jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-1907380 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MAZEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 13 août 2019, le 15 octobre 2020 et le 3 avril 2022, M. D A B demande au tribunal :
1°) de proposer une médiation entre les parties ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 14 juin 2019, par lequel le maire de Montagnac-Montpezat ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par la société Orange tendant à l'installation d'une antenne-relais de téléphonie mobile d'une hauteur de trente mètres, sur une zone technique comportant une dalle de béton de 18m² et entourée d'une clôture ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Montagnac-Montpezat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative, et les entiers dépens.
Il soutient que :
- il a intérêt à agir ;
- l'arrêté est irrégulier pour ne pas viser l'avis du service instructeur de la DVLA prévu par l'article R. 423-15 du code de l'urbanisme, ni le SCoT de la communauté d'agglomération Durance-Luberon-Verdon Agglomération (DLVA) ;
- l'arrêté est irrégulier en l'absence de la délibération motivée préalable du conseil municipal en méconnaissance des articles L. 111-4-4° et L. 101-2 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté est irrégulier en l'absence de la consultation préalable de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, en méconnaissance de l'article L 111-5 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté est irrégulier en ce qu'il vise à tort l'article L. 145-5 du code de l'urbanisme, inapplicable en l'espèce ;
- l'affichage effectué, constaté par huissier, ne respecte pas les obligations fixées par l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté a été pris sur la base d'un dossier incomplet, en l'absence de l'accord du gestionnaire du domaine public exigé par l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme ;
- l'autorisation est illégale dès lors qu'elle devait faire l'objet d'un permis de construire et non d'une déclaration préalable ;
- le projet contrevient aux objectifs généraux du code de l'urbanisme énumérés par l'article L. 101-2 de ce code ;
- le projet méconnaît les articles R. 111-16 et R. 111-17 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît également l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ;
- il devait être refusé au regard de l'article R. 111-27 du même code ;
- le maire et les services de la préfecture devaient édicter des prescriptions particulières au regard des articles R. 111-26 et R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- la décision devait faire l'objet d'un sursis à statuer au regard du plan local d'urbanisme en cours d'élaboration ;
- le projet ne respecte pas l'article 45-1 du code des postes et télécommunications, ni la circulaire du 16 octobre 2001 ;
- il contrevient aux dispositions de l'article L.414-1 du code de l'environnement et devait faire l'objet de l'évaluation environnementale requise par les articles L. 414-4 et R.122-17 de ce même code ;
- le document graphique versé au dossier de demande ne permet pas d'apprécier l'impact paysager du projet et est donc contraire à l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- l'autorisation accordée méconnaît les prescriptions 2, 4, 10, 13, 16 et 17 du SCot exprimées dans son document d'orientations et d'objectifs.
Par un mémoire, enregistré le 14 février 2022, la commune de Montagnac-Montpezat, représentée par Me C, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable pour tardiveté et pour défaut d'intérêt pour agir du requérant ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par deux mémoires, enregistrés les 10 et 11 mars 2022, la société Orange, représentée par Me Gentilhomme, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le requérant n'a pas d'intérêt à agir, dès lors qu'il n'établit pas l'atteinte aux conditions d'occupation et de jouissance de son bien immobilier ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 juin 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Par une lettre du 5 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que le tribunal serait susceptible de juger que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions conjuguées des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme est fondé, d'estimer que cette illégalité est susceptible d'être régularisée et, en conséquence, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois qu'il fixerait pour cette régularisation.
En réponse à la lettre d'information relative à l'emploi éventuel de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, une lettre, présentée pour la société Orange a été enregistrée le 6 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,
- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,
- et les observations de M. C, représentant la commune de Montagnac-Montpezat, et de Me Guranna, représentant la société Orange.
Une note en délibéré, présentée par Me C pour la commune de Montagnac-Montpezat, a été enregistrée le 9 décembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 14 juin 2019, le maire de Montagnac-Montpezat ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Orange le 8 avril 2019 en vue de la régularisation, après annulation juridictionnelle d'une précédente autorisation d'urbanisme, d'une station relais de téléphonie mobile édifiée depuis 2007 sur un terrain situé au lieu-dit L'Hubac sur le territoire de ladite commune. Par la présente requête, M. A B, dont les conclusions à fin de médiation organisée par le tribunal n'ont pu prospérer, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Alors que les dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ne sont pas applicables aux déclarations préalables, il ressort des pièces du dossier que M. A B, propriétaire d'une maison à usage d'habitation située à une centaine de mètres de l'installation en litige, la voit émerger nettement au-dessus d'une haie de cyprès à partir de son séjour et de sa terrasse. Par suite, alors que les conditions dans lesquelles M. A B peut jouir de son bien sont directement affectées, la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt pour agir opposée en défense ne peut qu'être écartée. Par ailleurs, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la requête a été enregistrée le 13 août 2019 auprès du greffe du tribunal, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit également être écartée.
