jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-1906088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GRIMALDI-MOLINA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2019, la société anonyme (SA) Voltalia, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2018 par lequel le ministre de la transition écologique et solidaire a refusé de déroger à la protection stricte des espèces pour un programme de trois permis de construire concernant des projets de parcs solaires photovoltaïques ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté exige, en méconnaissance de l'article L. 411-2 du code de l'environnement, une alternative présentant le moins d'impacts environnementaux, et est ainsi entaché d'une erreur de droit ;
- l'arrêté critiqué résulte d'une erreur de fait, dès lors qu'il est fondé sur des observations formulées à l'appui d'une précédente demande de dérogation ;
- le projet remplit les conditions fixées par l'article L. 411-2 du code de l'environnement pour bénéficier d'une telle dérogation, dès lors qu'il revêt un intérêt public majeur et contribue au développement de la filière, a fait l'objet de recherches de solutions alternatives sérieuses et prévoit des mesures compensatoires permettant un état de conservation favorable des espèces protégées ;
- le motif tiré de la contradiction du projet avec le plan national d'action est erroné ;
- d'autres installations aux caractéristiques similaires ont fait l'objet d'une dérogation alors que la même espèce, l'aigle de Bonelli, était également menacée dans la zone autorisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2022, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 9 juillet 1999 fixant la liste des espèces de vertébrés protégées menacées d'extinction en France et dont l'aire de répartition excède le territoire d'un département ;
- l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bossy-Taleb, substituant Me Grimaldi, pour la SA Voltalia.
Considérant ce qui suit :
1. Maître d'ouvrage d'un projet de construction de trois unités de production photovoltaïque d'une surface cumulée de 53 hectares, situé sur le territoire de la commune de La Barben, la société Voltalia conteste l'arrêté du 26 octobre 2018 par lequel le ministre de la transition écologique et solidaire a refusé sa demande de dérogation aux interdictions d'altération et de destruction d'habitats de l'aigle de Bonelli, espèce animale protégée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 7° Refusent une autorisation () ". Il ressort des termes de l'arrêté en litige d'une part qu'il comporte les considérations de droit qui en constituent le fondement, et d'autre part qu'il précise que la dérogation aux interdictions d'altération et de destruction d'habitats de l'aigle de Bonelli ne peut être acceptée, dès lors que les mesures proposées pour en réduire les effets sont insuffisantes pour s'assurer de l'état de conservation favorable de la population de cette espèce rare, menacée et protégée. Par suite, et alors même que l'arrêté contesté ne détaille pas précisément quelle autre alternative aurait pu être privilégiée, ni la valeur normative du plan national d'action, outil de documentation sur une espèce protégée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 26 octobre 2018 doit être écarté.
3. Pour contester le refus opposé par le ministre de la transition écologique et solidaire sur sa demande de dérogation aux interdictions d'altération et de destruction d'habitats de l'aigle de Bonelli, la société Voltalia soutient que l'arrêté en litige résulte d'une erreur de fait dès lors qu'il se fonde sur des observations formulées par le groupe de travail " espèces " du Conseil régional scientifique du patrimoine naturel les 11 juillet 2014 et 22 avril 2015, à l'appui d'une précédente demande de dérogation. Toutefois, si les observations formulées par le conseil régional scientifique du patrimoine naturel de la Région PACA, qui rend un avis technique destiné à éclairer l'autorité administrative, sont effectivement mentionnées dans l'arrêté, il est constant que ce dernier se fonde essentiellement sur les motifs tirés de ce que la solution retenue par la société ne correspondait pas à l'alternative présentant le moins d'impacts environnementaux et que la dérogation sollicitée pouvait nuire à l'Aigle de Bonelli, espèce animale protégée et très menacée. Si la société Voltalia indique avoir tiré les conséquences de la réunion du 22 avril 2015 en modifiant son projet et en présentant, le 30 avril suivant, une nouvelle demande de dérogation, il n'est pas établi que les formulations présentées par le Conseil scientifique auraient perdu toute consistance et tout intérêt à l'aune de cette nouvelle demande de dérogation. Dans ces conditions, le moyen soulevé doit être écarté.
4. L'article L. 411-1 du code de l'environnement prévoit, lorsque les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation d'espèces animales non domestiques, l'interdiction de " 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; / () / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " I. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : / () 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : () / c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'un projet de travaux, d'aménagement ou de construction d'une personne publique ou privée susceptible d'affecter la conservation d'espèces animales ou végétales protégées et de leur habitat ne peut être autorisé, à titre dérogatoire, que s'il répond, par sa nature et compte tenu des intérêts économiques et sociaux en jeu, à une raison impérative d'intérêt public majeur. En présence d'un tel intérêt, le projet ne peut cependant être autorisé, eu égard aux atteintes portées aux espèces protégées appréciées en tenant compte des mesures de réduction et de compensation prévues, que si, d'une part, il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et, d'autre part, cette dérogation ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle.
