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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2000424

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2000424

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2000424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBATAILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 janvier 2020 et 31 mars 2020, M. J D, représenté par Me Bataille, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 15 000 euros ainsi que la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 398 euros, et d'annuler les deux titres de perception émis par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne le 24 décembre 2019 à son encontre pour un montant de 12 602 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 398 euros au titre de la contribution forfaitaire ;

2°) de prononcer la décharge totale des contributions mises à sa charge et des majorations de retard de 240 euros pour la contribution forfaitaire et de 1 260 euros pour la contribution spéciale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de l'OFII a été prise par une autorité incompétente ;

- les deux titres de perception ont été pris par une autorité incompétente ;

- la décision de l'OFII du 18 novembre 2019 n'est pas motivée et aucun examen particulier de sa situation n'a été effectué, en l'absence de réponse aux arguments développés dans son courrier d'observations du 22 octobre 2019 ;

- l'OFII a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la caractérisation des faits.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2021, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne conclut à sa mise hors de cause.

Elle soutient que le litige ne concerne que M. D et l'OFII.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Bataille, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est artisan dans le secteur du bâtiment. A la suite d'un contrôle opéré le 6 juin 2019 sur un chantier confié à M. D cours Julien à Marseille, les services de police ont établi un procès-verbal constatant la présence en action de travail de M. H F, ressortissant moldave en situation irrégulière et dépourvu d'autorisation de travail. Par une décision du 18 novembre 2019, la cheffe du service juridique et contentieux de l'OFII a appliqué à M. D la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 15 000 euros, ainsi que la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 398 euros. M. D a formé un recours gracieux contre cette décision par un courrier adressé à l'OFII le 4 décembre 2019 et réceptionné le 9 décembre 2019, qui a été rejeté par l'OFII le 15 janvier 2020. Le 24 décembre 2019, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne a émis deux titres de perception à l'encontre du requérant pour un montant de 12 602 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 398 euros au titre de la contribution forfaitaire. M. D a formé un recours gracieux auprès de la direction départementale des finances publiques de l'Essonne le 10 février 2020, qui est resté sans réponse. Le 24 mars 2020 M. D a reçu deux lettres de relance assorties de majorations, respectivement de 1 260 euros et de 240 euros. M. D demande au tribunal l'annulation de la décision de l'OFII du 18 novembre 2019 et des deux titres de perception du 24 décembre 2019 ainsi que la décharge du montant total des contributions mises à sa charge et des majorations de retard.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'OFII du 18 novembre 2019 :

2. En premier lieu, Mme B C, signataire de la décision du 18 novembre 2019, a par décision du 3 juillet 2019 publiée au bulletin official du ministère de l'intérieur reçu délégation du directeur général de l'OFII à l'effet de signer l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 18 novembre 2019 manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 2° du code des relations entre le public et l'administration dispose que les décisions individuelles qui infligent une sanction doivent être motivées. L'article L. 211-5 du même code dispose que la motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

4. En l'espèce, la décision du directeur général de l'OFII du 18 novembre 2019 se réfère expressément aux textes applicables et au procès-verbal établi le 6 juin 2019 par les services de police des Bouches-du-Rhône à la suite des opérations de contrôle effectuées le même jour au cours desquelles l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail et l'emploi d'un ressortissant étranger démuni de titre de séjour et de travail ont été constatées. La décision attaquée précise les sommes dont est redevable le requérant et figure en annexe le nom du salarié étranger démuni de titres autorisant le travail et le séjour, à l'origine de l'application des contributions. Si les articles R. 8253-4 du code du travail et R. 626-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile disposent que le directeur général de l'OFII décide " au vu des observations éventuelles de l'employeur " de l'application des contributions spéciale et forfaitaire, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'implique que le directeur général de l'OFII soit tenu de viser expressément les observations préalables que le requérant a communiquées par courrier adressé à l'OFII le 22 octobre 2019 ni qu'il en reprenne la teneur dans sa décision. La décision en litige comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ne résulte pas, par ailleurs, de l'instruction que le directeur général de l'OFII aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. D. Le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision et du défaut d'examen particulier de la situation doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. (). ". Aux termes de l'article R. 8253-1 du même code : " La contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur que les contributions qu'elles prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. Lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

