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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1910325

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1910325

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1910325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL PLENOT SUARES BLANCO ORLANDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2019, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence demande au tribunal d'annuler la délibération du 4 juin 2019 par laquelle le conseil municipal de Quinson a approuvé le plan local d'urbanisme en tant qu'elle prévoit l'installation d'une centrale photovoltaïque en zone NPv

Il soutient que :

- le projet d'installation d'une centrale photovoltaïque sur le secteur du plateau forestier des gorges de Malassoque méconnait la prescription 64 du SCoT Durance Lubéron Verdon Agglomération dès lors qu'il urbanise un réservoir de biodiversité ;

- il méconnait également l'annexe 25 de la Charte du Parc National du Verdon pour les mêmes motifs.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 novembre 2021 et le 31 août 2022, la commune de Quinson, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 octobre 2022, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,

- et les observations de Me Orlandini, représentant la commune de Quinson.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 4 juin 2019, le conseil municipal de Quinson a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune. L'annexe 25 du PLU prévoit le classement de la partie sud-est du plateau de forestier des gorges de Malassoque en zone NPv en vue de l'installation d'une centrale solaire photovoltaïque ou thermique de grande surface. Par recours gracieux du 14 août 2019, le préfet a demandé au maire de la commune de Quinson le retrait de cette délibération, au motif que le projet n'était pas compatible avec le SCOT Durance Lubéron Verdon Agglomération et la charte du parc naturel du Verdon qui caractérisent ce secteur comme un réservoir de biodiversité. Par courrier du 7 octobre 2019, le maire a informé le préfet de ce qu'il maintenait le projet en cause. Par la présente requête, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence demande au tribunal l'annulation de la délibération du 4 juin 2019 par laquelle le conseil municipal de Quinson a approuvé le PLU en tant qu'elle prévoit la création d'une centrale photovoltaïque.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : 1° les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 104-1 ().". La prescription 64 du document d'orientations et d'objectifs du SCoT Durance Lubéron Verdon Agglomération approuvé le 9 juillet 2018, indique: " Dans le cas d'installation de fermes photovoltaïques, les principes suivants devront être respectés : rechercher prioritaire les sites dégradés, tels que les anciens sites industriels, carrières et décharges, éviter les terrains agricole () ; identifier les secteurs de moindre sensibilité écologique pour le choix définitif du projet ; éviter tout périmètre de protection du patrimoine paysager ( site classé, site inscrit etc) et rechercher la qualité paysagère du futur site, de même que tous les terrains exposés à des risques naturels forts à très forts selon PPR en vigueur ou en friches ; préserver les continuités écologiques des réservoirs de biodiversité identifiés à l'échelle du SCOT et le cas échéant à l'échelle communale, des projets de productions d'énergie renouvelable. A ce titre, conformément aux prescriptions relatives aux réservoirs de biodiversité, l'ensemble des réservoirs de biodiversité doivent être préservés, tels que les réservoirs forestiers notablement ; (). ". La prescription 10 du même SCoT précise que " L'objectif est de protéger les réservoirs de biodiversité identifiés par la carte trame verte et bleue et de garantir le bon état des milieux et des fonctionnalités écologiques qu'ils supportent. Toute urbanisation y est proscrite (). ".

3. Le Préfet des Alpes de Hautes-Provence soutient que la ferme photovoltaïque litigieuse ne peut être implantée sur le secteur du plateau forestier des gorges de Malassoque dès lors qu'il est reconnu comme un site d'intérêt économique majeur et un réservoir de biodiversité. Il ressort de la prescription 64 du SCOT que l'implantation des centrales solaires doit être envisagée de manière prioritaire en continuité des zones anthropicisées et des espaces artificialisés ou en friches. Il ressort également du document d'orientation générale figurant au SCOT et du rapport de présentation du PLU que le plateau de Malassoque est classé en zone de biodiversité et de l'étude d'impact Engie Green que la future centrale solaire conduirait à une perte de richesse faunistique et floristique de ce secteur. Toutefois, le même document d'orientation et d'objectif du SCOT, qui identifie le plateau de Malassoque comme un réservoir de biodiversité, ouvre également une possibilité d'y implanter une centrale photovoltaïque dans une zone délimitée et classée à cette fin en zone " NPV ". Il suit de là que le projet de centrale photovoltaïque en litige n'est pas incompatible avec le SCOT Durance Lubéron Verdon Agglomération.

4. En second lieu, aux termes du principe n°3 de l'annexe 25 de la charte du Parc naturel régional du Verdon : " Certains espaces à usages agricoles et les espaces naturels à enjeux patrimoniaux et paysagers du Parc naturel régional du Verdon n'ont pas vocation à recevoir des équipements du type centrale solaire photovoltaïque ou thermique de grande surface au sol. Par espaces à usages agricoles et espaces naturels à enjeux patrimoniaux et paysagers nous entendons : les terres agricoles exploitables, c'est-à-dire dédiées à une production agricole telles que : les terres arables () ; les cultures permanentes () ; les prairies permanentes fauchées () les terrains présentant un caractère stratégique dont la perte pourrait mettre en péril l'activité agricole d'un ou plusieurs exploitants agricoles (). Les espaces naturels à enjeux patrimoniaux et paysagers () les zones de sensibilités écologiques " (). ".

5. S'il résulte de l'avis rendu par l'institut national de l'origine et de la qualité du 21 décembre 2018 que le projet de parc photovoltaïque porterait atteinte à plus de 50 hectares de surface agricole, il n'en résulte aucune atteinte proscrite par l'annexe 25 dès lors que les terres concernées ne sont pas des terres agricoles au sens des dispositions précitées. En outre, si le plateau de Malassoque est identifié par le SCoT comme un espace particulièrement riche, il n'est pas identifié par l'Atlas des paysages de Haute-Provence comme l'une des 47 unités de paysages présentant une qualité paysagère notable. Par suite, il ressort des pièces du dossier que le projet n'est pas incompatible avec la charte du parc naturel régional du Verdon.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet des Alpes-de-Haute-Provence n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération contestée.

Sur les frais lié au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance engagés par la commune de Quinson en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le déféré du préfet des Alpes-de-Haute-Provence est rejeté.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la commune de Quinson en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Alpes-de-Haute-Provence et à la commune de Quinson.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Alpes de Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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