6. Pour contester le refus opposé par le ministre de la transition écologique à sa demande, la société Voltalia soutient d'une part qu'il n'existait aucune autre solution satisfaisante d'implantation des parcs photovoltaïques. Il ressort des pièces du dossier que la société Voltalia a envisagé une implantation des parcs sur d'autres sites relevant des territoires d'autres communes à proximité, et a considéré que le site finalement choisi sur le territoire de la commune de La Barben réunissait toutes les conditions nécessaires pour une telle implantation, dès lors en particulier qu'il est traversé par une voie ferrée de train à grande vitesse, par le canal de Marseille, par la voirie départementale, et fait l'objet de survols des avions de chasse basés à Salon de Provence et des avions de tourisme depuis et vers l'aérodrome d'Aix-les-Milles. Toutefois, les autres projets n'ont pas abouti pour des motifs sans lien avec l'état environnemental des sites, à savoir notamment l'absence de soutien des communes concernées, la dimension trop faible du projet ou son insuffisant équilibre économique. En outre, les zones envisagées d'implantation des parcs photovoltaïques sur le territoire de la commune de La Barben sont comprises dans une zone de protection spéciale au titre du périmètre Natura 2000, trois zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique, et font partie du domaine vital de l'aigle de Bonelli, espèce menacée et protégée et faisant à ce titre l'objet d'un plan national d'action, sans que la société Voltalia n'ait étudié des solutions de moindre impact environnemental. Dans ces conditions, et alors que la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement de Provence-Alpes-Côte d'Azur préconise l'implantation de ce type de panneaux sur toiture et non au sol, et à défaut, dans des sites anthropisés dégradés ou pollués, la société Voltalia n'est pas fondée à soutenir que le ministre de la transition écologique aurait méconnu les dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'environnement en refusant la dérogation sollicitée du fait de l'insuffisance des recherches de solutions pertinentes.
7. D'autre part, la société Voltalia soutient que la dérogation à la protection stricte des espèces ne nuirait pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle, et en particulier de l'aigle de Bonelli. A cet égard, elle fait valoir que des inventaires naturalistes et des études ont été menés sur les 23 espèces animales sur lesquelles porte la demande de dérogation, et en particulier un protocole spécifique sur les habitudes de l'aigle de Bonelli, en 2009 et 2014, et que des mesures de suppression, de réduction, d'évitement et de compensation des atteintes seront mises en place corrélativement, consistant notamment en la réduction de la zone d'implantation des panneaux photovoltaïques de 152 à 52 hectares, en l'adaptation des travaux et de leur calendrier aux habitudes des espèces à protéger, ainsi qu'en la mise en place d'un projet d'ouverture et de gestion des garrigues méditerranéennes visant à ouvrir de nouveaux milieux afin de favoriser le maintien des espèces. Toutefois, il ressort en particulier de l'avis du conseil national de la protection de la nature que l'aigle de Bonelli, espèce rare et menacée qui fait l'objet d'un plan national d'action renouvelé, document technique pour la conservation ou le rétablissement des espèces, sur lequel le ministre a pu s'appuyer, vient se nourrir et alimenter les aiglons sur le site envisagé, l'aire de nidification étant seulement située à douze kilomètres. Si l'étude réalisée par le bureau d'étude Eco-Med à la demande de la société Voltalia conclut à l'absence de nuisance au maintien des espèces concernées et de leurs habitats, c'est en particulier au regard de la mesure compensatoire envisagée d'ouverture et de gestion de garrigues méditerranéennes, mesure expérimentale sans que les pièces du dossier n'établissent que les habitudes de l'aigle de Bonelli pourraient être modifiées, en cas de déplacement de ses zones d'habitat et de nourriture, sans nuire à cette espèce. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le ministre de la transition écologique a considéré qu'il n'était pas démontré que le projet en litige ne permettait pas de s'assurer que la dérogation permettait le maintien dans un état de conservation favorable des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle.
8. Si la société Voltalia soutient que le projet envisagé revêt un intérêt public majeur, et qu'un autre projet similaire a fait l'objet d'une dérogation à la protection stricte des espèces, d'une part, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que l'intérêt public majeur du projet aurait été dénié par le ministre de la transition écologique et solidaire, et d'autre part, les éventuelles dérogations accordées à d'autres projets, au demeurant annulée par le juge administratif pour ce qui concerne le projet de Lançon de Provence, sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Voltalia n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Voltalia est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Voltalia et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère.
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
A. A
Le président,
Signé
J-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026