme relatif ;
- il ne méconnait pas non plus celles de l'article UM 5 relatives aux espaces extérieurs communs ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 6 février et 8 septembre 2020, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance de clôture immédiate du 24 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public ;
- les observations de Me Susini pour la requérante et de Me Tosi pour la commune.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 8 mars 2019, la maire de la commune d'Aix-en-Provence a refusé de délivrer à la SNC 14 avenue Henri Pontier un permis de construire valant division parcellaire pour la réalisation d'un ensemble de 4 maisons en R+2 avec toiture terrasse accessible sur un terrain situé 14 avenue Henri Pontier cadastré section CV n° 41 pour une surface de plancher créée de 678 m². La société Get Immo demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la recevabilité :
2. D'une part, il ressort d'un extrait du Kbis du 3 décembre 2018 que la société pétitionnaire est constituée de deux sociétés, Perimmo et la SARL Get Immo. La requérante justifie ainsi pouvoir venir aux droits de la pétitionnaire. La fin de non-recevoir tirée de son défaut d'intérêt pour agir doit être écartée.
3. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 223-18 du code de commerce, applicables aux sociétés à responsabilité limitée, que dans les rapports avec les tiers le gérant est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société, sous réserve des pouvoirs que la loi attribue expressément aux associés, et qu'il a ainsi, de plein droit, qualité pour agir en justice au nom de cette société. La SARL Get Immo est représentée dans la présente instance par la personne qui a été désignée gérant de l'entreprise aux termes de l'article 16 des statuts. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article UM3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune " accès et voirie " : " 1 - Caractéristiques des accès. Les accès doivent être adaptés aux usages et aux besoins de l'opération, de la construction ou de l'aménagement desservi, notamment en termes d'entrecroisement des véhicules, ainsi qu'au trafic sur la voie de desserte. Les accès ne doivent pas présenter de risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès, notamment au regard de la position et de la configuration des accès, de la présence d'un espace d'attente devant le portail, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. 2- Caractéristiques des voiries 1-Toute construction ou aménagement doit être desservi par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance et à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles qui y sont édifiés, notamment en ce qui concerne les exigences de sécurité routière, de secours et de défense contre l'incendie, de sécurité civile et de collecte des déchets (). Les voies privées existantes non ouvertes à la circulation publique doivent avoir une emprise minimum de 4 mètres ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit que la voie d'accès au terrain d'assiette, sur une servitude existante, est d'une largeur de 5,30 m sur une distance d'environ 34 m et d'une largeur de 4 m sur une distance d'environ 11 m. L'accès au terrain par l'avenue Pontier, qui est réservée sur la voie située du côté de l'entrée aux bus et véhicules d'urgences et accessible à tous sur l'autre voie dans l'autre sens, est facilité par la présence d'un espace de dégagement situé devant deux garages et accessible au public. La linéarité de la voie permet en outre une visibilité qui permet d'éviter à deux véhicules de s'engager en même temps dans la partie la plus étroite et de voir les éventuels piétons. L'entrecroisement des véhicules est ainsi sans risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant cet accès. Le chef du groupement Est des services d'incendie et de secours des Bouches-du-Rhône a, au demeurant, émis un avis favorable au projet le 16 novembre 2018, en recommandant seulement l'installation d'un poteau incendie s'il n'existe pas de prise d'eau à moins de 200 m linéaires de l'entrée des bâtiments. Dans ces conditions, et alors que le projet ne prévoit que l'ajout de quatre habitations de quatre ou cinq pièces et un trafic limité à une dizaine de véhicules, la requérante est fondée à soutenir que les conditions d'accès ne méconnaissent pas les dispositions précitées.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. " Aux termes de l'article R. 111-1 de ce code : " Les dispositions du présent chapitre sont applicables aux constructions, aménagements, installations et travaux faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / Toutefois : / a) Les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à 111-14, R. 111-16 à R. 111-20 et R. 111-22 à R. 111-24-2 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ".
