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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2000235

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2000235

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2000235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS ARNAULT CHAPUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2020, M. A B, représenté par Me Chapuis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2019 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence lui a ordonné de se dessaisir des armes en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou détenir des armes et munitions, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation du permis de chasser en lui faisant obligation de remettre son document de validation, ou, à défaut, en tant seulement qu'il lui a fait une telle obligation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;

- le préfet a méconnu le principe du contradictoire, dès lors qu'il a pris l'arrêté attaqué sans attendre l'expiration du délai de quinze jours qui lui avait été imparti pour formuler ses observations ;

- l'enquête administrative sur laquelle s'est fondé le préfet n'existe pas ;

- la procédure de dessaisissement a été initiée de manière expéditive ;

- cet arrêté est entaché d'erreur d'appréciation ;

- son permis de chasser doit à tout le moins lui être restitué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2020, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la déclaration par un armurier de Manosque de l'acquisition, le 27 août 2019, d'un fusil de marque Beretta par M. B, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence, après consultation du fichier des antécédents judiciaires (TAJ), a sollicité une enquête administrative auprès des services de gendarmerie de Forcalquier. A la suite de la remise du rapport d'enquête le 21 octobre 2019, le préfet a estimé que le comportement de M. B laissait craindre une utilisation des armes détenues dangereuse pour lui-même ou pour autrui et était incompatible avec la détention d'armes. Par un arrêté du 15 novembre 2019, dont le requérant demande l'annulation, le préfet a ordonné à l'intéressé de se dessaisir des armes en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou détenir des armes, l'a inscrit au FINIADA et lui a retiré la validation du permis de chasser en lui faisant obligation de remettre son document de validation.

2. Aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui ". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / () / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments () ". Aux termes de l'article L. 312-13 de ce code : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. / Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes ".

3. Il résulte des dispositions précitées qu'une procédure de dessaisissement d'armes, qui constitue une mesure prise en considération de la personne, doit, sauf exceptions tenant notamment à l'urgence, revêtir un caractère contradictoire.

4. Les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet, par un courrier du 29 octobre 2019, a informé M. B de trois signalements qui avaient été portés à sa connaissance à la suite de l'enquête administrative diligentée, à savoir l'acquisition d'une arme de catégorie C sans déclaration le 10 septembre 2015, la mise en danger d'autrui, le même jour, avec risque immédiat de mort ou d'infirmité par violation manifestement délibérée d'une obligation règlementaire de sécurité ou de prudence et le délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre le 11 mai 2019. Cette lettre invitait le requérant à faire connaître ses observations dans un délai de quinze jours à compter de la notification du courrier. Selon le volet postal joint au dossier, M. B a réceptionné le courrier précité le 31 octobre 2019. Le délai de quinze jours n'ayant pas le caractère d'un délai franc, la période impartie à M. B pour présenter ses observations expirait le 14 novembre à minuit. Si le courrier contenant les observations de M. B, daté du 13 novembre 2019, n'a été notifié à la préfecture que le 15 novembre 2019, il a été remis par l'intéressé aux services postaux le 14 novembre 2019, ainsi qu'en atteste le suivi postal joint au dossier. Par suite, conformément aux dispositions de l'article L. 112-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient que " toute personne tenue de respecter une date limite ou un délai pour présenter une demande, déposer une déclaration, exécuter un paiement ou produire un document auprès d'une administration peut satisfaire à cette obligation au plus tard à la date prescrite au moyen d'un envoi de correspondance, le cachet apposé par les prestataires de services postaux autorisés au titre de l'article L. 3 du code des postes et des communications électroniques faisant foi ", M. B a envoyé ses observations dans le délai qui lui était imparti, lequel expirait, ainsi qu'il a été dit, le 14 novembre 2019. Or, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a considéré ne pas avoir reçu d'observations du requérant durant la procédure contradictoire. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en ne prenant pas en considération ses observations en vue de l'édiction de la décision en litige, le 15 novembre 2019, le préfet a méconnu le caractère contradictoire de la procédure. Il s'ensuit que M. B, et ce alors que le préfet ne soutient ni même n'allègue que la mesure revêtait une urgence particulière, a été privé d'une garantie. Par suite, le requérant est fondé à demander pour ce motif l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2019.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer les autres moyens de la requête, l'arrêté du 15 novembre 2019 du préfet des Alpes-de-Haute-Provence doit être annulé.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 novembre 2019 du préfet des Alpes-de-Haute-Provence est annulé.

Article 2 : L'État versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère.

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. C

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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