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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1908497

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1908497

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1908497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELAS LLC LA VALETTE DU VAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 et 31 octobre 2019, 26 octobre 2020, 31 mars et 14 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération en date du 3 avril 2019 par laquelle le conseil municipal de La-Fare-en-Champsaur a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) en tant qu'il classe sa parcelle cadastrée A n° 979 située hameau Les Allards, en zone agricole, ensemble la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux en date du 28 mai 2019 ;

2°) d'enjoindre à la commune de La-Fare-en-Champsaur de procéder au reclassement de sa parcelle en zone urbaine, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La-Fare-en-Champsaur la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce que la commune n'a pas justifié que les conseillers municipaux auraient été régulièrement convoqués ;

- la note de synthèse prévue aux dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales n'a pas été adressée aux conseillers municipaux ; à tout le moins, si cette note n'était pas obligatoire, les conseillers municipaux n'ont pas été préalablement informés des documents composant le PLU ;

- l'enquête publique ne comporte pas les conclusions complètes du commissaire enquêteur, en ce qu'elles ne comprennent pas ses conclusions motivées et son avis favorable ou défavorable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ;

- le PLU a été modifié postérieurement à l'enquête publique, et il a été porté atteinte à l'économie générale du projet de PLU, qui aurait dû dès lors faire l'objet d'une nouvelle enquête publique ;

- la délibération méconnaît les dispositions des articles L. 151-4 et L. 151-5 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au classement de sa parcelle, au regard de l'absence de tout potentiel agronomique ;

- le classement en zone A est en contradiction avec le plan d'aménagement et de développement durable, en ce que sa parcelle n'est pas identifiée au titre de la politique de préservation des espaces agricoles et naturels de la commune telle que mentionnée par le PADD, est desservie par des réseaux d'eaux et de téléphonie, par une voie existante ;

- le classement en zone A de sa parcelle est consécutif d'une rupture d'égalité de traitement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 décembre 2019, le 3 novembre 2020 et le 3 juin 2021, la commune de La-Fare-en-Champsaur, représentée par Me Rouanet, conclut, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 octobre 2021, a été fixée, en application des articles R. 613-3 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction au 15 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Salvage, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,

- et les observations de Me Faure-Bonaccorsi, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est propriétaire d'une parcelle cadastrée A n° 979 située dans la commune de La-Fare-en-Champsaur. Par délibération en date du 3 avril 2019, le conseil municipal a adopté son Plan local d'urbanisme (PLU) et a classé sa parcelle cadastrée A n° 979 située hameau Les Allards, en zone agricole. Mme B demande l'annulation de cette délibération dans la limite de ce classement qu'elle conteste.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, au domicile des conseillers municipaux ou, s'ils en font la demande, envoyée à une autre adresse ou transmise de manière dématérialisée ". Aux termes de l'article L. 2121-11 de ce code : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire, sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. Le maire en rend compte dès l'ouverture de la séance au conseil municipal qui se prononce sur l'urgence et peut décider le renvoi de la discussion, pour tout ou partie, à l'ordre du jour d'une séance ultérieure. ".

3. Si Mme B soutient que la convocation des conseillers municipaux à la séance durant laquelle a été approuvée la délibération attaquée n'aurait pas été régulière, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de la convocation en date du 22 mars 2019 mentionnant à l'ordre du jour " approbation du PLU " ainsi que des courriers dématérialisés envoyés à chacun des conseillers, produits par la commune en défense que ces derniers ont été informés de la tenue du conseil municipal dans les conditions prévues aux dispositions précitées. Par ailleurs, aucune disposition législative ou règlementaire ne faisait obstacle à ce que les convocations leurs soient adressées par voie dématérialisée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. ". Selon les dispositions de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

5. D'une part, la commune de La-Fare-en-Champsaur comprenait en 2019 un total de 463 habitants. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de note explicative de synthèse doit être écarté comme inopérant. D'autre part, Mme B n'établit, ni même ne soutient, que des conseillers municipaux, à qui la faculté de consulter l'intégralité du projet de plan avait été précisée dans la convocation, auraient adressé au maire des pièces ou demandes d'information qui n'auraient pas été satisfaites. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doit dès lors être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies () / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet ".