Sur la légalité de la décision attaquée :
3. En premier lieu, si M. A B soutient que l'arrêté attaqué ne vise pas l'avis du service instructeur de la déclaration préalable, ni le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de la communauté d'agglomération Durance Luberon Verdon Agglomération (DLVA), ces omissions sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il en est de même de la circonstance que l'arrêté viserait à tort l'article L. 145-5 du code de l'urbanisme, qui faisait partie des dispositions du code de l'urbanisme relatives à l'aménagement et à la protection de la montagne, aujourd'hui codifiées à l'article L. 122-1 et suivants du même code.
4. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été irrégulièrement affichée au regard des obligations fixées par l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme est sans incidence sur sa légalité.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. ". Par ailleurs, dans sa rédaction applicable à la date de la décision en litige, l'article R. 431-36 dispose : " Le dossier joint à la déclaration comprend :/ a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ;/ b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ;/ c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ;/ d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne.// Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux b et g de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1.// Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs.// Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10.// Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. "
6. Il ne ressort pas des dispositions précitées de l'article R. 431-36 que la composition du dossier afférent à une déclaration préalable portant sur un projet de construction situé sur le domaine public exigerait l'accord du gestionnaire de ce domaine public prévu par l'article qui est invoqué par M. A B et qui concerne les permis de construire. En outre, le caractère de domanialité publique de la parcelle X 385 n'est pas établi par la seule convention intitulée " convention d'occupation du domaine public " que la société Orange a conclue avec la société anonyme d'économie mixte " Société du canal de Provence et d'aménagement de la région provençale ", l'article X de ladite convention précisant au demeurant qu'elle est soumise aux dispositions du code civil. Dès lors, le moyen tiré de ce que le dossier de déclaration préalable déposé par Orange serait incomplet au regard des dispositions précitées de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme " () les constructions nouvelles suivantes doivent être précédées d'une déclaration préalable ():/()/ j) Les antennes-relais de radiotéléphonie mobile et leurs systèmes d'accroche, quelle que soit leur hauteur, et les locaux ou installations techniques nécessaires à leur fonctionnement dès lors que ces locaux ou installations techniques ont une surface de plancher et une emprise au sol supérieures à 5 m² et inférieures ou égales à 20 m². ". Par ailleurs, l'article L. 111-14 du même code définit la surface de plancher d'une construction au sens de ce code comme " la somme des surfaces de plancher closes et couvertes, sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 m, calculée à partir du nu intérieur des façades du bâtiment. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que les installations faisant l'objet de la décision en litige consistent en une zone technique sur dalle béton de 18m² destinée à recevoir les équipements techniques de trois opérateurs de téléphonie mobile - Orange, SFR et Bytel- et en un pylône type treillis de 30 mètres de haut sur un massif de béton affleurant le sol, l'ensemble étant sécurisé par une clôture périphérique rigide de couleur verte. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les installations créées seraient closes et couvertes sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 m, le moyen tiré de ce que le projet aurait relevé de la procédure relative au permis de construire et non de celle relative à la déclaration préalable doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, " Le projet architectural comprend également :/ ()/ c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ;/() ". Il ne ressort pas des dispositions de l'article R. 431-36, citées au point 5 du présent jugement que le dossier de demande d'une déclaration préalable doive comprendre le document graphique invoqué par M. A B sur le fondement du c) de l'article R. 431-10 précité. En tout état de cause, il ressort des pièces versées par M. A B lui-même, que le dossier de la demande comprenait notamment des photographies permettant au service instructeur d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 doit être écarté.
10. En sixième lieu, alors qu'il est constant que le territoire de la commune de Montagnac-Montpezat n'est pas couvert par un plan local d'urbanisme, un document d'urbanisme en tenant lieu ou une carte communale, l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dispose : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune :/()/ 2° Les constructions et installations nécessaires () à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ;/()/ 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application. ".