7. Il résulte de l'instruction que, lors de son audition par les services de police, M. F a déclaré avoir travaillé à deux reprises pour M. D et lui avoir remis son passeport moldave lors de sa première embauche. M. D a de son côté contesté avoir été en possession du passeport moldave de M. F et déclaré avoir seulement eu connaissance d'une carte d'identité bulgare de l'intéressé, tout en précisant qu'il ignorait que M. F était en situation irrégulière en France et qu'il ne connaissait pas les conditions d'embauche de salariés étrangers. Il a également indiqué qu'il ne s'occupait pas personnellement des formalités administratives en matière d'embauche de salariés qu'il avait confiées à Mme A de la société Gestion Services, à qui il aurait remis notamment la carte d'identité bulgare de M. F. Entendue, Mme A a contesté s'occuper de ces formalités et a indiqué que la déclaration d'embauche avait été établie par Mme I de la société Action Entreprise. Si lors de son audition Mme I a reconnu avoir effectué une déclaration d'embauche de M. F sur la base d'une carte d'identité bulgare, elle a précisé que M. D ne l'avait saisie à cette fin que le 6 juin 2019 à 14 heures, soit après le contrôle de police qui avait eu lieu le matin même, et postérieurement au début du chantier le 3 juin 2019. Dans ces conditions, la seule circonstance que les deux contrats de travail à durée déterminée versés aux débats, conclus entre M. D et M. F, au demeurant pour des périodes qui se chevauchent, mentionnent ce dernier comme étant de nationalité bulgare, est insuffisante pour démontrer que M. D a fait preuve de la vigilance requise lors de l'embauche de M. F. Ainsi, à supposer même que ce dernier se soit prévalu auprès de son employeur de sa nationalité bulgare, il n'est pas établi que M. D se soit assuré au moment de l'embauche que l'intéressé disposait d'un document d'identité de nature à justifier de sa qualité alléguée de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée. Le fait que la carte d'identité bulgare de M. F, remise à un moment indéterminé par l'intéressé et utilisée pour procéder à la déclaration d'embauche de celui-ci postérieurement au contrôle de police, se soit révélée être un faux après analyse, demeure sans influence sur ce défaut de diligences de M. D. Par suite, le directeur général de l'OFII a fait, dans les circonstances de l'espèce, une exacte application des dispositions des articles précités en mettant à la charge de celui-ci les contributions spéciale et forfaitaire par la décision contestée du 18 novembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation des titres de perception du 24 décembre 2019 :

8. Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. () ". Aux termes de l'article R. 8253-4 du même code, dans sa version applicable au litige : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1, la liquide et émet le titre de perception correspondant. / La créance est recouvrée par le comptable public compétent comme en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine ".

9. Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. () / L'Etat est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. () ". Aux termes du II de l'article R. 626-6 de ce code, dans sa rédaction alors en vigueur : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général [de l'Office français de l'immigration et de l'intégration] décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1, la liquide et émet le titre de perception correspondant ".

10. En vertu de l'article R. 5223-24 du code du travail, alors en vigueur, le directeur général de l'OFII " est ordonnateur secondaire à vocation nationale pour l'émission des titres de perception relatifs à la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 et de ceux relatifs à la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".

11. Il résulte des dispositions législatives citées au points 8 et 9 que c'est l'Etat qui est ordonnateur de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire et qu'à ce titre, il liquide et émet les titres de perception correspondants. A cet égard, les articles R. 8253-4 du code du travail et R. 626-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, modifiés par le décret n° 2020-163 du 26 février 2020 pris pour l'application de cette loi, précisent désormais que l'autorité compétente pour liquider les contributions et émettre les titres est le ministre chargé de l'immigration.

12. Il résulte de l'instruction que les titres de perception en litige ont été émis le 24 décembre 2019 par M. E G, nommé directeur de l'évaluation de la performance, de l'achat, des finances et de l'immobilier du ministère de l'intérieur à compter du 19 septembre 2016 par décret du 15 septembre 2016, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du lendemain. En cette qualité, d'une part, M. G pouvait, en vertu du 1° de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, signer un tel acte au nom du ministre de l'intérieur. D'autre part, si, en vertu de l'article 8 du décret n° 2013-728 du 12 août 2013, le directeur général des étrangers en France dirige et coordonne notamment l'activité de la direction de l'immigration, laquelle est chargée en particulier de la conception et de la mise en œuvre des politiques publiques relatives aux ressortissants étrangers, il résulte de l'article 2 de la convention de délégation de gestion, conclue le 9 mai 2019 entre la direction générale des étrangers en France et la direction de l'évaluation de la performance et des affaires financières, et relative à l'ordonnancement des programmes 104 et 303 " immigration asile " comprenant la lutte contre l'immigration illégale, que cette dernière direction assure, pour le compte de la direction générale, la saisie et la validation des titres de perception, dans le cadre de sa mission de préparation et d'exécution le budget qu'il tient de l'article 15 du décret n° 2013-728 du 12 août 2013. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que les titres contestés auraient été émis par une autorité incompétente.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision de l'OFII du 18 novembre 2019 et des deux titres de perceptions émis le 24 décembre 2019 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à la décharge du montant total des contributions mises à sa charge et des majorations de retard.

Sur les frais liés à l'instance

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J D, et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2000424

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