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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1905110

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1905110

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1905110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 11 juin 2019, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2019 par lequel le maire de Rognac a délivré à M. C un permis de construire relatif à la régularisation d'un bâtiment à usage de sellerie et à la construction d'un bâtiment pour l'élevage des poneys avec habitation à l'étage, sur un terrain cadastré AK 137 situé chemin de la Tuilière à Rognac.

Il soutient que :

- l'activité du pétitionnaire ne peut être qualifiée d'exploitation agricole professionnelle ;

- la nécessité des constructions pour l'activité agricole n'est pas démontrée ;

- la nécessité d'une présence permanente sur place n'est pas démontrée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2020, la commune de Rognac, représentée par Me Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 650 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés les 10 novembre 2020 et 3 juin 2022, M. A C, représenté par Me Benoit, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 février 2022, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction au 21 février 2022.

Une invitation à présenter des observations a été adressée aux parties le 25 mai 2022 en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, une annulation partielle étant susceptible d'être prononcée sur le motif tiré de la méconnaissance des articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme pour ce qui concerne la construction d'un bâtiment pour l'élevage des poneys avec habitation à l'étage.

Par un acte du 3 juin 2022, M. C a présenté des observations qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public ;

- les observations de Me Gouard-Robert pour la commune et de Me Benoit pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 janvier 2019, le maire de la commune de Rognac a délivré à M. C un permis de construire relatif à la régularisation d'un bâtiment à usage de sellerie et à la construction d'un bâtiment pour l'élevage des poneys avec habitation à l'étage, sur un terrain cadastré AK 137 situé chemin de la Tuilière à Rognac. Par une lettre du 11 mars 2019, le sous-préfet d'Istres a demandé au maire de retirer cet arrêté, ce que ce dernier a refusé par courrier du 5 avril 2019. Le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler le permis de construire du 11 janvier 2019.

2. Aux termes de l'article A1 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme de Rognac : " Occupations et utilisations du sol interdites : Toutes les constructions et installations autres que celles mentionnées dans l'article A2 ". Aux termes de l'article A2 de ce règlement s'appliquant à la zone Ac : " Occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières. Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole agréés au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime () ". Pour vérifier que la construction ou l'installation projetée est nécessaire à cette exploitation, l'autorité administrative compétente doit s'assurer au préalable, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité de l'exploitation agricole ou forestière, au sens de ces dispositions, laquelle est caractérisée par l'exercice effectif d'une activité agricole ou forestière d'une consistance suffisante.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a cessé son activité d'éleveur d'ovins pour devenir, depuis 2013, éleveur de chevaux et d'autres équidés, qui constitue une activité agricole, qu'il a déclarée au répertoire des entreprises et des établissements, et qu'il est affilié à la mutuelle santé agricole. Il produit en outre des factures cohérentes avec la description d'une activité de promenade, de loisirs autour du poney et d'élevage, à savoir une facture de 4 200 euros pour l'acquisition de 6 poneys dressés à la ballade le 8 novembre 2014, une attestation d'acquisition le 23 août 2017 d'une jument, une attestation d'assurance responsabilité civile professionnelle pour établissement équestre le 17 avril 2019, la copie des documents d'identification d'une douzaine de poneys, et des exemples de factures des prestations qu'il propose aux clients. Il produit également une déclaration des haras nationaux du 21 avril 2013 et le registre d'élevage pour les détenteurs d'équidés mis à jour par son exploitation depuis 2013 et qui révèle la présence de plus d'une vingtaine d'équidés sur l'exploitation ainsi que 8 naissances depuis 2013. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient le préfet des Bouches-du-Rhône, tant l'exercice effectif de l'activité agricole de l'intéressé que sa consistance suffisante doivent être regardés comme établis.

4. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que, par un courrier du 16 mars 2019 adressé au sous-préfet d'Istres, M. C a exposé son projet de développement d'une activité de poulinage en complément de celle de promenade et de loisirs équestre, et qu'à cet effet une nette amélioration des installations, notamment d'un point de vue sanitaire, était nécessaire. En ce sens, deux attestations de vétérinaires des 26 mai 2014 et 15 mars 2019 mentionnent qu'à deux reprises un poulain est mort lors de la mise-bas en raison de la déficience de la structure existante et indiquent les caractéristiques d'installations permettant de réaliser l'activité dans les conditions sanitaires requises. Une de ces attestations expose en outre qu'une présence humaine permanente est nécessaire pour la surveillance des animaux en raison de la proximité de l'exploitation avec une route départementale et une autoroute, des risques de vol, et pour les soins lors des mises-bas. Le pétitionnaire établit ainsi que les bâtiments projetés, aussi bien en ce qui concerne l'exploitation que le domicile de l'exploitant, sont nécessaires à cette activité agricole.

5. Il résulte de ce tout ce qui précède que le préfet n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2019.

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Rognac en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et une somme de 1 000 euros à verser au pétitionnaire en vertu des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : Le déféré du préfet des Bouches-du-Rhône est rejeté.

Article 2 : L'Etat versera à la commune de Rognac la somme de 1 000 euros et à M. C la somme de 1 000 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Bouches-du-Rhône, à la commune de Rognac et à M. A C.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Salvage, président,

- Mme Le Mestric première conseillère,

- Mme Houvet conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 202La rapporteure,

signé

A. BLe président,

signé

F. SALVAGE

La greffière,

signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°1905110

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