11. Les dispositions précitées ont pour objet de conditionner l'implantation de constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs dans des zones agricoles à la possibilité d'exercer des activités agricoles, pastorales ou forestières sur le terrain où elles doivent être implantées et à l'absence d'atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. Pour vérifier si la première de ces exigences est satisfaite, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'apprécier si le projet permet l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière significative sur le terrain d'implantation du projet, au regard des activités qui sont effectivement exercées dans la zone concernée du plan local d'urbanisme ou, le cas échéant, auraient vocation à s'y développer, en tenant compte notamment de la superficie de la parcelle, de l'emprise du projet, de la nature des sols et des usages locaux.
12. S'il est constant que le projet se trouve en dehors des parties urbanisées de la commune de Montagnac-Montpezat, les défenderesses font valoir qu'il relève de l'exception, prévue par les dispositions précitées du 2° de l'article L. 111-4, à l'interdiction de construire dans ces espaces non urbanisés. Il ressort cependant des pièces du dossier que si la parcelle cadastrée X 385 supporte actuellement un local technique, appelé sur les plans de la demande " local technique de la Lyonnaise des Eaux ", d'une superficie avoisinant 45 m², elle s'insère dans un environnement agricole. Alors que sa superficie s'établit à 500 m², rien au dossier ne permet d'affirmer qu'une activité agricole ou pastorale significative ne pourrait pas s'y développer, quand bien même elle n'en connaîtrait pas actuellement. En revanche, alors que le projet en litige prévoit de sécuriser les installations en litige en les entourant d'un grillage de deux mètres de hauteur, il ressort des pièces du dossier que cette clôture ceinturerait la quasi-totalité de la parcelle d'assiette, l'excluant de ce fait de toute activité agricole ou pastorale potentielle. Par suite, s'il concerne des installations nécessaires aux équipements collectifs liés à la téléphonie mobile, le projet est incompatible avec l'exercice d'une activité agricole ou pastorale significative sur son terrain d'implantation, et ne peut, en conséquence relever de l'exception à l'interdiction de construire en dehors des parties urbanisées de la commune visée par le 2° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions conjuguées des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme doit être accueilli.
13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme : " La construction de bâtiments nouveaux mentionnée au 1° de l'article L. 111-4 et les projets de constructions, aménagements, installations et travaux mentionnés aux 2° et 3° du même article ayant pour conséquence une réduction des surfaces situées dans les espaces autres qu'urbanisés et sur lesquelles est exercée une activité agricole ou qui sont à vocation agricole doivent être préalablement soumis pour avis par l'autorité administrative compétente de l'Etat à la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime.// La délibération mentionnée au 4° de l'article L. 111-4 est soumise pour avis conforme à cette même commission départementale. Cet avis est réputé favorable s'il n'est pas intervenu dans un délai d'un mois à compter de la saisine de la commission. ".
14. Comme il vient d'être dit au point 12, les installations en litige ont pour conséquence de réduire des surfaces situées en dehors des espaces urbanisés de la commune et ayant une vocation agricole. Dès lors, le moyen tiré du non-respect de l'article L. 111-5 précité pour absence de consultation de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers doit être accueilli.
15. En huitième lieu, aux termes de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme : " Lorsque le bâtiment est édifié en bordure d'une voie publique, la distance comptée horizontalement de tout point de l'immeuble au point le plus proche de l'alignement opposé doit être au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points. Lorsqu'il existe une obligation de construire au retrait de l'alignement, la limite de ce retrait se substitue à l'alignement. Il en sera de même pour les constructions élevées en bordure des voies privées, la largeur effective de la voie privée étant assimilée à la largeur réglementaire des voies publiques. //Toutefois une implantation de la construction à l'alignement ou dans le prolongement des constructions existantes peut être imposée. ". L'article R. 111-17 du même code dispose : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres. ". Le projet ne consistant pas en la réalisation d'un bâtiment, les moyens tirés de la méconnaissance des articles précités ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
16. En neuvième lieu, aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme, " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. ". En se bornant à relever que " le terrain d'assiette du projet est situé en zone agricole, également classé en zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF), en zone d'importance pour la conservation des oiseaux et comme site d'importance communautaire au titre du réseau Natura 2000, au sein du Parc Naturel Régional du Verdon ", M. A B n'établit pas l'erreur manifeste d'appréciation qu'au regard de l'article R. 111-26 précité le maire aurait commise en ne s'opposant pas à la déclaration préalable déposée par la société Orange. Par voie de conséquence, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait dû être assortie de prescriptions spéciales doit également être écarté.