7. La commune d'Aix-en-Provence étant dotée d'un plan local d'urbanisme, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ne peut utilement être invoqué.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article UM5 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux espaces libres et plantations : " 1 - L'ensemble des espaces libres, hors circulation et stationnement, doit représenter 40% du terrain d'assiette et doit être aménagé et végétalisé, hors emprise des bassins de piscine, en pleine terre ou sur une épaisseur minimum de deux mètres de terre végétale en cas de construction en sous-sol tout en conservant un minimum de 20% de surface du terrain d'assiette en pleine terre. () 3 - En l'absence de linéaire de gabarit, pour les constructions ou installations d'une surface de plancher supérieure ou égale à 500 m² à destination d'habitation y compris des constructions existantes, au moins 15% du quota des espaces libres doivent constituer un ou plusieurs espace(s) commun(s) et paysager(s) structurants pour la composition du projet. ". Aux termes du lexique du plan local d'urbanisme, qui définit les espaces communs et paysagers : " Au sein des espaces aménagés et végétalisés le ou les espace(s) commun(s) paysager(s) participe(nt) à la qualité de vie des résidents en étant un lieu partagé, ayant de préférence un positionnement central aménagé d'un seul tenant au sein de l'opération, et défini par un maillage de liaisons piétonnières. Son traitement " paysager " sous-tend l'utilisation d'essences végétales variées ou d'arbres de haute tige. ".
9. L'espace libre autour du bâtiment constitué d'une part des espaces plantés situés autour de la maison existante et d'autre part, au Sud du nouveau bâtiment de deux bosquets et au Nord de ce bâtiment, par une bande de terrain d'une largeur comprise entre 4 et 5 mètres et d'une longueur d'une vingtaine de mètres plantée d'arbustes doit être regardé comme un espace commun paysager et structurant au sens des dispositions de l'article UM5. Il ressort des pièces du dossier qu'il en respecte les exigences, la surface de plancher créée étant de 678 m² et de 220 m² pour la maison existante, les espaces communs paysagers dépassant les 15% d'espaces libres. Il suit de là que la requérante est, en tout état de cause, fondée à soutenir que les dispositions précitées ne pouvaient constituer un motif de refus.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article UM12 du plan local d'urbanisme: " () 4 - 50% des places de stationnement réalisées doivent être intégrées dans le volume d'une construction. () ".
11. Il est constant que le projet doit disposer de 10 places de stationnement minimum, dont 5 doivent être intégrées dans le volume d'une construction. Il ressort des pièces du dossier qu'un garage sera construit pour accueillir la 4ème place de stationnement et que la 5ème place sera attenante à ce garage, sous une pergola construite de bois et d'acier, qui couvre l'espace entre le garage et le bâtiment à usage d'habitation. Au regard de ses caractéristiques, la pergola doit être qualifiée d'élément intégré à la construction et la requérante est fondée à soutenir que le projet respecte les dispositions précitées.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article UM8 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété : " La distance comptée horizontalement entre tout point des constructions sur une même unité foncière doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans être inférieure à 4 mètres. ".
13. Cet article fixe une règle de distance entre deux constructions situées sur un même terrain. Il ressort des pièces du dossier que la pergola située entre le garage et le bâtiment d'habitation s'intègre à ces éléments qui ne forment ainsi qu'une seule construction au sens de l'article UM8. L'arrêté en litige a ainsi retenu à tort que le projet concernait des constructions distinctes.
14. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 8 mars 2019 de la maire de la commune d'Aix-en-Provence doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement annule l'arrêté du 8 mars 2019 refusant à la société SNC 14 avenue Henri Pontier le permis de construire qu'elle avait sollicité. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un motif que l'administration n'aurait pas relevé ou qu'un changement de circonstances de fait ferait obstacle à ce que le projet soit autorisé ni que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté annulé interdisaient la délivrance d'un permis de construire pour d'autres motifs que ceux que le présent jugement censure. Dès lors il y a lieu d'enjoindre à la maire de la commune d'Aix-en-Provence de délivrer à la société requérante le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence le versement d'une somme de 1 500 euros à la SARL Get Immo. Les conclusions présentées par la commune d'Aix-en-Provence sur ce même fondement doivent en revanche être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 8 mars 2019 de la maire de la commune d'Aix-en-Provence est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la maire de la commune d'Aix-en-Provence de délivrer le permis sollicité par la SNC 14 avenue Henri Pontier dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune d'Aix-en-Provence versera à la SARL Get Immo une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Aix-en-Provence en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Get Immo et à la commune d'Aix-en-Provence.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Salvage, président,
- Mme Le Mestric, première conseillère,
- Mme Houvet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
A. ALe président,
Signé
F. SALVAGE
La greffière,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°1904277
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026