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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2000577

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2000577

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2000577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 janvier 2020 et 25 octobre 2022, Mme E B épouse A, Mme D B, M. G B et Mme F B, représentés par Me Rouannet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la délibération du 15 octobre 2019 par laquelle le conseil municipal de Champcella a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Champcella la somme de 3 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le rapport rendu par le commissaire enquêteur à l'issue de l'enquête publique est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article R.123-9 du code de l'environnement ;

- les conseillers municipaux n'ont pas été destinataires du dossier complet du projet de plan local d'urbanisme (PLU) avant la délibération attaquée et n'ont pas bénéficié de l'information nécessaire en méconnaissance de l'article L.2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

- le classement en zone agricole des parcelles cadastrées E 1073, 1767, 1072 et 1071 au lieu-dit Le Ponteil est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le classement en zone agricole des parcelles cadastrées C 1685 et C 392 au lieu-dit Le Chambon est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ces classements sont en incohérence avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du plan local d'urbanisme ;

- la délibération attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2022, la commune de Champcella, représentée par Me Loiseau, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 600 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- et les observations de Me Loiseau pour la commune de Champella.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 15 octobre 2019, le conseil municipal de Champcella (Hautes-Alpes) a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par leur requête, les consorts B en demandent l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la délibération attaquée :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement que, si celles-ci n'imposent pas au commissaire enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis. Il ressort des pièces du dossier que le commissaire enquêteur a reproduit au sein d'un document intitulé " mémoire de réponse aux demandes de la population suite à l'enquête publique ", annexé à son rapport, l'intégralité des vingt observations recueillies au cours de l'enquête publique, accompagnées de la réponse formulée à chacune par la commune et une brève analyse de sa part. Il a en fin de compte émis un avis motivé favorable au projet assorti de recommandations. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur auraient méconnu les exigences de l'article R. 123-19 du code de l'environnement.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. () ". Aux termes de l'article L. 2121-13 de ce code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

5. Il ressort des pièces du dossier que les conseillers municipaux ont été convoqués le 1er octobre 2019 pour le conseil municipal du 15 octobre 2019 et que l'ensemble des pièces composant le projet de plan local d'urbanisme leur a été adressé par courriel électronique du 10 octobre 2019. Dans ces conditions, un tel moyen, par lequel les requérants se bornent à invoquer l'absence de mention dans la délibération attaquée de ce que les conseillers municipaux auraient bien été destinataires du dossier complet du plan local d'urbanisme, ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité interne de la délibération attaquée :

6. D'une part, aux termes de l'article R.151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ". Aux termes de l'article R.151-20 : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation. () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

8. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de définir des zones urbaines normalement constructibles et des zones dans lesquelles les constructions peuvent être limitées ou interdites. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le PLU en litige a classé en zone agricole A les parcelles E 1072, 1073, 1767 et 1071 situées au lieu-dit Le Ponteil. Les consorts B, propriétaires de la parcelle 1071, contestent ce classement, en faisant valoir l'absence de caractéristiques agricoles propres de ces terrains, leur desserte par les réseaux et de leur intégration dans les parties actuellement urbanisées du hameau. Il ressort des pièces du dossier que ces parcelles, d'une superficie totale de 570 m², se trouvent au sud-ouest du hameau Le Ponteil, composé d'une dizaine de maisons, et sont contigües aux parcelles classées en zone urbaine. Toutefois, les parcelles dont le classement est critiqué sont nues et non dépourvues de potentiel agricole. Elles ouvrent en outre à l'ouest et au sud sur d'autres parcelles elles-mêmes classées en zone agricole et, dans leur prolongement, sur une vaste zone naturelle. Enfin, ces quatre parcelles prises dans leur ensemble ne constituent pas une " dent creuse " et ne peuvent en outre, nonobstant leur proximité des parties actuellement urbanisées du hameau, être considérées comme intégrées à cette enveloppe urbaine. Dans ces conditions, leur classement en zone A n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En deuxième lieu, les consorts B critiquent le classement en zone agricole A de leurs parcelles cadastrées C 1685 et C 392 situées au lieu-dit Le Chambon. Si l'espace composé par ces deux parcelles, d'une superficie totale d'environ 600m², se situe en continuité des constructions composant le bourg situées au nord et de quelques constructions éparses situées au sud-est, il ressort toutefois des pièces du dossier que les deux parcelles sont nues de toute construction, ne sont pas dépourvues de potentiel agronomique et font partie d'une zone agricole plus vaste qui s'étend à l'ouest. Les auteurs du plan local d'urbanisme ont ainsi pris le parti de limiter l'extension de l'urbanisation à une superficie totale de 1,98 hectare sur deux zones précises, situées d'une part au nord du hameau du Chambon et, d'autre part, au sud du bourg de Champcella. Il n'est pas contesté que cette superficie du potentiel constructible de la commune est suffisante pour répondre à l'orientation n°1 du PADD qui souhaite " Permettre l'accueil de nouvelles populations et le développement économique ". En outre, le souhait de resserrer l'enveloppe urbaine sur les autres secteurs, notamment au sud du Chambon, a pour objectif, outre le respect des obligations de la commune en matière de protection des surfaces agricoles, de répondre à l'orientation n°2 du PADD d'" assurer un développement urbain organisé et en harmonie avec l'existant " et à son objectif de " modérer la consommation de l'espace urbain et de lutter contre l'étalement urbain ". Dans ces conditions, le classement desdites parcelles en zone agricole, qui n'est pas entaché d'incohérence au regard des orientations du PADD, ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée.

11. En troisième et dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 15 octobre 2019.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Champcella, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demandent les consorts B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des consorts B le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Champcella au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 : Les consorts B verseront à la commune de Champcella la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse A, Mme D B, M. G B et Mme F B et à la commune de Champcella.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

M. Peyrot, premier conseiller,

Assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

P. C

La présidente,

signé

I. HogedezLe greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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