7. Si la règle de motivation résultant des dispositions précitées n'implique pas que le commissaire enquêteur soit tenu de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête, elle l'oblige à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis. En l'espèce, il ressort des conclusions du commissaire enquêteur que celui-ci, après avoir d'ailleurs répondu aux observations de la requérante alors qu'il n'y était pas tenu, a émis un avis, personnel, favorable au projet de révision du PLU, assorti de réserves. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des conclusions du commissaire enquêteur doit être écarté comme manquant en fait.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale ; 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8. "

9. Il résulte de ces dispositions qu'il est loisible à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête, ces deux conditions découlant de la finalité même de la procédure de mise à l'enquête publique.

10. En l'espèce, contrairement à ce que soutient la requérante, l'extension du secteur nord de la zone AUp couverte pas une OAP dont les objectifs en matière de réalisation de logements ont été augmentés et la création d'une nouvelle OAP imposant une densité de 20 logements à l'hectare sur les parcelles, au hameau " Les baraques ", ne remettent en cause ni l'objectif de développement maîtrisé de l'urbanisation ni l'économie générale du PLU.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : /1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; () Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". Aux termes de l'article L. 151-4 du même code : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services () Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. "

12. Le moyen tiré d'une méconnaissance de ces dispositions est dépourvu des précisions compréhenssibles permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites "zones A". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

14. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il ressort des pièces du dossier que le terrain en cause, s'il est environné par quelques constructions et s'insère entre deux espaces urbanisés, s'ouvre au sud-ouest sur un vaste espace agricole dont il est aussi la continuité, nonobstant la circonstance qu'il n'aurait aucun potentiel agricole. La circonstance qu'il soit desservi par les réseaux ne fait en outre pas obstacle par lui-même au classement en zone A. De même, ce classement est conforme à l'un des partis d'aménagement qui est de conserver un ensemble à fort potentiel agricole, caractéristique de la commune qui est rurale et montagnarde, en préservant son potentiel agronomique, biologique et ses terres agricoles. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en classant sa parcelle en zone agricole, la commune aurait entachée sa délibération d'une erreur manifeste d'appréciation. En outre, le classement de cette parcelle n'est pas incohérent, au regard de ses caractéristiques propres et de celles des parcelles environnantes avec l'objectif du PADD tendant à limiter les extensions urbaines aux zones déjà desservies et tendant à densifier l'urbanisation existante.

16. En septième lieu, en se bornant à soutenir que les parcelles au sein du hameau " Les Farelles ", situées à 2, 89 kilomètres de la sienne, n'ont pas été classées en zone A contrairement à la sienne, la requérante n'établit pas que la commune aurait suivi un but étranger à celui des préoccupations urbanistiques.

17. En huitième lieu, l'objet de toute reglementation d'urbanisme est de distinguer les zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que les zones inconstructibles. Dès lors que cette délimitation effectuée dans un PLU ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant la loi.

18. En l'espèce, si la requérante soutient que le classement en zone à urbaniser " U " du hameau " Les Farelles " est constitutif d'une rupture d'égalité dès lors que ce dernier est d'une superficie moindre par rapport à celui de " Les Allards ", qu'il est utilisé à des fins agraires contrairement à sa parcelle qui, au demeurant est plus proche du centre-ville et des zones urbanisées, et s'il est constant que les parcelles n°1307, n°1309, n°1311, n°267 et n°1241 comprises dans le hameau " Les Farelles ", pour partie, sont des terrains agricoles, elle n'est pas fondée à soutenir que d'autres parcelles seraient parfaitement comparables à la sienne, alors qu'elles présentent toutes des caractéristiques différentes, en terme de taille, de localisation et d'aménagement.

19. Il résulte de tout ce qu'il précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. La commune de La-Fare-en-Champsaur n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il y a en revanche lieu de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera la somme de 1 500 euros à la commune de La-Fare-en-Champsaur au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de La-Fare-en-Champsaur.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président-rapporteur,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

F. SALVAGE

La première assesseure,

Signé

F. LE MESTRICLa greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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