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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1906659

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1906659

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1906659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTOUITOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2019 et le 27 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Dumont-Scognamiglio, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2019 par lequel le maire de la commune d'Ensuès-la-Redonne a délivré à la société GFI un permis de construire deux maisons individuelles accolées entre elles et attenantes à une maison existante sur les parcelles cadastrées Section AD n°259, 260 et 261, sises 408, chemin des Besquens, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la société GFI et de la commune d'Ensuès-la-Redonne la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le recours a été déposé dans les délais contentieux ;

- il justifie d'un intérêt à agir ;

- il justifie avoir notifié ses recours gracieux et contentieux aux parties ;

- la décision contestée méconnait l'article UD 6 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- elle méconnait l'article UD 8 du même règlement ;

- elle méconnait l'article UD 12 du même règlement ;

- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'opposant pas un sursis à statuer à la demande de permis de construire et a ainsi méconnu l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires, enregistrés le 24 aout 2021 et le 16 novembre 2021, la société GFI, représentée par la SCP Bérenger-Blanc-Burtez-Doucède, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire demande au tribunal de faire application de l'article L. 600-5-1 ou L. 600-5 du code de l'urbanisme et, en toutes hypothèses, de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- le requérant ne justifie pas de sa qualité à agir ;

- les modalités de notification exigées par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ne sont pas respectées ;

- les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 4 janvier 2022, la commune d'Ensuès-la-Redonne, représenté par Me Touitou, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas de sa qualité à agir ;

- les autres moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 mars 2022, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,

- et les observations de Me Touitou, représentant la commune d'Ensuès-la- Redonne, et de Me Claveau, représentant la société GFI.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 24 janvier 2019 le maire de la commune d'Ensuès-la-Redonne a délivré un permis de construire deux villas individuelles accolées entre elles et attenantes à une villa existante sur un terrain situé 408, chemin des Besquens, sur le territoire de la commune. M. B a formé un recours gracieux auprès du maire le 18 avril 2019 à l'encontre de cette autorisation, auquel l'administration n'a pas répondu. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation du permis de construire du 24 janvier 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UD 6 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions doivent être implantées au-delà des marges de recul ou des alignements indiqués sur le document graphique. En l'absence de marges de recul, les constructions doivent être implantées à une distance minimale de 4 mètres de l'alignement actuel ou prévu des voies et emprises publiques. Exception : () Pour les constructions nécessaires aux services d'intérêts collectifs en cas de contraintes techniques ou fonctionnelles. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il peut être fait exception aux règles d'alignement et de recul pour les locaux à poubelles dont la vocation d'intérêt général est de permettre le ramassage des ordures ménagères. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le projet de l'article UD 6 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article UD 8 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les bâtiments situés sur un terrain appartenant au même propriétaire doivent être implantés l'un de l'autre à une distance minimale de deux mètres ; en outre, les façades possédant des baies de plus de 1m² ne doivent pas être masqués par aucune partie d'immeuble qui, à l'appui de ces baies, serait vue sous un angle de plus de 45° au-dessus du plan horizontal dans l'axe de la baie. ". Il résulte de ces dispositions que les règles d'implantation des constructions les unes par rapport aux autres ne s'appliquent que lorsque les constructions sont situées à proximité les unes des autres, et non lorsqu'elles sont contiguës.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en la création d'un bâtiment divisé en deux logements accolés par un mur distinct à une construction existante. Cet accolement confère un caractère contigu aux bâtiments existants et futurs. La circonstance que les bâtiments n'aient pas de lien fonctionnel entre eux est sans incidence sur l'application de l'article UD 8. Dans ces conditions, le projet ne méconnait pas les dispositions précitées et doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UD 12 du même règlement : " Le nombre de places de stationnement ne doit pas être inférieur à : habitat : 2 places de stationnement par tranche de 40m² entamée de surface de plancher ou, si le nombre de logement est déterminé dans le projet architectural, 2 places par logement (). Dans le cas d'opération de plus de deux logements, des aires de stationnement visiteurs doivent être aménagées hors des parties privatives avec un minimum d'une place pour deux logements, arrondie quand c'est nécessaire au chiffre supérieur. ".

7. Le projet contesté ne portant que sur la création de deux logements, l'article UD12 qui s'applique aux opérations de plus de deux logements, ne lui est pas applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est inopérant.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. ". Selon l'article L. 153-11 de ce code : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". La faculté ouverte par ces dispositions à l'autorité compétente de surseoir à statuer sur une demande d'autorisation d'urbanisme est subordonnée à la double condition que le projet en litige soit susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme et que ce dernier ait atteint, à la date à laquelle elle statue, un état d'avancement suffisant.

9. Les requérants soutiennent que le permis de construire délivré à la société GFI serait de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) dans la mesure où le projet ne respecte pas les dispositions applicables à la zone UP2b. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'emprise au sol du projet litigieux représente un peu plus de 25% du terrain alors que la limite fixée par le futur PLUi n'est que de 20%, et que les espaces verts prévus couvrent une surface inférieure de 20% aux prescriptions du futur PLUi. Compte tenu de ce qui précède, le maire n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa faculté à opposer un sursis à statuer. En outre, la circonstance que les plans annexés au dossier de demande ne permettent pas de savoir si le projet respecte l'exigence de créer 4m² de surface de plancher affectée au stationnement des vélos ne révèle pas par elle-même la méconnaissance de l'art UP11 du futur PLUi imposant cette prescription. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune d'Ensuès-la-Redonne et la société GFI, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, versent à M. B la somme demandée par eux au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 750 euros à verser à la commune d'Ensuès-la-Redonne et une somme de 750 euros à verser à la société GFI à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune d'Ensuès-la-Redonne et à la société GFI une somme de 750 euros, chacun, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société GFI et à la commune d'Ensuès-la-Redonne.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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