17. En dixième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
18. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des photographies présentant le paysage avoisinant, y compris celles versées par le requérant, que l'environnement agricole dans lequel se trouve le projet en litige présenterait un intérêt particulier, quand bien même la parcelle d'assiette serait incluse dans une zone de préservation des espaces de découverte du grand paysage recensés par la charte du Parc Naturel Régional du Verdon. Alors que des lignes électriques à très haute tension se trouvent à 350 mètres du projet, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porterait une atteinte excessive au caractère ou à l'intérêt des lieux et paysages avoisinants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 doit être écarté, et par voie de conséquence, celui tiré de ce que les services instructeurs auraient méconnu leur compétence en n'assortissant pas la décision en litige de prescriptions spéciales.
19. En onzième lieu, les moyens tirés de ce que la décision aurait dû faire l'objet d'un sursis à statuer compte tenu de ce qu'un plan local d'urbanisme est en cours d'approbation, de ce que le projet aurait dû faire l'objet d'une évaluation environnementale et méconnaîtrait l'article L. 414-1 du code de l'environnement, et de ce qu'il méconnaîtrait l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ne sont pas assortis des précisions de nature à en apprécier le bien-fondé et la portée.
20. En douzième lieu, compte tenu du principe d'indépendance des législations, la circonstance que le projet ne respecterait pas les dispositions aujourd'hui codifiées à l'article L. 45-9 du code des postes et des communications électroniques, selon lesquelles " L'installation des infrastructures et des équipements doit être réalisée dans le respect de l'environnement et de la qualité esthétique des lieux, et dans les conditions les moins dommageables pour les propriétés privées et le domaine public. ", est sans incidence sur la légalité du projet au regard de la réglementation d'urbanisme.
21. En treizième et dernier lieu, M. A B fait valoir que la décision contestée méconnaîtrait plusieurs prescriptions du document d'orientation et d'objectifs (DOO) du schéma de cohérence territoriale (SCoT) de Durance Luberon Verdon Agglomération. D'une part, en se bornant à citer les prescriptions 10, 16 et 17 de ce document et en soutenant que l'emplacement du pylône contreviendrait aux corridors écologiques et réservoirs de biodiversité que ces prescriptions ont pour objectifs de protéger, M. A B n'établit pas que le projet serait incompatible avec le document invoqué, alors qu'un SCoT se borne à fixer des orientations et des objectifs, sauf dans les cas limitativement prévus par la loi dans lesquels il peut contenir des normes prescriptives. D'autre part, le moyen tiré de ce que le projet méconnaîtrait la prescription 13, relative à la protection des " infrastructures agro-écologiques " n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Enfin, alors que la prescription 4 relative aux cônes de vue s'adresse aux plans locaux d'urbanisme et est par suite sans incidence sur la légalité du projet en litige, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet serait incompatible avec la prescription 2 relative à la préservation des " routes paysages ", alors que la route départementale n°211 passant à proximité de la parcelle d'assiette du projet n'est pas répertoriée par le parc naturel régional du Verdon comme une " route-paysage ", ni n'en constitue une porte d'entrée. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance par la décision en litige de prescriptions du SCoT doivent être écartés.
Sur le sursis à statuer et l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
22. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
23. Les deux vices relevés, d'une part, aux points 10 à 12, d'autre part aux points 13 et 14, apparaissent susceptibles de faire l'objet de mesures permettant la régularisation de la décision en litige, étant précisé, s'agissant du vice tiré de la méconnaissance du 2° de l'article L. 111-4 qu'il est susceptible d'être régularisé par le recours aux dispositions du 4° du même article, sans que M. A B ne puisse, à ce stade et dès à présent, en contester la légalité. Dès lors, il y a lieu de faire application des dispositions précitées et de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois, délai dans lequel il appartient à la pétitionnaire et à l'autorité administrative de régulariser ces vices et d'en justifier devant le tribunal.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête présentée par M. A B aux fins précisées au point 23 du présent jugement.
Article 2 : La commune de Montagnac-Montpezat et la société Orange devront justifier de la régularisation des vices retenus d'une part, aux points 10 à 12, d'autre part aux points 13 et 14 du présent jugement, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Tous moyens et conclusions des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, à la société Orange et à la commune de Montagnac-Montpezat.
Copie pour information en sera adressée au préfet des Alpes de Haute-Provence.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Hogedez présidente,
- Mme Busidan, première conseillère,
- M. Peyrot, premier conseiller,
assistés de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
H. BusidanLa présidente,
signé
I. Hogedez
Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Alpes de Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026